La décision de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui a signifié aux autorités guatémaltèques qu’elles n’ont pas dûment enquêté sur le meurtre tragique d’une adolescente, adresse un message clair aux gouvernements du monde entier : le fait de ne pas remédier aux violences faites aux femmes ne sera pas toléré, a déclaré Amnesty International à l’approche d’une conférence de presse sur la décision de justice organisée à Guatemala City mercredi 30 juillet 2014. Les tribunaux ont été saisis par la mère de María Isabel Veliz Franco, adolescente de 15 ans qui a été agressée sexuellement, torturée et assassinée au Guatemala en 2001. Lundi 28 juillet, le tribunal a statué que les autorités guatémaltèques n’avaient pas dûment enquêté sur l’homicide ni remédié à la culture de violence et de discrimination envers les femmes, bien enracinée dans la société guatémaltèque, favorisant ainsi une enquête entachée d’irrégularités. « C’est un moment capital, qui souligne la responsabilité juridique incombant à un gouvernement de créer et maintenir un environnement où les femmes et les jeunes filles sont protégées contre la violence et où ceux qui enfreignent la loi sont amenés à rendre des comptes. Mais la famille et les soutiens de María Isabel ne seront pas tranquilles tant que les responsables de sa mort horrible ne seront pas poursuivis en justice, a déclaré Sebastian Elgueta, chercheur sur le Guatemala à Amnesty International. « Le Guatemala aura tiré les enseignements de cette affaire lorsque la mort de toutes les femmes et jeunes filles assassinées sera prise au sérieux et lorsque des mesures concrètes seront prises pour empêcher la violence faite aux femmes, dans une société sûre et respectueuse pour tous. » En décembre 2001, María Isabel Veliz Franco a été enlevée à Guatemala City. Quelques jours plus tard, son corps a été retrouvé. Elle avait été violée, les mains et les pieds liés avec du fil de fer barbelé, poignardée, étranglée et mise dans un sac. Son visage était défiguré par les coups de poing, son corps criblé de petits trous ; on lui avait noué une corde autour du cou et retourné les ongles. Des témoins ont fourni des preuves qui ont permis d’identifier les suspects principaux, mais le bureau du procureur n’a pas mené d’enquête approfondie. Les terribles violences physiques et sexuelles infligées à María Isabel sont caractéristiques d’un grand nombre d’homicides de femmes et de jeunes filles au Guatemala. En 2013, d’après les chiffres officiels, 522 femmes ont été tuées. La Cour interaméricaine a noté que les autorités guatémaltèques avaient tenté de faire face à ce climat de violence, tout en soulignant que le pays présente un fort taux d’impunité pour ce genre de crimes et que la « majorité des actes violents qui entraînent la mort de femmes demeurent impunis ». Amnesty International demande au gouvernement guatémaltèque de prendre en compte la décision de la Cour interaméricaine des droits de l’homme et de la mettre pleinement en œuvre. « Les femmes et les adolescentes comme María Isabel ne doivent plus jamais avoir à endurer le traumatisme, la mort et l’injustice engendrés par une société qui autorise un tel degré de violence envers les femmes », a déclaré Sebastian Elgueta. Complément d’information La mère de María Isabel, Rosa Elvira Franco Sandoval, a livré une longue et éprouvante bataille pour obtenir que les autorités enquêtent sur la mort de sa fille. Elle a été la cible de menaces de mort et a été harcelée par des inconnus. Les investigations menées par les autorités sur le meurtre de sa fille ont été retardées, à tel point que Rosa Elvira a saisi la Commission interaméricaine des droits de l’homme en 2004, puis la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Cette semaine, la Cour a statué que l’État guatémaltèque n’avait pas protégé le droit à la vie et à l’intégrité physique de María Isabel, ainsi que le droit de sa famille à une procédure judiciaire équitable et à un recours judiciaire. L’enquête sur la mort de l’adolescente a donné lieu à de graves préoccupations. D’après la décision judiciaire : « Les stéréotypes liés au genre [au Guatemala] ont eu une influence négative sur l’enquête, car ils ont fait porter la responsabilité [du meurtre] sur la victime et sa famille, conduisant à négliger d’autres pistes. » La Cour a ordonné à l’État de mener une enquête efficace afin d’identifier, de poursuivre et de sanctionner les responsables de la mort de María Isabel, et de consolider le cadre légal en vigueur afin de protéger les femmes et les jeunes filles contre les violences. Amnesty International s’est mobilisée sur cette affaire. En 2013, la vice-présidente Roxana Baldetti a reçu plus de 1 000 lettres de membres et sympathisants du monde entier, pour réclamer que des mesures soient prises concernant cette affaire.

