Amnesty International et Human Rights First ont publié le 13 mai 2026 une lettre conjointe adressée au vice-Premier ministre et au ministre de l’Intérieur polonais demandant au gouvernement polonais de cesser de coopérer avec le gouvernement des États-Unis en matière d’expulsions massives illégales de personnes immigrées.
D’après les informations recueillies par Amnesty International et Human Rights First, le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) des États-Unis a transité par des aéroports polonais et traversé le territoire polonais lors d’au moins deux opérations visant à renvoyer plus de 50 personnes en Ukraine, une zone de guerre active, en novembre 2025 et mars 2026.
Depuis l’envoi de cette lettre, un autre vol affrété par l’ICE, transportant un nombre indéterminé de passagers, a atterri à l’aéroport de Rzeszów-Jasionka, en Pologne, le 30 avril 2026 ; il s’agit d’un nouveau transfert de ressortissants ukrainiens via la Pologne.
Amnesty International et Human Rights First engagent le gouvernement polonais à cesser toute coopération avec les pratiques anti-immigration du gouvernement de Donald Trump et à mettre fin aux violations du droit international, et demandent que des réparations soient accordées aux personnes expulsées de force.
« La Pologne se tient aux côtés de l’Ukraine depuis que la Russie a lancé sa guerre d’agression, offrant une protection temporaire à près d’un million de réfugié·e·s ukrainiens. Elle ne devrait jouer aucun rôle dans ces opérations illégales qui déchirent des familles, divisent des communautés et mettent des vies en danger, a déclaré Anna Błaszczak-Banasiak, directrice d’Amnesty International Pologne.
« Transférer de force des Ukrainien·ne·s vers une zone de guerre, où des missiles frappent l’ensemble du territoire, heurte la conscience et bafoue le droit international. Les membres de Human Rights First, qui se sont rendus à maintes reprises sur les lignes de front en Ukraine depuis février 2022, peuvent attester qu’aucune zone n’est sûre. La Pologne, qui a généreusement offert un havre à tant de réfugiés ukrainiens, doit refuser de faciliter les transferts forcés initiés par le gouvernement états-unien, qui renvoie des Ukrainien·ne·s vers des situations mettant leur vie en danger », a déclaré Uzra Zeya, directrice et présidente de Human Rights First.
Dans cette lettre adressée aux autorités polonaises le 17 avril 2026, Amnesty International et Human Rights First exposent en détail leurs préoccupations concernant deux vols reliant Phoenix, en Arizona, à l’aéroport de Rzeszów-Jasionka. N’ayant pas reçu de réponse, elles ont décidé de la rendre publique.
Le 17 mars 2026, selon les données recueillies par l’ICE Flight Monitor de Human Rights First, deux vols de l’ICE ont atterri à l’aéroport de Rzeszów-Jasionka, transportant plusieurs ressortissants ukrainiens dont on ignore actuellement où ils se trouvent.
Le 18 novembre 2025, un autre vol de l’ICE a atterri en Pologne. Les 50 personnes à bord ont ensuite été conduites au poste-frontière de Shehyni-Medyka et amenées en Ukraine. Selon les médias, des agents américains les ont amenées par avion jusqu’en Pologne, puis jusqu’à la frontière ukrainienne, tandis que des agents polonais les ont escortées de l’autre côté de la frontière.
D’après d’autres informations, certaines personnes à bord étaient entrées aux États-Unis dans le cadre du programme humanitaire « Uniting for Ukraine » – mis en place en 2022 sous le gouvernement de Joe Biden afin d’offrir aux ressortissants ukrainiens un moyen de séjourner aux États-Unis – et leurs demandes de renouvellement de séjour étaient en cours d’examen. Du fait de leur expulsion, elles ont été séparées des membres de leur famille restés aux États-Unis.
Lors d’un autre fait survenu le 18 août 2025, l’ICE a annoncé le renvoi d’un nombre non précisé de ressortissants ukrainiens vers l’Ukraine, en publiant deux photos sur X. Ce message a depuis été supprimé.
En vertu du droit international, la Pologne est tenue de ne pas expulser ni renvoyer des personnes vers des endroits où leur vie ou leurs libertés pourraient être en danger. Amnesty International et Human Rights First ont maintes fois averti que les conditions en Ukraine ne permettent pas un retour en toute sécurité, même si l’on espère que de nombreux Ukrainiens pourront rentrer chez eux en sécurité à l’avenir, lorsque la situation sur le terrain aura évolué. Du fait du conflit armé actuel, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) demande aussi aux États de ne pas procéder à des renvois forcés.
Amnesty International et Human Rights First appellent le gouvernement polonais à défendre les droits humains, la justice et la dignité de tous. Il doit s’abstenir de faciliter, coopérer ou tolérer la campagne d’expulsion massive, cruelle et inhumaine orchestrée par le gouvernement de Donad Trump.
« Les autorités polonaises doivent enquêter sur ces événements, localiser les personnes concernées et veiller à ce qu’elles soient protégées contre tout refoulement, traitées avec dignité et puissent bénéficier d’un recours effectif », a déclaré Anna Błaszczak-Banasiak.
Complément d’information
Depuis le 20 janvier 2025, le gouvernement de Donald Trump a lancé une offensive de grande envergure contre les droits des personnes migrantes et leur capacité à rester aux États-Unis en mettant fin aux programmes d’admission à titre humanitaire (« Humanitarian Parole ») et au statut de protection temporaire pour de nombreuses nationalités, exposant ainsi plus de 1,5 million de personnes au risque d’être expulsées.
En outre, il s’en est pris au programme d’admission à titre humanitaire « Uniting for Ukraine » (U4U), qui a permis à 280 000 Ukrainiennes et Ukrainiens d’entrer aux États-Unis et est désormais suspendu pour une durée indéfinie. Les nouvelles demandes liées au programme U4U se heurtent à des problèmes de traitement et à des retards. Les Ukrainiens sont de plus en plus nombreux à se retrouver dans une situation de flou juridique, sans aucune option quant à leur statut, dans un contexte d’incertitude croissante.
Amnesty International et Human Rights First ont récemment fait part de leurs inquiétudes quant à l’utilisation de l’aéroport de Shannon en Irlande comme escale de ravitaillement pour les vols illégaux affrétés par l’ICE.
Note aux rédacteurs
Fondée sur la collecte de données, ICE Flight Monitor est une initiative qui retrace et recense de manière systématique les vols affrétés par les services états-uniens de l’immigration ; elle est gérée par Human Rights First – voir ICE Flight Monitor – Human Rights First. Human Rights First est une organisation à but non lucratif, apolitique et basée aux États-Unis, qui défend les droits dans le monde et veille à ce que les États-Unis respectent leurs engagements nationaux et internationaux en matière de droits humains.


