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Arabie saoudite : une condamnation à mort pour «sorcellerie» confirmée

Amnesty International a appelé le roi d'Arabie saoudite à empêcher l'exécution d'un ressortissant libanais dont la condamnation à mort pour « sorcellerie » a été confirmée par un tribunal la semaine dernière. Ali Hussain Sibat présentait une émission sur une chaîne de télévision par satellite libanaise ; il y donnait des conseils et prédisait l'avenir. Si les juridictions supérieures le déboutent de son appel, il pourrait être exécuté à tout moment. Un autre homme, dont Amnesty International ignore l'identité, risque aussi d'être exécuté. Il s'est vu infliger la peine de mort pour « apostasie » par un tribunal de Hail en juillet 2009, et les charges retenues contre lui sont également liées à la « sorcellerie ». Ali Hussain Sibat a été arrêté pour « sorcellerie » par les mutawaeen (police religieuse) en mai 2008, alors qu'il se trouvait en Arabie saoudite afin d'accomplir l'un des pèlerinages musulmans, la Umra. Son avocat au Liban pense que cet homme a été arrêté parce que des mutawaeen l'avaient reconnu après l'avoir vu dans son émission, diffusée sur la chaîne de télévision Sheherazade. Après son arrestation, les interrogateurs d'Ali Hussain Sibat lui ont ordonné d'indiquer par écrit son activité professionnelle en l'assurant que, s'il le faisait, il serait autorisé à rentrer chez lui au bout de quelques semaines. Ce document a été présenté au tribunal comme des « aveux » et utilisé contre lui. Il a été condamné à mort par un tribunal de Médine le 9 novembre 2009, à l'issue d'un procès secret au cours duquel il n'a pas pu être représenté ni assisté par un avocat. En janvier 2010, la cour d'appel de La Mecque a jugé son recours recevable, au motif que la décision rendue avait été prématurée. Elle a indiqué que toutes les allégations dont Ali Hussain Sibat faisait l'objet devaient être vérifiées et que, s'il avait réellement commis l'infraction dont il était accusé, il devait être appelé à se repentir. Cependant, le 10 mars, un tribunal de Médine a confirmé la peine capitale prononcée contre cet homme. Les juges ont déclaré qu'il méritait ce châtiment parce qu'il avait pratiqué la « sorcellerie » en public pendant plusieurs années, devant des millions de téléspectateurs, et que cela « faisait de lui un infidèle ». Par ailleurs, ils ont estimé qu'il n'y avait aucun moyen de vérifier la sincérité de son repentir – si toutefois il se repentait – et que le fait de le condamner à mort dissuaderait d'autres personnes de s'adonner à la « sorcellerie » à une époque où, selon eux, on observe une augmentation du nombre de « magiciens étrangers » qui entrent en Arabie saoudite. L'affaire a été renvoyée devant la cour d'appel de La Mecque afin que celle-ci approuve la peine capitale prononcée contre Ali Hussain Sibat. La législation saoudienne ne donne pas de définition du crime de « sorcellerie ». Cette qualification est utilisée pour sanctionner des personnes n'ayant fait qu'exercer de manière légitime leurs droits fondamentaux, notamment les droits à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de conviction et d'expression. Le fait d'ériger l'apostasie en infraction est incompatible avec le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion inscrit dans l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Les autorités saoudiennes ont arrêté des dizaines de personnes pour « apostasie » en 2009 et continuent à le faire cette année. La dernière exécution pour « sorcellerie » dont Amnesty International a eu connaissance était celle de Mustafa Ibrahim, un ressortissant égyptien. Elle a eu lieu le 2 novembre 2007. Arrêté en mai 2007 dans la ville d'Arar, où il était pharmacien, cet homme avait été accusé d'« apostasie » pour avoir dégradé un exemplaire du Coran. Au moins 158 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite en 2007, et au moins 102 en 2008. En 2009, au moins 69 personnes ont été exécutées, dont près de 20 étrangers. Depuis le début de l'année 2010, au moins huit personnes ont été exécutées. Amnesty International a appelé les autorités à libérer immédiatement et sans condition Ali Hussain Sibat et l'homme dont l'identité n'a pas été révélée si leur condamnation repose uniquement sur le fait qu'ils ont exercé pacifiquement leur droit à la liberté d'expression. L'organisation les a exhortées à ne plus inculper des personnes d'« apostasie » ni à les condamner pour ce motif, car cela constitue une violation de l'exercice légitime des droits à la liberté d'expression et de religion.