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Sri Lanka : le gouvernement commence à ouvrir les camps, mais le futur est incertain pour les personnes déplacées

Seule une fraction des près de 300 000 personnes déplacées par les récents combats dans le nord-est du Sri Lanka ont été autorisées à quitter les camps du gouvernement depuis la fin du conflit en mai 2009. Plus d'un quart de million de personnes sont toujours détenues, sous la surveillance de l'armée, dans des camps surpeuplés où règnent des conditions sanitaires déplorables, qui sont toujours bien en-deçà des normes internationales. Le gouvernement a finalement accepté jeudi 10 septembre d'autoriser les personnes déplacées souhaitant quitter les camps à rejoindre des membres de leur famille prêts à les recevoir ; cependant, des proches de personnes déplacées ont fait savoir à Amnesty International qu'ils n'avaient pas été consultés par les autorités sur la manière dont ces départs allaient se dérouler et qu'ils étaient sceptiques en ce qui concernait le processus de filtrage du gouvernement. La mousson, attendue en octobre, risque d'inonder les tentes et de faire déborder les latrines. Les pluies précédant la mousson ont déjà contraint des personnes à changer d'emplacements dans certains camps. Le gouvernement sri-lankais a néanmoins - en invoquant des raisons de sécurité - empêché des personnes de partir. « Si le gouvernement procédait comme il l'a promis, il pourrait considérablement réduire le surpeuplement des camps, a déclaré Yolanda Foster au nom d'Amnesty International. Loin d'être au bout de leur peine, les personnes déplacées doivent maintenant franchir l'obstacle que constitue la bureaucratie associée au processus de "filtrage" mis en place par le gouvernement pour traquer les membres des Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE) qui, selon lui, se trouvent toujours parmi la population civile des camps. » Un proche de personnes déplacées retenues à Manik Farm a réagi avec réserve à l'annonce des autorités. « Le gouvernement a fait beaucoup de promesses ... nous ne sommes pas sûrs que nos proches réussiront à sortir, ils vont sans doute être confrontés à des lenteurs administratives inutiles. » Personne, à part les autorités, ne sait comment fonctionne le filtrage ni quels critères sont utilisés pour déterminer si une personne représente ou non une menace pour la sécurité ; la seule certitude est que cela prend du temps. À la fin du mois d'août, le gouvernement avait déclaré qu'il avait enregistré la moitié des personnes nouvellement déplacées. Ceci signifie qu'il reste environ 130 000 cas à traiter. Le gouvernement a également déclaré qu'il avait arrêté environ 10 000 personnes soupçonnées de lien avec les Tigres tamouls ; le nombre réel de personnes arrêtées pourrait être supérieur. Ces personnes sont détenues, sans avoir été inculpées ni jugées, dans ce que le gouvernement décrit comme des « camps de réadaptation ». Dans de nombreux cas, on ignore où et dans quelles conditions ces personnes sont détenues. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a déclaré vendredi 11 septembre qu'il n'avait pas été autorisé à rencontrer ces détenus. Or, il a été démontré que la détention au secret augmentait considérablement les risques de torture et d'exécution extrajudiciaire, deux pratiques très répandues au Sri Lanka. Au début du mois de septembre, le ministre Mahinda Samarasinghe avait déclaré au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon que le gouvernement allait réinstaller les personnes déplacées dans le Nord dès que le déminage serait achevé, et que les infrastructures et les services de base auraient été rétablis. Mais la reconstruction et la réinstallation dans les zones dévastées par la guerre pourraient prendre de nombreux mois. Querelle sémantique « Réinstallation », « retour » et « libération » sont utilisés de manière interchangeable lorsqu'il est question du sort des personnes déplacées, selon Yolanda Foster. Pourtant, « réinstallation » et « retour » impliquent des solutions durables au problème du déplacement, tandis que « remise en liberté » signifie simplement que les personnes sont libres de partir. Il faudrait, dans un premier temps, que le gouvernement redonne leur liberté de mouvement à toutes les personnes déplacées, quitte à ce que les solutions durables telles que la réinstallation prennent plus de temps. Tous les citoyens du Sri Lanka ont le droit à la liberté de mouvement, quel que soit l'endroit où ils habitent. « Pour les personnes déplacées, cela signifie de pouvoir choisir entre une installation pérenne ou un arrangement temporaire, en allant vivre chez des membres de leur famille ou chez des amis par exemple. Les personnes qui choisiraient de rester dans un camp dans l'attente d'une meilleure solution devraient pouvoir, elles aussi, être libres de leurs mouvements. »  Les solutions durables au problème de déplacement massif de la population au Sri Lanka ne vont pas apparaître du jour au lendemain. Déminer un terrain là où cela est nécessaire est une opération difficile, qui prend du temps et qui coûte cher ; reconstruire les infrastructures est un long processus. Les civils déplacés qui sont libérés des camps et autorisés à retourner sur leur lieu de résidence risquent de devoir vivre dans des installations temporaires le temps nécessaire pour reconstruire leur vie. À en juger par les initiatives menées précédemment pour trouver des solutions durables pour les civils déplacés au Sri Lanka - par les catastrophes naturelles par exemple - réinstaller définitivement ces personnes pourrait fort bien prendre des années. Les estimations officielles du nombre de personnes déplacées dans les camps sont toujours controversées. Le secrétaire du district de Vavuniya (plus haut responsable de la région) a indiqué dans son rapport à la police locale que la trace de 10 000 personnes ayant fui la zone de conflit en mai 2009 avait été perdue. Cette incohérence dans les statistiques peut être due à différents facteurs : mauvais enregistrement des informations ; fuite de détenus ayant soudoyé leurs gardiens ; et, le plus préoccupant, sort inconnu de milliers de personnes déplacées - soupçonnées pour la plupart d'être des dirigeants des LTTE - aux mains des autorités sri-lankaises. Des familles habitant dans les camps ont fait état de disparitions forcées. Le gouvernement interdit toujours aux organisations internationales de mener la plupart de leurs activités de protection. Les membres des organisations humanitaires ne sont pas autorisés à s'entretenir avec les personnes vivant dans les camps ni à entrer dans les tentes qui se trouvent dans ces camps. « Compte tenu de l'absence d'observateurs indépendants de la situation des droits humains dans les camps et du fait que les organisations humanitaires ne sont pas autorisées à mener sans restriction des opérations de protection des droits fondamentaux, il est très difficile de vérifier ces informations, a déclaré Yolanda Foster. Un dispositif de filtrage et de recensement qui serait transparent et surveillé de manière indépendante permettrait de procéder à une évaluation plus juste du nombre de personnes détenues dans les camps, faciliterait les regroupements familiaux et les remises en liberté et pourrait aider à retrouver la trace de toutes les personnes arrêtées. »