Un an après le coup d’État militaire : les pratiques autoritaires anéantissent les aspirations de la Gen Z pour un nouveau Madagascar

par Nciko wa Nciko

Un an après l’arrivée au pouvoir du colonel Michael Randrianirina à la faveur d’un coup d’État militaire, Madagascar est loin de la refondation promise. Sa première année à la tête du pays est synonyme de consolidation du pouvoir de l’armée et de généralisation des pratiques autoritaires. Les médias regorgent de commentaires évaluant la première année de son mandat. Force est de constater que les doléances et les revendications qui ont poussé des milliers de manifestant·e·s de la Génération Z à descendre dans la rue, notamment les pénuries chroniques d’eau et d’électricité et la corruption endémique, n’ont pas été satisfaites.

À l’instar de son prédécesseur Andry Rajoelina, Michael Randrianirina s’est rapidement servi de la loi pour verrouiller le pouvoir, réprimer la dissidence, détourner la lutte contre la corruption à l’encontre de ses adversaires politiques et soustraire son gouvernement à toute velléité de poursuites pour les manifestant·e·s tués ou mutilés ou pour des faits de corruption. Il a instrumentalisé la loi pour restreindre l’espace civique, en qualifiant la liberté d’association de complot criminel, et a tenté de se doter de pouvoirs permettant une surveillance de masse en ligne des voix dissidentes, pour faire barrage à toute critique de la (mauvaise) gestion des affaires publiques par son régime.

Pendant la première année aux manettes, Michael Randrianirina et son gouvernement se sont servis des institutions étatiques et juridiques pour cibler les opposants politiques et les détracteurs, tout en asseyant leur pouvoir. Afin de mener des perquisitions illégales et de les placer en détention arbitraire, il est allé jusqu’à invoquer des lois obsolètes relatives à la « sécurité publique », parallèlement à la Constitution, conférant ainsi à son régime de vastes pouvoirs. Ces actes illégaux ont été commis sous couvert de lutte contre la corruption.

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Nciko wa Nciko

Cette lutte, menée de façon sélective, est surtout instrumentalisée contre les opposant·e·s. D’anciens responsables et personnalités politiques du précédent gouvernement, ainsi que leurs familles, sont victimes d’intimidations, de perquisitions illégales, d’arrestations arbitraires et de détentions provisoires prolongées, et des dizaines d’entre eux ont été contraints à l’exil. Au moins 20 personnes sont toujours détenues arbitrairement pour des motifs politiques, notamment les anciens candidats à la présidence Sylvain Rabetsaroana et Paul Rabary Andrianirina.

La promesse de Michael Randrianirina de lutter contre la corruption, l’une des revendications des manifestant·e·s de la Gen Z, s’avère contradictoire. Il a pris une mesure très attendue dès son arrivée au pouvoir et ordonné à la Cour des comptes de procéder à un audit de la gestion des fonds publics, mais a limité ce contrôle à la période 2022-2025 : son gouvernement échappe ainsi à toute obligation de rendre des comptes, puisqu’il est arrivé au pouvoir vers la fin de cette période.

D’après ces audits, des centaines de millions d’euros de fonds publics se sont évaporés à cause de la corruption et de la mauvaise gestion. Au lieu de mener des investigations, le gouvernement de Michael Randrianirina préfère se servir de ces conclusions contre ses adversaires politiques dans le but de les soumettre et de les bâillonner. Il se démarque aussi par l’impunité dont bénéficient les agents de la sécurité publique. Sur de nombreuses vidéos, on peut voir des soldats, des policiers et des gendarmes tirer sur des manifestant·e·s et des passant·e·s, les tuant ou les blessant grièvement, lors des manifestations de la Gen Z de septembre-octobre 2025. Aucune enquête sérieuse n’a été menée sur ces agissements, ce qui revient à adresser un message clair aux membres des forces de l’ordre : ils sont au-dessus des lois – le gouvernement cherchant ainsi à s’assurer leur loyauté. En effet, il a élevé quatre hauts gradés de la gendarmerie et de l’armée au rang de « chef d’État », alors qu’aucun fondement constitutionnel ne permet de justifier cette décision, et a installé à des postes clés des responsables présents ou passés de la sécurité publique.

Le gouvernement n’a pas pris en compte les valeurs constitutionnelles et les principes de bonne gouvernance lorsqu’il a nommé les ministres, dont un fait l’objet d’accusations de corruption. Certaines nominations se sont appuyées sur des tests au détecteur de mensonges et non sur des procédures institutionnelles prévues par la loi permettant de garantir pleinement la responsabilisation, l’intégrité et la transparence. Leurs salaires et ceux de l’ensemble de l’appareil bureaucratique absorbent la majeure partie du budget national de 2026, au détriment des investissements dans des services publics tels que l’eau, l’électricité et la santé, ce qui a poussé toute la nation à descendre dans la rue l’année dernière. Pour remettre les choses en perspective, la santé ne représente que 6 % du budget national, soit l’équivalent de 4,50 euros par personne pour un an, ce qui est inférieur à la somme allouée sous Andry Rajoelina et 50 fois moins que les normes internationales. A contrario, les dépenses consacrées à la sécurité personnelle de Michael Randrianirina sont estimées à plusieurs millions d’euros. Le président et de hauts responsables gouvernementaux se sont même vu attribuer des agents russes pour assurer leur sécurité.

Répression des voix dissidentes

D’autre part, le gouvernement s’en prend aux militant·e·s et aux voix critiques. Des militant·e·s de la Génération Z sont accusés de complot en vue d’assassiner le président, simplement pour avoir communiqué avec l’opposition ou débattu de l’incapacité du gouvernement à répondre à certaines revendications.

Au moins neuf leaders de la Gen Z ont été arrêtés arbitrairement en avril, simplement pour avoir fait partie d’un groupe WhatsApp ou échangé des messages avec un opposant politique ou un lanceur d’alerte. Des agents des forces de l’ordre ont infligé à certains d’entre eux des actes s’apparentant à de la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements, notamment en leur enfonçant des revolvers dans la gorge. Trois sont maintenus arbitrairement en détention provisoire, dont Rakotoarijaona Mahery, enfermé dans des conditions déplorables dans l’une des prisons les plus surpeuplées du pays.

Des militant·e·s de la Génération Z sont accusés de complot en vue d’assassiner le président, simplement pour avoir communiqué avec l’opposition ou débattu de l’incapacité du gouvernement à répondre à certaines revendications

Nciko wa Nciko

Condition préalable à leur libération, Michael Randrianirina a personnellement fait pression sur les parents des militant·e·s détenus afin qu’ils empêchent leurs enfants de participer aux manifestations. Ces mesures visant à sanctionner des manifestant·e·s pacifiques et à restreindre le droit à la liberté de réunion pacifique ne font que rétrécir l’espace civique à Madagascar.

Par ailleurs, les détracteurs du gouvernement sont victimes de harcèlement et ne peuvent se rendre librement à l’étranger, en particulier s’ils ont tenté de nouer le dialogue avec des organisations régionales et internationales. C’est le cas de Gabriella Ranjamalalasoa, épouse de l’un des militants détenus : elle a été arbitrairement interpellée par la Police des enquêtes spéciales à l’aéroport international d’Ivato, dans la capitale Antananarivo, qui a confisqué son passeport pour l’empêcher d’embarquer sur un vol à destination de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Techno-autoritarisme

Afin de cimenter ses mesures visant à consolider son pouvoir et esquiver toute obligation de rendre des comptes, le gouvernement étend ses tentacules en matière de surveillance et de répression. En août, il a proposé une loi sur la cybercriminalité lui conférant de nouveaux pouvoirs pour surveiller toutes les formes d’activité en ligne, tout en limitant la liberté de la presse. Cette loi obligerait toute personne qui critique le gouvernement à étayer ses opinions par des preuves concrètes et solides. Or, il refuse d’adopter une loi garantissant le droit d’accéder à l’information, ce qui faciliterait cette vérification, mais également le contrôle et la transparence. Plus inquiétant encore, la loi sur la cybercriminalité permettrait à l’État d’avoir un accès permanent aux données de télécommunications des particuliers, en l’absence de contrôle judiciaire et en violation du droit à la vie privée.

Sans pressions claires au niveau régional et international, Madagascar risque de retomber dans un cycle familier de pratiques autoritaires visant à museler la dissidence et ancrer le pouvoir ; les aspirations à l’origine des manifestations de la Gen Z seraient alors reléguées à l’arrière-plan.

Nciko wa Nciko est chercheur sur Madagascar à Amnesty International