La police et l’armée violent, frappent, asphyxient et électrocutent des hommes et des femmes pour obtenir des « aveux ».

Résultat : des milliers d’innocents sont en prison et des millions de personnes vivent dans la peur, dont 64 % admettent qu’elles craignent de subir des actes de torture. Les Mexicains et Mexicaines savent que personne n’est à l’abri de la torture dans leur pays.

Les autorités ferment les yeux et espèrent que la communauté internationale fera pareil. Ainsi, la justice reste hors de portée de la plupart de celles et ceux qui ont le courage de signaler qu’ils ont été victimes de tortures. Les médecins travaillant pour l’État minimisent souvent l’importance des blessures des victimes ou examinent celles-ci trop tard, bien après que leurs blessures ont guéri. Les preuves physiques disparaissent, les preuves psychologiques sont ignorées, et au final personne n’a de compte à rendre.

Il existe pourtant des lois contre la torture au Mexique, mais peu de personnes y prêtent attention, et les tortionnaires restent impunis. Si le projet de loi sur la torture qui est en préparation se concrétise, il faudra que les tortionnaires soient enfin punis.Dans le cas contraire, ce sera une fausse promesse de plus pour les milliers de personnes qui souffrent de la torture au Mexique.

Mon mari a crié : « Ne la frappez pas, elle est enceinte », mais les policiers s’en fichaient. Le fœtus est sorti dans une flaque de sang.

Tailyn Wang, victime de la torture

Amnesty International

Plus de 2 400 plaintes pour torture en 2014 – soit deux fois plus qu’en 2013 – mais le gouvernement n’a aucune donnée solide indiquant que quiconque a été inculpé.

Personne n’est à l’abri

Enrique Guerrero se souvient du vendredi soir où son cauchemar a commencé à Mexico. Soudain, “deux hommes me poursuivent et tirent des coups de feux. Je sors de ma voiture et je cours. Ils m’attrappent et, lorsqu’ils me traînent à l’intérieur de leur camionnette, je vois que certains portent un uniforme de police.”

Une fois dans la camionnette, Enrique Guerrero a été maintenu au sol et conduit dans un entrepot. Là, les policiers l’ont déshabillé de la taille jusqu’aux pieds et lui ont bandé les yeux avant de le torturer toute la nuit.

« Ils ont mis un sac sur ma tête et l’ont refermé autour de mon cou pour m’asphyxier. Plus tard, lorsque j’ai refusé de signer des “aveux”, ils m’ont dit d’écrire “au moins une chose illégale”. »

Enrique Guerrero a récemment eu 30 ans. Mais sa vie est au point mort, il a passé les deux dernières années dans une prison de sécurité maximale. 

Je voulais juste qu’ils me tirent une balle dans la tête pour que tout s’arrête.

Yecenia Armenta

Yecenia Armenta décrit le calvaire qu’elle a vécu. « Ils [les policiers] m’ont dit qu’ils amèneraient mes enfants, qu’ils les violeraient et qu’ils les découperaient en morceaux. Après avoir été torturée pendant plusieurs heures et violée, j’ai dit que je signerai ce qu’ils voudraient. Ils m’ont détachée de là où j’étais suspendue, nue. J’ai signé des “aveux” alors que j’avais encore les yeux bandés. Je n’ai jamais lu ce que j’ai signé. »

Trois ans plus tard, personne n’a eu le moindre compte à rendre. « Sauf moi », ajoute Yecenia Armenta, depuis sa cellule.

J’en porte les cicatrices mais les médecins les ignorent

Si les médecins officiels chargés de collecter des informations sur d’éventuelles traces de torture avaient fait leur travail correctement, Yecenia Armenta ne serait peut-être pas en prison aujourd’hui. Mais le médecin qui l’a examinée venait du même bureau que ses tortionnaires et n’a pas consigné ses blessures. Lorsqu’elle a enfin été réexaminée des mois plus tard, les autorités ont affirmé qu’il n’y avait aucune « preuve » de torture.

« Les marques de ceinture sur mes mains, celles sur mes pieds au niveau de là où j’étais attachée et suspendue par les chevilles, les bleus sur mes jambres, tout ça avait disparu », dit-elle.

En moyenne, une personne sur 20 qui portent plainte pour torture se voit proposer un examen médicolégal, et ce souvent des mois ou des années après les faits. Et parmi ces personnes, une fraction d’entre elles seulement voient leur plainte validée par les experts officiels. Mais ce n’est pas parce que l’asphyxie, le viol et l’électrocution ne laissent pas toujours de traces visibles que ces actes n’ont pas eu lieu. Yecenia Armenta ne le sait que trop bien, souvent, « tout ce qu’il reste à ceux qui ont été torturés, c’est le préjudice psychologique. Qui est important. »

Les chiffres

600 %
Augmentation du nombre de plaintes pour torture et autres mauvais traitements en 10 ans (2003-2013)
7 741
Plaintes pour torture et autres mauvais traitements reçues par la Commission nationale des droits humains en quatre ans (2010-2014)
7
Condamnations fédérales pour torture en 23 ans

Obtenir justice, c’est possible !

Je voudrais dire à tous ceux qui luttent contre la torture de ne pas relâcher leur vigilance.

Ángel Colón

En 2014, Ángel Colón a été remis en liberté après que 20 000 militants d’Amnesty ont envoyé des messages aux autorités mexicaines pour demander sa libération. Ángel Colón, migrant hondurien cherchant du travail pour venir en aide à son fils malade, avait été appréhendé par des policiers et des soldats mexicains, puis il avait été torturé jusqu’à ce qu’il avoue des infractions qu’il n’avait pas commises. Suite à cela, il a passé cinq années en prison, et malgré le fait que des expertises indépendantes ont confirmé qu’il avait été torturé, les autorités n’ont jamais enquêté sur ses allégations. Il cherche aujourd’hui encore à obtenir justice.

« Le fait que je sois libre et que je me tienne devant vous aujourd’hui est la preuve que les efforts des sympathisants d’Amnesty portent leurs fruits. »

Je veux remercier les membres d’Amnesty du monde entier.

Claudia Medina

En 2015, un juge a abandonné les dernières charges retenues contre Claudia Medina, après que 300 000 militants d’Amnesty se sont mobilisés. Le juge a confirmé que Claudia Medina avait subi en 2012 des actes de torture de nature sexuelle commis par des soldats de la marine qui voulaient la contraindre à « avouer » des infractions liées aux stupéfiants.

Aujourd’hui, Claudia Medina se bat pour que d’autres personnes comme elle obtiennent justice. « Je ne permettrai pas qu’une seule autre femme soit torturée au Mexique », dit-elle.