Arabie saoudite. Les autorités doivent libérer des militants des droits humains en grève de la faim

L’Arabie saoudite doit libérer immédiatement et sans condition deux fondateurs d’une organisation locale de défense des droits humains qui se trouvent depuis près d’un an derrière les barreaux, après avoir été condamnés pour avoir milité pacifiquement et critiqué les autorités, a déclaré Amnesty International. Mohammad al Qahtani et Abdullah al Hamid ont été condamnés respectivement à 10 et 11 ans de prison le 9 mars 2013. Tous deux sont cofondateurs de l’Association saoudienne pour les droits civils et politiques (ACPRA), l’une des rares organisations dans le pays qui recense les violations des droits humains et aide les familles de personnes détenues sans inculpation. « Mohammad al Qahtani et Abdullah al Hamid ne sont coupables de rien d’autre que d’oser dénoncer le terrible bilan relatif aux droits humains de l’Arabie saoudite. La réalité est que la situation des droits humains est effroyable et quiconque se risque à dénoncer les déficiences du système est qualifié de criminel et jeté au fond d’une cellule, a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. « En enfermant deux éminents défenseurs des droits humains, l’Arabie saoudite bafoue ses obligations internationales et fait preuve d’un mépris flagrant pour les droits des citoyens à la liberté d’expression et d’association. » Mohammad al Qahtani et Abdullah al Hamid ont été déclarés coupables de plusieurs « infractions », notamment de désobéissance au souverain, d’incitation au désordre et de création d’une organisation interdite. Leurs sentences ont été confirmées par la cour d’appel en janvier 2014. Lors de la même audience, la cour a ordonné la dissolution de l’ACPRA et la confiscation de ses biens. Une fois libérés, ils seront soumis à une interdiction de voyager de longue durée. Cette semaine, les deux hommes ont entamé une grève de la faim pour protester contre la détérioration de leurs conditions de détention. Ils subissent les décisions arbitraires des autorités pénitentiaires : leurs livres et leurs affaires personnelles ont été confisqués, et ils ont été transférés dans des cellules qui mettent sérieusement en danger leur santé. Mohammad al Qahtani aurait été placé à l’isolement depuis qu’il a cessé de s’alimenter. Le 5 mars, lorsque ses avocats ont voulu lui rendre visite à la prison d’Al Hair, à Riyadh, les autorités pénitentiaires leur ont fait savoir qu’ils n’étaient pas autorisés à le voir, avivant les craintes quant à sa sécurité. L’emprise croissante des autorités sur les médias et les réseaux sociaux crée un climat d’intolérance et de peur en Arabie saoudite. De nombreux défenseurs des droits humains ont été arrêtés au cours des derniers mois ; huit membres de l’ACPRA sur 13 ont été interpellés, les cinq autres étant en butte à des interrogatoires et à des actes de harcèlement. « Cette campagne de persécution contre les militants des droits humains doit cesser. L’Arabie saoudite met en œuvre d’une main de fer des mesures très strictes et des méthodes répressives pour faire taire la dissidence, poursuivant en justice et incarcérant des militants pacifiques, a déclaré Said Boumedouha. « Tant que ces militants seront perçus comme une menace pour la sécurité nationale, on ne peut guère espérer que la situation en termes de droits humains s’améliore. » On craint qu’une nouvelle loi antiterroriste adoptée au mois de février, qui comporte une définition très vague du terrorisme et confère au ministère de l’Intérieur des pouvoirs très étendus, ne durcisse encore la répression contre la dissidence pacifique. « L’Arabie saoudite se sert du système judiciaire pour réduire au silence les détracteurs et les dissidents et envoyer en prison les défenseurs des droits humains, en invoquant la défense de la sécurité nationale. Elle doit en finir avec cette pratique, a déclaré Said Boumedouha. « La communauté internationale doit monter d’un cran sa pression sur les autorités saoudiennes et demander la libération de tous les militants pacifiques incarcérés. » Complément d’information Parmi les membres de l’ACPRA pris pour cibles, citons Mohammed al Bajadi et Abdulkareem al Khoder. Ils doivent être rejugés, les appels de leurs condamnations ayant été rejetés. Fowzan al Harbi, lui aussi membre de l’ACPRA, doit répondre de diverses accusations, notamment d’avoir « incité à désobéir au dirigeant par des appels à manifester » et « qualifié l’État saoudien d’” État policier ” ». Il a été arrêté sans explication à l’issue d’une audience en décembre 2013. Son procès est en cours. Deux autres membres de l’ACPRA, Issa al Hamid (le frère d’Abdullah al Hamid) et Abdulaziz al Shubaily, ont été convoqués à plusieurs reprises pour être interrogés sur leurs activités pacifiques. On craint que les deux hommes ne soient bientôt jugés et incarcérés. Waleed Abu al Khair, autre militant saoudien, a vu sa condamnation à trois mois de prison confirmée par la cour d’appel en février 2014. Il devrait commencer à purger sa peine d’un jour à l’autre. Fadhel Maki al Manasif, membre fondateur du centre Adala pour les droits humains, est détenu depuis octobre 2011. Il est actuellement jugé devant le Tribunal pénal spécial pour des inculpations liées à son militantisme.