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Soudan. Il faut mettre un terme à l’emploi injustifié de la force contre les manifestants et enquêter sur des tirs meurtriers

Les autorités soudanaises doivent empêcher les forces soudanaises de sécurité de recourir à une force injustifiée, en particulier meurtrière, contre les manifestants opposés au coup d’État militaire, retirer les opérations de maintien de l’ordre à l’armée, et respecter le droit à la liberté de réunion pacifique, a déclaré Amnesty International après avoir établi qu’au moins six manifestants ont été tués lundi 25 octobre. De nouvelles manifestations doivent avoir lieu samedi 30 octobre.

Les forces de sécurité ont tué au moins six hommes et en ont blessé 140 autres en tirant à balles réelles sur divers rassemblements de manifestants à Khartoum, la capitale, lundi 25 octobre.

« Au moins six hommes ont été froidement abattus et des centaines d’autres blessés, certains grièvement, pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté de réunion pacifique. Cela est inadmissible et ne doit pas se reproduire », a déclaré Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

Au moins six hommes ont été froidement abattus et des centaines d’autres blessés, certains grièvement, pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté de réunion pacifique

Deprose Muchena

« Les dirigeants militaires du Soudan, menés par le général Abdel Fattah al Burhan, ne doivent pas se méprendre : le monde les regarde et ne tolérera pas de nouvelles effusions de sang. Ils doivent diligenter des enquêtes indépendantes dignes de ce nom sur les homicides perpétrés le 25 octobre et veiller à ce que tout responsable présumé d’un recours arbitraire ou abusif à la force soit poursuivi dans le cadre d’une procédure équitable. Ils doivent aussi ordonner à leurs forces de sécurité de s’abstenir de recourir à de telles violences lors d’éventuelles futures manifestations. »

Les manifestations ont éclaté à Khartoum et dans certaines villes de province, notamment Madani, dans le centre du Soudan, et El Fasher, au Darfour, en réaction à l’annonce par le général Abdel Fattah Al Burhan que l’armée avait pris le pouvoir et que l’état d’urgence était déclaré à travers le pays. L’annonce est survenue quelques heures après que l’armée a arrêté le Premier ministre Abdalla Hamdok et plusieurs de ses ministres, avec lesquels l’armée avait partagé le pouvoir peu après le renversement de l’ancien président, Omar el Béchir.

Les dirigeants militaires du Soudan, menés par le général Abdel Fattah al Burhan, ne doivent pas se méprendre : le monde les regarde et ne tolérera pas de nouvelles effusions de sang

Deprose Muchena

Gamal Abdel Nasir, 23 ans, blessé par balle à l’œil et à la main, a été tué près du quartier général de l’armée à Khartoum. Son frère a déclaré à Amnesty International : « Je ne suis même pas arrivé à regarder son corps. Son visage était méconnaissable tant il était mutilé. Il aimait profondément son pays et était mon seul frère. »

Mohammed Al Sadiq Musa, 27 ans, a lui aussi été tué par balle devant le quartier général de l’armée. Un ami proche de sa famille, qui se trouvait aussi à la manifestation, a dit à Amnesty International que le jeune homme a été mortellement blessé quand des soldats ont ouvert le feu après qu’un groupe de quatre ou cinq manifestants ont ramassé des cailloux et les ont jetés dans leur direction.

Gamal et Mohammed ont été tués par les forces de sécurité, alors que l’emploi de la force meurtrière n’était justifié dans aucun des deux cas.

« C’est la dernière fois que je l’ai vu vivant. Quand je suis arrivé à l’hôpital, les médecins l’avaient déjà déclaré mort. On m’a demandé d’identifier son corps. J’ai vu des blessures par balle, une sur le côté droit de son cou et l’autre sur le côté de son rein droit. »

« Nous demandons aux dirigeants militaires du Soudan de veiller à ce que les forces de sécurité fassent preuve de retenue, et respectent et fassent respecter le droit de manifester de manière pacifique, conformément au droit soudanais et aux normes internationales relatives aux droits humains », a déclaré Deprose Muchena.

« Ils doivent aussi abandonner toutes les mesures et actions bafouant les droits humains, notamment en libérant toutes les personnes soumises à une arrestation arbitraire depuis le coup d’État militaire, et rétablir l’accès à Internet, partiellement bloqué depuis plusieurs jours. »