Kurdistan irakien. Arrestations arbitraires et disparitions forcées de militant·e·s et de journalistes

Depuis un an, les autorités de la région du Kurdistan irakien mènent une répression implacable contre les journalistes, les militant·e·s et les manifestant·e·s qui exercent leur droit à la liberté d’expression, notamment en les arrêtant arbitrairement et en les soumettant à des disparitions forcées, a déclaré Amnesty International mardi 15 juin. Cette campagne de répression, qui a commencé en mars 2020, s’est intensifiée après les manifestations de grande ampleur organisées en août 2020 pour demander la fin de la corruption et l’amélioration des services publics.

« Les autorités du Kurdistan irakien ont lancé une répression effrayante pour tenter de faire taire les critiques depuis un an. Elles ont arrêté des militant·e·s et des journalistes qu’elles ont poursuivis sur la base de fausses accusations dans le cadre de procès iniques, tout en harcelant ou en intimidant leurs proches laissés dans l’incertitude quant à leur sort, a déclaré Lynn Maalouf, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Il faut qu’elles cessent cette répression et qu’elles libèrent immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement. Les autorités doivent également s’abstenir d’utiliser des dispositions vagues et mal définies pour restreindre le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique. »

Les autorités du Kurdistan irakien ont lancé une répression effrayante pour tenter de faire taire les critiques depuis un an.
Lynn Maalouf, directrice régionale adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International

Amnesty International a étudié les cas de 14 personnes habitant à Badinan, dans la province de Dahuk, qui ont été arrêtées arbitrairement entre mars et octobre 2020 par les Asayish (services de sécurité et de renseignement du gouvernement régional du Kurdistan) et des membres du Parastin (service de renseignement du Parti démocratique du Kurdistan - PDK) en raison de leur participation à des manifestations, pour avoir critiqué les autorités locales ou pour leur travail journalistique. Toutes ont été détenues au secret, jusqu’à cinq mois pour certaines, et au moins six ont été soumises à une disparition forcée pendant des périodes allant jusqu’à trois mois. Huit de ces personnes ont affirmé avoir été torturées ou soumises à d'autres mauvais traitements en détention. Le 16 février 2021, cinq d’entre elles ont été condamnées à six ans d’emprisonnement sur la base d’« aveux » arrachés sous la contrainte.

Amnesty International a parlé avec d’anciens détenus, des avocats, des personnes qui travaillent sur les droits humains et des journalistes, et examiné des pièces de procédure. L’organisation a relevé l’utilisation de trois lois pour arrêter et poursuivre ces militant·e·s – la Loi n° 21 relative aux questions de sécurité nationale, une loi relative à la diffamation et une autre portant sur le mauvais usage des outils électroniques – qui contiennent toutes des définitions vagues et trop larges d’infractions non reconnues par le droit international.

Dans la seule province de Dahuk, les forces de sécurité kurdes ont arrêté plus de 100 personnes entre mars 2020 et avril 2021. La plupart ont été libérées par la suite mais au moins 30 d’entre elles restent détenues, dont les cinq militants et journalistes déjà condamnés.

« La liberté d’expression pacifique et le journalisme ne sont pas des crimes. Parmi les personnes arrêtées, beaucoup ont été jugées sur la base d’accusations forgées de toutes pièces et certaines de celles qui ont été libérées ont dû fuir la région, face à un climat de peur croissant dans lequel des proches de militant·e·s, de journalistes et de manifestant·e·s ont même été menacés et harcelés », a déclaré Lynn Maalouf.