Algérie. La répression se durcit à la veille des élections, avec l’arrestation de deux journalistes reconnus et d’un leader de l’opposition

En réaction aux informations selon lesquelles les autorités algériennes ont arrêté les journalistes Khaled Drareni et Ihsane El Kadi, ainsi que le leader emblématique de l’opposition Karim Tabbou la nuit dernière, à la veille des élections législatives du 12 juin, Amna Guellali, directrice adjointe pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International, a déclaré :

« Ces arrestations marquent une escalade très inquiétante dans la répression que mènent les autorités algériennes contre les droits à la liberté d’expression et d’association en amont des élections. Au lieu d’enfermer des journalistes et des opposants politiques pour écraser la dissidence et intimider les membres du mouvement contestataire du Hirak, elles feraient mieux de s’attacher à respecter leurs obligations en termes de droits humains.

Au lieu d’enfermer des journalistes et des opposants politiques pour écraser la dissidence et intimider les membres du mouvement contestataire du Hirak, elles feraient mieux de s’attacher à respecter leurs obligations en termes de droits humains.
Amna Guellali, directrice adjointe pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International

« Il est fort probable que les trois hommes aient été pris pour cibles à titre de représailles en raison de leurs liens avec le mouvement du Hirak, qui réclame un changement politique radical en Algérie en usant de moyens pacifiques. Leur interpellation s’inscrit dans la politique menée ces derniers mois à coups d’arrestations arbitraires et de poursuites intentées contre des journalistes et des militant·e·s qui réclament plus de justice sociale et des réformes politiques. À moins que les autorités n’aient des motifs précis justifiant ces arrestations, elles doivent libérer ces trois hommes immédiatement. »

Complément d’information

Les trois hommes ont été arrêtés séparément dans la soirée du 10 juin et détenus dans le centre de sécurité d’Antar pour être interrogés. Ce n’est pas la première fois qu’ils se retrouvent dans le collimateur des autorités algériennes.

Khaled Drareni a été condamné à trois ans de prison à l’issue d’un procès manifestement inique, pour avoir couvert le mouvement contestataire du Hirak en août 2020. Sa peine a été réduite à deux ans en appel. Il a été libéré en février 2021 et son affaire a été transmise à la Cour suprême pour être rejugée en mars 2021.

En mars 2020, le leader politique Karim Tabbou a été condamné à un an de prison pour des accusations forgées de toutes pièces, en lien avec des commentaires figurant dans des vidéos publiées sur la page Facebook de son parti, dans lesquelles il critiquait le rôle de l’armée dans la politique.

Ihsane El Kadi, directeur de la station Radio M et du site d'information Maghreb Emergent, est poursuivi en justice pour « diffamation et outrage » envers le président algérien. En réaction, les autorités ont bloqué les médias qu’il dirige.

À ce jour, en Algérie, 223 personnes sont détenues en lien avec le mouvement de contestation du Hirak, selon les organisations et militants locaux qui observent la situation des droits humains sur le terrain.