Bénin. La répression des manifestations et la vague d’arrestations alimentent les tensions en cette période électorale

La vague d’arrestations arbitraires de militant·e·s politiques et de journalistes et la répression des manifestations pacifiques ont atteint un niveau alarmant au Bénin, a déclaré Amnesty International à l’approche des élections parlementaires qui se tiendront le 28 avril.

Depuis le mois de février, les forces de sécurité dispersent les manifestations pacifiques au moyen de gaz lacrymogène et de matraques et arrêtent des cadres de l’opposition. Au moins une personne est morte lors d’échauffourées entre des manifestant·e·s et des membres des forces de sécurité qui ont eu lieu en février à Kilibo, une ville du nord du pays. Ces événements font suite à la décision de la Commission électorale d’autoriser seulement deux partis politiques – appartenant au camp présidentiel – à présenter des candidats aux élections et d’exclure toutes les listes d’opposition. Les autorités locales ont instauré une interdiction générale des manifestations pendant la période pré-électorale, notamment dans la ville de Parakou et dans les départements des Collines et du Zou.

La vague d’arrestations et de détentions qui ne fait que prendre de l’ampleur au Bénin suscite de vives inquiétudes, en particulier dans le contexte des élections. Interdire les manifestations pacifiques et arrêter les personnes qui dénoncent l’exclusion des partis d’opposition des élections législatives ne fera qu’accroître l’agitation politique.
François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International

« La vague d’arrestations et de détentions qui ne fait que prendre de l’ampleur au Bénin suscite de vives inquiétudes, en particulier dans le contexte des élections. Interdire les manifestations pacifiques et arrêter les personnes qui dénoncent l’exclusion des partis d’opposition des élections législatives ne fera qu’accroître l’agitation politique, a déclaré François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Il faut que les autorités fassent en sorte que les droits aux libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique soient respectés. Les forces de sécurité doivent s’abstenir, en toutes circonstances, d’avoir recours à la force contre des manifestant·e·s pacifiques. »

Amnesty International a recueilli des informations sur au moins trois cas où les forces de sécurité avaient réprimé des manifestations pacifiques organisées par des partis d’opposition à l’approche des élections parlementaires. Ces rassemblements se sont déroulés les 1er, 4 et 19 avril et les forces de sécurité, y compris la police, ont utilisé du gaz lacrymogène, des matraques et des lanceurs à air comprimé pour les disperser. Les militaires et les policiers déployés sur place portaient des armes à feu.

Le 19 avril, les forces de sécurité ont tiré du gaz lacrymogène sur deux anciens présidents béninois, Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi, ainsi que sur la doyenne du Parlement, Rosine Vieyra Soglo, âgée de 83 ans, alors qu’ils s’adressaient à la foule sur le lieu d’une manifestation à Cotonou, la capitale.

Plusieurs personnes ont été arrêtées dans le contexte des manifestations, notamment des responsables politiques. Julien Agossou Bodé, une personnalité de l’opposition, a été arrêté le 19 avril et inculpé d’incitation à la violence à cause d’une vidéo qu’il avait diffusée sur les réseaux sociaux. Il a été libéré sous caution le 23 avril dans l’attente de son procès, prévu pour le 6 mai.

Yibatou Sani Glélé, membre du Parti du renouveau démocratique (PRD) – un mouvement d’opposition – et actuellement députée à l’Assemblée nationale, a été arrêtée aux cotés d’un autre membre de son parti le 23 avril, lors d’un rassemblement avec des femmes au marché Ouando à Porto Novo, une ville du sud du pays.

Ces personnes manifestaient pacifiquement contre l’exclusion du PRD des élections législatives. La police a saisi leurs pancartes et leur haut-parleur. Les personnes interpellées ont été détenues pendant six heures et inculpées d’« organisation d’une manifestation non autorisée » et d’« incitation à organiser une manifestation non autorisée ». Elles ont été libérées sous caution et devraient comparaître devant un tribunal le 6 mai.

Amnesty International considère que l’obligation d’obtenir une autorisation préalable pour organiser un rassemblement et la criminalisation des manifestations pacifiques violent le droit international relatif aux droits humains et les normes connexes.

Les journalistes paient également un lourd tribut : à la menace d’être arrêté s’ajoutent les manœuvres d’intimidation. Le 18 avril, le directeur de publication du journal Nouvelle Économie, Casimir Kpédjo, a été arrêté à son domicile. Son avocat a indiqué à Amnesty International que l’arrestation avait eu lieu à la suite d’une plainte déposée par l’Agent Judiciaire de l’État béninois devant la justice, parce qu’il avait déclaré sur Facebook que la dette du pays avoisinait les 725 millions de dollars des États-Unis (environ 428 milliards de francs CFA) et que cela allait à l’encontre de la loi de finances 2019. Il a été inculpé de publication « de fausses informations ». Libéré sous caution le 23 avril, il risque encore un procès.

Ignace Sossou, un journaliste du site Internet d’actualités beninwebtv.com, fait l’objet de poursuites pour publication d’« informations mensongères » en rapport avec deux articles sur l’évasion fiscale au Bénin. Il a été convoqué trois fois à l’Office central de répression de la cybercriminalité et sera jugé le 10 juin.

Ces dernières années, le Bénin a adopté plusieurs lois répressives qui servent aujourd’hui à réprimer la dissidence, notamment le Code du numérique (2017), qui érige en infraction la publication de fausses informations et l’incitation à la rébellion sur Internet, outre les délits qui concernent les médias en ligne.

Le Code pénal béninois, adopté en 2018, punit les infractions « contre les symboles et les valeurs de la nation, de l’État, de la République, des communautés et des religions », « tout attroupement non armé interdit qui pourrait troubler la tranquillité publique » et « toute provocation directe à un attroupement non armé ».

La même année, l’Assemblée nationale a également adopté une loi sur le droit de grève qui limite la durée des grèves à 10 jours par an au maximum pour tous les fonctionnaires, les membres du personnel des collectivités locales, les salariés des secteurs public et privé et les employés d’organes paraétatiques. Le personnel du secteur de la santé est, quant à lui, interdit de grève. 

Nous les appelons également à cesser leurs manœuvres d’intimidation visant des journalistes, dont les effets se font cruellement sentir sur la liberté de la presse.
Francois Patuel

« Il faut que les autorités prennent toutes les mesures qui s’imposent pour faire en sorte que les élections se tiennent dans climat dénué de violence et permettre à tout le monde d’exprimer son opinion, a déclaré François Patuel.

« Nous les appelons également à cesser leurs manœuvres d’intimidation visant des journalistes, dont les effets se font cruellement sentir sur la liberté de la presse. »