Pakistan. Un conseil de village ordonne le viol d’une adolescente à titre de « représailles » : il faut des réformes urgentes

Le viol d'une adolescente ordonné par un conseil de village à titre de « vengeance » pour un viol qu'aurait commis son frère est le dernier d'une longue série d'incidents terribles qui appellent à entreprendre de toute urgence des réformes, a déclaré Amnesty International le 27 juillet 2017.

Vingt personnes d'un conseil de village près de Multan ont été arrêtées pour avoir ordonné ce viol. Toutefois, les autorités du Pakistan doivent mettre fin à l'impunité pour les violences sexuelles et abolir les « conseils de village » qui ordonnent des crimes horribles à titre de représailles.

« Les autorités pakistanaises doivent mettre un terme à l'impunité pour les violences sexuelles et supprimer les conseils de village qui ordonnent des actes abominables contre les femmes, souvent à titre de représailles pour des actes commis par d'autres. Depuis bien trop longtemps, ces pratiques d'une cruauté sans nom bénéficient de l’indulgence des autorités, a déclaré Nadia Rahman, chargée des campagnes sur le Pakistan à Amnesty International.

Aucune tradition culturelle ne saurait justifier de telles attaques contre les femmes.
Nadia Rahman, chargée des campagnes sur le Pakistan à Amnesty International

« Aucune tradition culturelle ne saurait justifier de telles attaques contre les femmes. Les violences faites aux femmes sont toujours aux antipodes de la justice. Le corps des femmes n’est pas une marchandise que l'on peut troquer pour régler ses comptes. Il est primordial que les auteurs de ces actes soient condamnés à des sanctions qui reflètent la gravité de leur crime, à l'issue de procès équitables, sans recours à la peine de mort. »

Les organismes de l'ONU chargés de défendre les droits fondamentaux se sont depuis longtemps penchés sur l'incapacité du Pakistan à protéger les femmes contre les décisions cruelles et arbitraires des conseils de village et des conseils tribaux.

En permettant à ces conseils de siéger, les autorités se rendent complices des crimes qu'ils ordonnent.
Nadia Rahman

Ce mois-ci, le Comité des droits de l'homme de l'ONU a demandé au gouvernement pakistanais de détailler les mesures prises pour réglementer les systèmes de « justice » parallèles, tels que les jirgas (conseils des anciens de la tribu). Le comité a déclaré qu'il avait reçu des informations faisant état de discriminations et de violences envers les femmes imputables à ces systèmes parallèles.

Le gouvernement pakistanais a assuré qu'ils ne pouvaient pas exercer leur juridiction en matière pénale, ajoutant que « la seule autorité à cet égard reposait entre les mains des tribunaux nationaux ».

« En permettant à ces conseils de siéger, les autorités se rendent complices des crimes qu'ils ordonnent. Il n'est pas suffisant de procéder à des arrestations après que des actes horribles se sont produits. Les autorités ont le devoir de protéger les femmes, de prévenir la répétition de telles agressions et de mettre un terme à la peur et à l'opprobre que subissent les victimes », a déclaré Nadia Rahman, chargée de campagne sur le Pakistan à Amnesty International.

Complément d'information

En 2013, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a demandé à l'État de mettre en place un système judiciaire unifié, afin d'éliminer tous les systèmes judiciaires parallèles et les mécanismes informels de résolution de conflit qui pratiquent la discrimination à l'égard des femmes, et de sensibiliser la population à l'importance des recours judiciaires, plutôt que des systèmes de justice parallèle, pour remédier aux violations des droits des femmes.