Malaisie. Il faut abandonner les poursuites engagées contre un dessinateur en raison de tweets

Les autorités malaisiennes doivent immédiatement abandonner les poursuites engagées pour des motifs politiques contre l’un des dessinateurs les plus connus du pays, qui encourt une lourde peine de prison pour une série de tweets, a déclaré Amnesty International avant son procès, qui s’ouvre vendredi 6 novembre.  

Zulkiflee Anwar Ulhaque, mieux connu sous son nom de plume, Zunar, est accusé de neuf infractions à la loi malaisienne relative à la sédition - une loi draconienne datant de l’époque coloniale, utilisée pour harceler et réduire au silence les opposants. Les faits qui lui sont reprochés sont en relation avec des tweets critiquant le gouvernement, envoyés par Zunar après l'emprisonnement, en février 2015, du dirigeant de l'opposition Anwar Ibrahim, inculpé de sodomie.

La répression de la liberté d'expression au titre de la loi sur la sédition ne faiblit pas. Les autorités malaisiennes doivent prendre au sérieux l’obligation qui leur incombe de respecter les droits humains, au lieu d’utiliser un texte archaïque pour enfermer et harceler ceux qui les critiquent.
Josef Benedict, responsable des actions sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International

 

« Il est évident que les charges retenues contre Zunar sont motivées par des considérations politiques, et elles doivent être abandonnées immédiatement. Zunar dénonce depuis des années la corruption et la répression gouvernementales à travers ses dessins - voilà pourquoi on le sanctionne », a déclaré Josef Benedict, responsable des actions sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International.  

« Il est absurde qu’il risque des dizaines d’années de prison pour une série de tweets. »  

Les autorités malaisiennes s’en prennent à Zunar depuis des années, et il a été accusé de sédition à plusieurs reprises par le passé. Des personnes ayant imprimé ou vendu ses dessins ont également été visées par des manoeuvres d’intimidation et de harcèlement, ainsi que des descentes de la part des autorités ces dernières années.  

Le procès du 6 novembre survient alors que les autorités mènent une opération de répression de plus en plus vaste contre la liberté d'expression en invoquant la loi relative à la sédition. Depuis le début de l’année, une centaine de personnes ont été arrêtées ou inculpées au titre de la Loi relative à la sédition - une forte augmentation par rapport à un total de 29 en 2014.  

« La répression de la liberté d'expression au titre de la loi sur la sédition ne faiblit pas. Les autorités malaisiennes doivent prendre au sérieux l’obligation qui leur incombe de respecter les droits humains, au lieu d’utiliser un texte archaïque pour enfermer et harceler ceux qui les critiquent », a déclaré Josef Benedict.  

Cette année, le cas de Zunar fera, avec d’autres, l’objet du Marathon annuel des lettres d’Amnesty International, la plus grande action mondiale en faveur des droits humains, qui se tiendra du 4 au 17 décembre. Des centaines de milliers de membres et de sympathisants d’Amnesty International du monde entier agiront en envoyant des courriels et des lettres afin de demander aux autorités malaisiennes d’abandonner les charges retenues contre Zunar.   

Complément d’information

Depuis 2013, les autorités malaisiennes ont fait amplement usage de la Loi de 1948 relative à la sédition - un texte sévère qui visait à l'origine les personnes revendiquant l'indépendance de la Malaisie - comme d’un outil de répression. En avril 2015, le Parlement a modifié la loi dans des circonstances controversées, élargissant sa portée afin de couvrir les médias électroniques, et accordant au gouvernement des pouvoirs étendus lui permettant d’arrêter, d’incarcérer et de sanctionner plus durement les détracteurs des autorités.  

Les personnes reconnues coupables en vertu de la Loi modifiée relative à la sédition sont passibles de trois à 20 années d'emprisonnement. Amnesty International exprime depuis longtemps des préoccupations au sujet de cette loi, qui érige en infraction des actes très divers. Cette loi n'est pas conforme au droit international relatif aux droits humains et viole le droit à la liberté d'expression, proclamé par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et garanti également par la Constitution malaisienne (article 10).