Paraguay. Violée et enceinte, une fillette de 10 ans doit obtenir l’autorisation d’avorter

Le refus des autorités paraguayennes de permettre à une fillette de 10 ans victime d’un viol d’avorter en toute sécurité pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour sa santé et ajouterait l’injustice à la tragédie, a déclaré Amnesty International mercredi 29 avril 2015. L’organisation demande au gouvernement d’intervenir pour garantir que la fillette bénéficie de tous les soins médicaux dont elle a besoin, et puisse notamment interrompre cette grossesse non désirée.

Au Paraguay, l’avortement n’est autorisé que lorsque la vie de la femme ou de la jeune fille est en danger. Dans toute autre circonstance, même lorsque la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste ou lorsque le fœtus souffre de graves malformations, l’avortement n’est pas autorisé. Cette loi restrictive sur l’avortement bafoue le droit international.

« Le fait de contraindre cette fillette à poursuivre une grossesse non désirée a des conséquences physiques et psychologiques qui équivalent à de la torture. Les autorités paraguayennes ne peuvent rester sans rien faire pendant que cette jeune victime de viol doit encore endurer angoisse et souffrance, a déclaré Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

Forcer cette fillette à mener sa grossesse à terme, contre sa volonté, risque d’avoir des conséquences dramatiques pour sa santé.
Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International

La fillette, dont le nom n’a pas été rendu public, est tombée enceinte après avoir été violée par son beau-père. Lorsqu’elle est arrivée à l’hôpital, se plaignant de maux de ventre, le personnel soignant a découvert qu’elle était enceinte de 21 semaines.

Le 28 avril, la mère de la fillette a déposé une requête auprès de l’hôpital pour que sa fille puisse avorter. Selon les dernières informations, les souhaits de la mère et de la fille sont ignorés et la fillette a été envoyée dans un centre pour jeunes mères. Sa mère est actuellement en détention, et est poursuivie pour manquement à la protection de son enfant et complicité de violences sexuelles.

Des experts du monde entier, notamment de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), s’accordent à dire que la grossesse pose de graves risques pour les filles jeunes dont le corps n’est pas encore pleinement développé.

Après que la fillette a été examinée, le directeur de l’hôpital a reconnu publiquement qu’elle présente une grossesse à haut risque. Quelques jours plus tard, le ministère de la Santé publique a ordonné qu’elle soit admise dans un autre hôpital, celui de la Croix-Rouge, afin de surveiller son état de santé.

« Le Paraguay doit s’acquitter de ses responsabilités au titre du droit international. Le monde se tourne vers les autorités du pays, et leur demande de soutenir cette fillette en lui permettant d’accéder à des soins susceptibles de lui sauver la vie, et de faire de même pour les nombreuses filles et femmes dans sa situation. Il est déchirant de penser à la terrible souffrance endurée par cette fillette de 10 ans ; la contraindre à mener à terme cette grossesse non désirée constituerait une nouvelle violation de ses droits et ne ferait que prolonger son calvaire, » a déclaré Guadalupe Marengo.

Complément d’information :

En mars 2015, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a demandé au Paraguay de réviser et de modifier sa législation sur l’avortement, afin de la rendre compatible avec d’autres droits comme le droit à la santé et à la vie.

Amnesty International a publié une Action urgente et ses sympathisants ont écrit des lettres au ministre de la Santé publique et du Bien-être social et au procureur général, pour leur demander d’intervenir afin de protéger la fillette et de garantir ses droits humains.

Demandez aux autorités du Paraguay d’agir au plus vite en participant à notre action urgente.