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Libye : des milliers de personnes en danger après l'expulsion de l'agence des Nations unies pour les réfugiés

En décidant d'expulser du pays l'agence des Nations unies pour les réfugiés, le gouvernement libyen a privé des milliers de réfugiés et de demandeurs d'asile de toute protection, a souligné Amnesty International. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé, ce mardi 8 juin, qu'il avait reçu l'ordre de quitter la Libye. Amnesty International a appelé le chef d'État libyen, le colonel Mouammar Khadafi, à annuler cette décision. Cet ordre survient alors la Libye et l'Union européenne (UE) viennent d'entamer des négociations portant notamment sur la question du contrôle de l'immigration clandestine. « L'événement intervient à un moment on ne peut plus sensible, compte tenu des négociations qui se déroulent actuellement entre la Libye et l'UE, a déclaré Hassiba Hadj-Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International. « Au lieu de saper le travail du HCR, les autorités libyennes devraient renforcer sa présence. Le traitement réservé aux réfugiés, aux demandeurs d'asile et aux migrants en Libye suscitait déjà des préoccupations et cette décision confirme qu'il est urgent d'intervenir pour que les droits fondamentaux de ces personnes soient respectés. ». Le HCR était présent en Libye depuis 1991, mais il y menait des activités sans qu'aucun accord officiel ait été conclu, ce qui rendait sa position précaire et entravait sa capacité à remplir sa mission de protection. Malgré les contraintes auxquelles il était soumis, le HCR, en l'absence de dispositif d'asile en Libye, jouait un rôle essentiel en permettant aux demandeurs d'asile et aux réfugiés de bénéficier d'une protection. Les chiffres du HCR pour janvier 2010 font état de 8 951 réfugiés et 3 689 demandeurs d'asile dans ce pays. L'agence travaillait également à la réinstallation de personnes refugiées en Libye dans des pays tiers. Le départ du HCR aura également des répercussions négatives pour les plus déshérités des réfugiés et demandeurs d'asile des zones urbaines, qui recevaient l'aide de l'agence (allocations leur permettant de vivre, logement, assistance médicale et autres formes de soutien). En son absence, ils ne pourront plus compter que sur eux-mêmes pour survivre, alors que les autorités libyennes ne leur accordent ni titre de séjour, ni allocation et ne les autorisent pas à travailler. « Ce départ laisse des milliers de réfugiés et de personnes en quête d'asile dans une situation incertaine, les privant de la possibilité de déposer une demande de statut », a souligné Hassiba Hadj-Sahraoui. L'ordre d'expulsion du HCR survient alors que la Libye et l'UE mènent depuis le 6 juin, à Tripoli, des négociations en vue d'une coopération bilatérale portant sur le contrôle de l'immigration clandestine. Les États membres de l'UE, et plus particulièrement l'Italie, cherchent à obtenir l'aide de la Libye pour limiter le nombre de demandeurs d'asile et de migrants arrivant sur les côtes européennes. Lorsque le HCR était présent en Libye, la situation des réfugiés, des demandeurs d'asile et des migrants (notamment ceux venant de l'Afrique subsaharienne) était déjà précaire. Ces personnes vivent constamment dans la peur, redoutant les coups et autres formes de mauvais traitements, les arrestations et placements dans des centres de détention pour une durée indéterminée, ainsi que les expulsions arbitraires. Les autorités libyennes nient la présence de réfugiés et de demandeurs d'asile dans le pays et affirment que tous les étrangers présents sur le territoire sont là pour des raisons économiques. Elles continuent d'arrêter et de maintenir en détention pour une durée indéterminée des personnes qu'elles soupçonnent d'être des migrants en situation irrégulière. Amnesty International a appelé les États membres de l'UE à ne pas fermer les yeux sur les signalements de cas de réfugiés, demandeurs d'asile et migrants torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements en Libye.