• Nouvelles

Côte d'Ivoire : une campagne électorale marquée par un regain de violence et de xénophobie

Amnesty International a exprimé son inquiétude face à la résurgence des violences électorales et de la xénophobie en Côte d'Ivoire, à l'heure où des sympathisants du président ivoirien demandent que des dizaines de milliers d'« étrangers » soient exclus de la liste électorale. Des partis d'opposition ont dénoncé les appels lancés par des partisans du président Laurent Gbagbo, qui demandent que soient exclues de la liste électorale des personnes soupçonnées d'être des étrangers en raison de leur patronyme musulman. Les partisans du président Laurent Gbagbo ont, quant à eux, dénoncé des fraudes visant à ajouter sur la liste électorale les noms de plus de 400 000 électeurs dont la nationalité n'aurait pas été entièrement vérifiée. « Il faut mettre à tout prix un terme à ces discours xénophobes, a déclaré Véronique Aubert, directrice adjointe du Programme Afrique d'Amnesty International. Il incombe au chef de l'État d'indiquer clairement que ce discours de la haine, maintes fois dénoncé par les Nations unies, ne saurait être toléré. » Reportée à cinq reprises depuis 2005, l'élection présidentielle doit avoir lieu en 2010. Il est à espérer qu'elle mettra fin à la crise née de l'insurrection armée de septembre 2002, qui a abouti à la partition de facto du pays. Les violences actuelles trouvent leur source dans la contestation de l'établissement de la liste électorale, qui a fait descendre des milliers de manifestants dans la rue. Les forces de l'ordre ont réprimé plusieurs manifestations, notamment dans la ville de Gagnoa (dans le centre-ouest du pays), où au moins cinq manifestants ont été tués par balles le 19 février. À Divo, une ville du centre-ouest du pays, située à 200 km d'Abidjan, la capitale économique, plusieurs milliers de manifestants ont pris part à des défilés, le 3 février 2010, pour protester contre la décision d'un tribunal de les radier de la liste électorale. Les forces de l'ordre ont ouvert le feu sur les manifestants pour les disperser. Huit personnes ont été blessées, dont plusieurs par balle. Des soupçons de fraudes visant à ajouter des noms sur la liste électorale ont conduit le président Gbagbo à dissoudre la Commission électorale indépendante (CEI) ainsi que le gouvernement, le 12 février 2010. Certains partis d'opposition ont alors exhorté leurs sympathisants à « s'opposer par tous les moyens à la dictature de Laurent Gbagbo ». Cet appel a été suivi d'actes de violence et de vandalisme contre des locaux et des biens appartenant au Front populaire ivoirien (FPI), le parti du chef de l'État. « Tous les ingrédients qui ont, par le passé, entraîné des atteintes graves aux droits humains se retrouvent à nouveau réunis », a déclaré Véronique Aubert. Face à une situation où aucun des principaux acteurs politiques ivoiriens ne semble prêt à éviter le pire, il incombe à la communauté internationale et notamment à l'ONU et au médiateur de la crise ivoirienne, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, de faire pression sur les hommes politiques ivoiriens afin que le respect des droits humains constitue pour tous une priorité ». La crise qui a débuté avec le soulèvement armé de septembre 2002 a débouché sur la partition de facto du pays entre le sud, tenu par les partisans du président Gbagbo, et le nord, aux mains des Forces nouvelles, le mouvement issu de l'insurrection armée. Sous la pression de la communauté internationale, notamment des Nations unies et du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, chargé de jouer le rôle de médiateur, la Commission électorale indépendante (CEI) a été créée et a commencé à élaborer la liste électorale. Après avoir dissous la CEI et le gouvernement le 12 février, le président Gbagbo a reconduit dans ses fonctions son Premier ministre, Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles, et l'a chargé de former un nouveau cabinet. Mardi 23 février, Guillaume Soro a annoncé la formation d'un nouveau gouvernement comportant des représentants des principaux partis de l'opposition et la mise en place d'une nouvelle commission électorale, mais à ce jour, il n'est parvenu à un consensus sur aucune de ces deux questions.