Les participant·e·s à un atelier s’appuient sur le partage de récits pour attirer l’attention sur les travailleurs et travailleuses migrant·e·s au Liban

Par Roula Nasr

Après avoir participé à un atelier d’éducation aux droits humains, des jeunes de Beyrouth se mobilisent pour faire abolir le système de parrainage (kafala).

Dans une petite librairie-café nichée au cœur du quartier branché de Mar Mikhael, à Beyrouth, des étudiant·e·s, des jeunes, des militant·e·s et des travailleurs et travailleuses migrant·e·s se sont réuni·e·s lors d’un événement organisé par de jeunes bénévoles d’Amnesty pour partager leurs récits d’oppression et de résilience.

Tout a commencé en avril dernier, lorsque nous avons participé à un atelier d’éducation aux droits humains d’Amnesty centré sur l’animation d’activités portant sur des questions liées aux droits humains. C’est là que nous nous sommes rencontrés.
Paul Samrani, l’un des jeunes bénévoles.

À la fin de l’atelier sur les droits humains, il a été demandé aux participant·e·s de mettre en place un plan d’action pour traiter un sujet qui leur paraissait pertinent dans leur pays. « Nous avons donc décidé de travailler sur les droits des travailleurs et travailleuses migrant·e·s et le système de kafala* au Liban. Le système de kafala est plus qu’une question de droit du travail, c’est une question de santé mentale, une question de droits des femmes, une question socioculturelle... il concerne de nombreux domaines. »

En organisant des réunions régulières pendant les mois qui ont suivi et en travaillant en étroite collaboration avec l’équipe d’éducation aux droits humains du bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth, les jeunes bénévoles ont commencé à élaborer des méthodes participatives pour interagir avec les jeunes afin de les sensibiliser aux droits des travailleurs et travailleuses migrant·e·s.

« De nombreuses organisations et ONG travaillent depuis de nombreuses années sur le sujet, nous voulions donc collaborer avec elles et trouver des moyens d’engager un dialogue à ce sujet avec différents publics. Nous avons pensé que ce serait auprès des étudiant·e·s et de jeunes militant·e·s travaillant sur divers sujets que nous aurions le plus d’impact. Notre objectif était de viser les militant·e·s engagé·e·s afin de leur permettre de mieux comprendre le système de kafala, la discrimination qu’il engendre contre les travailleurs et travailleuses migrant·e·s et les possibilités qui s’offrent à ces jeunes pour contribuer à faire abolir ce système. »

Le groupe a organisé son premier événement, une soirée de partage de récits, dans le but de permettre à des jeunes de s’engager sur ce sujet. Les membres du groupe ont travaillé en collaboration avec Cliffhangers, une initiative de partage de récits basée à Beyrouth, et avec l’aide d’un centre d'accueil de migrant·e·s, ils ont invité des travailleuses à venir parler de leur vécu. Cliffhangers a proposé un accompagnement et un soutien aux travailleuses migrantes pour les aider à développer leurs compétences de communication et travailler sur leurs discours afin de les rendre aussi éloquents que possible.

Une foule se rassemble pour la présentation des récits. © Ruba Saleh

Deux travailleuses migrantes se sont portées volontaires et ont fait des présentations sincères. Le public a été touché par les intervenantes, qui ont évoqué les injustices auxquelles elles étaient confrontées et la réalité de leur travail dans le cadre de ce système. « C’était très inspirant, après le discours de la première intervenante, le public s’est même levé pour l’applaudir », se souvient Samrani. « Les gens au Liban sont au courant du problème, mais ignorent souvent les politiques discriminatoires que le système de kafala engendre. Pour améliorer les conditions de travail et de vie des travailleurs et travailleuses migrant·e·s, il ne suffit pas de dire “merci et s’il vous plaît”. Ce sont des travailleurs et des travailleuses qui ont des droits. Point final. »

« De nombreuses personnes sont venues, environ 50 personnes se sont regroupées dans la pièce, tant des étudiant·e·s que des travailleurs et travailleuses migrant·e·s et des militant·e·s. Après les récits des travailleuses migrantes, le public ne voulait pas que l’événement prenne fin, et il a donc été suivi d’une scène ouverte pendant une heure. »

De plus, le groupe a pu ouvertement discuter de son but de faire abolir le système de kafala, ce qui a poussé environ 20 personnes à rejoindre le groupe, dans le but de s’impliquer, de se mobiliser et de devenir membres d’Amnesty International.

Après le succès de ce premier événement, le groupe souhaite continuer d’étudier les approches participatives et alternatives en vue de sensibiliser le public, de travailler avec les travailleurs et travailleuses migrant·e·s et de changer les attitudes.

« Nous prévoyons de continuer notre collaboration avec l’équipe d’éducation aux droits humains et les chargé·e·s de campagne du bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth et de travailler avec un groupe de théâtre local afin de mener un travail de sensibilisation par le théâtre interactif. Nous prévoyons d’utiliser les méthodes d’éducation aux droits humains que nous avons découvertes pour continuer de mobiliser de nouvelles personnes et pour trouver de nouveaux moyens de changer les comportements et de remettre en cause les attitudes. »

Telling Stories of Oppression: the Kafala System from Helen Zein Eddine on Vimeo.

 

Les employé·e·s de maison immigré·e·s qui viennent travailler au Liban sont soumis·e·s à un système de parrainage (kafala), qui permet aux employeurs d'exercer sur ces personnes un contrôle considérable. Pour entrer sur le territoire, les travailleurs et travailleuses domestiques doivent être « parrainé·e·s » par une personne qui doit également être leur employeur. Les travailleurs et travailleuses migrant·e·s doivent demander la permission de leur « parrain » pour changer d’emploi ou le quitter et risquent d’être expulsé·e·s sans possibilité de recours de la décision si le parrain décide de mettre fin à son parrainage.