Justice pour les victimes des crimes de guerre commis pendant le conflit de Gaza

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Ibrahim Khader/Pacific Press/LightRocket via Getty Images

Le 8 juillet 2014, Israël a lancé une offensive militaire contre la bande de Gaza pour la troisième fois en moins de six ans.

En 50 jours, les forces israéliennes comme les groupes armés palestiniens ont commis des crimes de guerre et d’autres graves atteintes au droit international. À ce jour, aucun des deux camps n’a eu à répondre de ces actes.

Durant le conflit, les forces israéliennes ont tiré des dizaines de milliers d’obus de char et d’artillerie sur des zones résidentielles densément peuplées, et lancé des frappes aériennes sur des habitations de la bande de Gaza, tuant les familles qui y résidaient dans de nombreux cas. Elles ont visé des écoles où s’étaient réfugiés des civils, et attaqué des hôpitaux et des professionnels de la santé, notamment des ambulanciers qui essayaient d’évacuer des morts et des blessés.

De l’autre côté, des groupes armés palestiniens ont tiré des milliers de roquettes et d’obus de mortier vers Israël, et ont par ailleurs stocké des munitions dans des zones résidentielles de Gaza et lancé des attaques depuis celles-ci. Les forces du Hamas ont exécuté au moins 23 Gazaouis qu’elles avaient accusés de « collaboration » avec Israël, et en ont arrêté et torturé d’autres.

Aujourd’hui, nous demandons aux autorités israéliennes et palestiniennes de mener de véritables enquêtes sur tous les crimes possibles et de poursuivre les responsables présumés.

Khalil Abed Hassan Ammar, qui a perdu trois de ses quatre enfants dans une attaque menée par Israël contre leur maison de la ville de Gaza, le 20 juillet 2014
Nous n’entendions plus les enfants, leurs voix s’étaient éteintes. C’est alors que je me suis rendu compte qu’ils étaient tous morts.
Ibraheem Abu Mustafa
Mohammed Abu Duba, âgé de 20 ans et dont le père et le frère ont été tués dans une attaque sur le quartier de Mashrou’ Amer à Rafah le 2 août 2014
« Notre quartier était méconnaissable. Ce n’était pas nos rues... Il n’y avait aucun bâtiment qui ne soit pas endommagé. »
Albert Sadikov/Xinhua Press/Corbis
Associated Press

« Vendredi noir » : carnage à Rafah

Le 1er août 2014, des combattants du Hamas à Rafah, ville la plus méridionale de la bande de Gaza, ont capturé un militaire israélien avant de l’emmener dans un tunnel. Les événements qui ont suivi ont constitué l’un des épisodes les plus meurtriers de la guerre.

Ce que nous avons vu, ce n’était pas seulement la guerre, c’était comme une machine qui réduisait les gens en bouillie, sans pitié.
Iyad Ghaboun, un habitant de Rafah

L’armée israélienne a mis en œuvre le « protocole Hannibal », une procédure controversée conçue par l’armée pour faire face aux situations d’enlèvements de soldats. Elle a déclenché une série d’attaques dévastatrices sur le quartier se trouvant à proximité du tunnel, et ce malgré les risques pour les civils et le soldat capturé. Les quatre jours de bombardement ont tué au moins 135 civils, en ont blessé bien plus et ont détruit ou endommagé des centaines d’habitations.

Des témoins palestiniens ont dit avoir vu des avions de chasse, des drones, des hélicoptères et des pièces d’artillerie faire feu sur des intersections routières, frappant aveuglément des véhicules, des ambulances et des civils circulant à pied qui étaient en train de retourner chez eux parce qu’un cessez-le-feu avait été annoncé. Tous ces éléments indiquent que les forces israéliennes ont commis des crimes de guerre à Rafah et peut-être aussi des crimes contre l’humanité, et qu’elles doivent désormais être amenées à rendre des comptes.

« Vendredi noir » : découvrez ce qu’il s’est passé

À l’aide de témoignages, d’images satellite, d’analyses des panaches et des nuages de fumée et d’autres éléments, nous avons reconstitué les événements qui ont eu lieu pendant ces quatre jours à Rafah et mis au jour des éléments attestant que des crimes de guerre ont été commis par les forces israéliennes.
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TWEETTEZ MAINTENANT !

Les éléments de preuve sont accablants. Nous ne pouvons attendre que de nouvelles violences détruisent d’autres vies - il faut agir maintenant. Envoyez aux trois politiciens influents ci-après les tweets suggérés, afin de maintenir la pression.

.@JohnKerry Les États-Unis doivent demander aux autorités israéliennes et palestiniennes d’enquêter sur les crimes de guerre #50Days4Gaza

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.@PHammondMP Le Royaume-Uni doit demander aux autorités israéliennes et palestiniennes d’enquêter sur les crimes de guerre #50Days4Gaza

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.@HonRobNicholson Le Canada doit demander aux autorités israéliennes et palestiniennes d’enquêter sur les crimes de guerre #50Days4Gaza

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SAID KHATIB/AFP/Getty Images

« Vendredi noir » : interprêter les preuves

Nous avons travaillé avec l’équipe de chercheurs de Forensic Architecture pour analyser ce qui s’est passé à Rafah et montrer que les forces israéliennes ont mené des attaques de façon disproportionnée dans des zones densément peuplées.
LIRE LE RAPPORT (en anglais)

Le conflit en chiffres

Source : Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies/Groupe de protection, et Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme

2 251

Palestiniens ont été tués, dont 1 462 civils, parmi lesquels 551 mineurs

11 200

Palestiniens au moins ont été blessés, dont plus de 3 400 mineurs

6

civils ont été tués en Israël par des roquettes ou des obus de mortier tirés depuis Gaza

EPA/OLIVER WEIKEN
EPA/OLIVER WEIKEN

Logements et professionnels de santé pris pour cible

Les éléments de preuve semblent indiquer que l’armée israélienne a pris des domiciles familiaux pour cible de manière délibérée. Les forces israéliennes ont continué à viser des habitations tout au long de la guerre, même après qu’il a été établi que de nombreux civils avaient été tués. En 50 jours, plus de 19 000 logements ont été détruits ou endommagés de manière irréversible.

Un exemple est la famille Abu Jame, dont le logement sur trois étages à Bani Suheila, à l’est de Khan Younis, a été bombardé sans avertissement par un aéronef israélien le 20 juillet 2014, tuant 25 membres de cette famille. « Notre maison n’avait rien à voir avec les combats », nous a déclaré Tawfiq Abu Jame. « Pas un membre de la famille n’a été impliqué dans la résistance, ni à ce moment-là, ni à aucun autre. »

Notre maison n’avait rien à voir avec les combats.
Tawfiq Abu Jame

Les attaques contre les professionnels de santé et établissements médicaux relevaient également de pratiques bien établies. Dans certains cas, l’armée israélienne a tiré sur des ambulances clairement identifiables et sur des secouristes portant des gilets fluorescents reconnaissables.

L’auxiliaire médical Mohammad al Abadlah a été tué par des tirs israéliens alors qu’il tentait de secourir un homme blessé le 25 juillet 2014 à Al Qarara. « Soudain on nous a tiré directement dessus », nous a dit son collègue Hassan al Attal. « Mon collègue a crié et dit “J’ai été touché” [...] Quand des collègues sont sortis pour essayer d’aller jusqu’à lui, ils se sont également fait tirer dessus. »

MARCO LONGARI/AFP/Getty
Jawad Budier, un secouriste gazaoui dont le collègue a été tué quand un obus israélien a frappé leur ambulance à Beït Hanoun le 25 juillet 2014
Je pense avoir été directement visé. [Israël] ne fait pas de distinction entre les cailloux, les arbres et les êtres humains.
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Les autorités ont-elles véritablement enquêté sur ces crimes ?

Au cours de l’année écoulée, les autorités israéliennes et palestiniennes n’ont mené que des enquêtes limitées, qui n’ont été ni indépendantes ni efficaces.

Les autorités du Hamas ont déclaré qu’elles enquêtaient sur les homicides de « collaborateurs » présumés à Gaza. L’armée israélienne examine actuellement certains des crimes qu’auraient perpétrés ses forces, mais par le passé ce type d’enquêtes n’a servi qu’à protéger les responsables.

Les autorités israéliennes et palestiniennes n’ont mené que des enquêtes limitées.
Amnesty International

Dans les deux cas, les autorités affirment enquêter sur leurs propres crimes présumés, en suivant des procédures qui manquent de crédibilité.

À l’heure actuelle, le procureur de la Cour pénale internationale, qui enquête sur les crimes de guerre et ouvre des poursuites quand les gouvernements se montrent réticents, envisage d’ouvrir une enquête complète sur les crimes de guerre commis par les deux camps. Nous avons désormais la possibilité d’avancer vers la traduction en justice des responsables présumés.

Destruction à Gaza : les chiffres

Source : Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies

Près de 500 000

personnes ont été déplacées durant la guerre ; environ 100 000 n’ont toujours pas été relogées de manière permanente un an plus tard

20

crèches, écoles et universités ont été complètement détruites ; des centaines d’autres ont subi des dégâts

117

hôpitaux, cliniques et pharmacies ont été endommagés ou détruits

Justice pour les victimes des crimes de guerre

À la fin du mois de juin, une commission d’enquête indépendante sur ce conflit, diligentée par les Nations unies, a déterminé qu’Israël et les groupes armés palestiniens avaient commis des actes pouvant constituer des crimes de guerre, confirmant des informations précédemment fournies par des organisations locales et internationales de défense des droits humains. Cela a été une étape importante dans le combat en faveur de la justice. Nous devons cependant maintenir la pression afin que les changements se concrétisent et que les recommandations de la commission d'enquête soient suivies d’actes. Jusqu’à présent, certains gouvernements influents - en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada - ont bloqué des initiatives susceptibles de pousser Israël et la Palestine à agir. Mais aujourd’hui, ces États ont le pouvoir d’aider à garantir qu’Israël et les autorités palestiniennes :

1. enquêtent véritablement sur les crimes de guerre et autres atteintes graves au droit international ;
2. poursuivent les responsables présumés dans le cadre de procès équitables ;
3. coopèrent pleinement avec la Cour pénale internationale.

EPA