Tchad 2019
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Tchad 2019

Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ont été restreints et le système judiciaire a été utilisé pour réprimer la dissidence. Plusieurs cas de recours excessif à la force par les forces de défense et de sécurité ont été signalés. Les conditions de détention demeuraient déplorables.

CONTEXTE

Les forces armées ont poursuivi la lutte contre Boko Haram dans la région du lac Tchad. Des affrontements meurtriers ont éclaté entre des agriculteurs et des éleveurs nomades dans les provinces du Ouaddaï et du Sila. Les élections législatives, repoussées depuis 2015 pour des raisons financières et de sécurité, ont été reportées à 2020.

RECOURS EXCESSIF À LA FORCE

Plusieurs cas de recours excessif à la force par les forces de défense et de sécurité ont été signalés.

Les forces de défense et de sécurité ont ouvert le feu sur un groupe de femmes, faisant 10 blessées, lors d’une manifestation organisée le 23 février à Abéché. Il s’agissait d’étudiantes qui protestaient contre la révocation du directeur d’un complexe scolaire, décision qui allait à l’encontre d’un jugement rendu précédemment.

Le 12 septembre à N’Djamena, la police a blessé un homme par balle à la jambe sous prétexte qu’il marchait dans une zone interdite.

À N’Djamena également, Bonheur Mateyan Manaye circulait à moto le 4 novembre lorsque l’escorte policière du président de l’Assemblée nationale a tiré sur lui. Il a succombé à ses blessures par la suite.

LIBERTÉ DE RÉUNION

Des manifestations pacifiques ont été régulièrement interdites ou réprimées par les autorités.

À N’Djamena, 13 membres du Collectif tchadien contre la vie chère ont été frappés et arrêtés le 25 avril, lors d’une manifestation pacifique contre la pénurie de butane. Ce rassemblement avait été interdit par un décret du ministre de la Sécurité. En mars déjà, une manifestation organisée par ce même collectif avait été interdite.

Le 1er juin à N’Djamena, les autorités ont interdit une conférence de presse où devait être présenté le nouveau parti d’opposition Les Transformateurs. La police a ensuite tiré du gaz lacrymogène pendant le défilé du parti en ville.

Le 18 novembre, des victimes et des proches de victimes de l’ancien président Hissène Habré ont manifesté pour réclamer le paiement des dommages et intérêts ordonnés par la cour d’appel de N’Djamena le 25 mars 2015. Le rassemblement pacifique qu’elles ont organisé dans la capitale a été réprimé par les forces de sécurité, qui ont utilisé du gaz lacrymogène.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

La liberté d’expression a cette année encore été bafouée.

En juillet, le président Idriss Déby Itno a annoncé avoir demandé aux services compétents de lever les restrictions pesant sur les réseaux sociaux en ligne. Les autorités avaient pourtant nié être la cause des blocages constatés depuis mars 2018.

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Deux décès faisant suite à des actes de torture infligés en garde à vue ont été signalés. Le 25 mai, un homme emmené au poste de police du 7e arrondissement de N’Djamena pour vol est mort après avoir été torturé. Le 8 mai, Richard Mbaiguedem a succombé à des actes de torture dans un poste de police de la capitale.

Le 18 mai, un policier et deux subordonnés arrêtés le 22 décembre 2018 pour avoir torturé un homme à mort et diffusé la vidéo de ces actes sur les réseaux sociaux ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement.

ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES

Les forces de défense et de sécurité ont procédé à des arrestations et détentions arbitraires au titre de l’état d’urgence déclaré dans les provinces du Ouaddaï et du Sila en août, ont indiqué des ONG tchadiennes.

Le 5 novembre, la chambre d’accusation de la cour d’appel de N’Djamena a remis en liberté 88 personnes détenues à la prison d’Amsinéné, dont certaines étaient derrière les barreaux depuis plus de neuf ans sans décision de justice.

Mahamat Nour Ibédou, secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l’homme (CTDDH), a été arrêté le 5 décembre. Après avoir d’abord fait l’objet d’une plainte en diffamation, il a été informé qu’il était sous le coup de charges pénales, dont la nature ne lui a pas été précisée. Il a été libéré après que le juge d’instruction a prononcé un non-lieu.

CONDITIONS DE DÉTENTION

Les lieux de détention étaient toujours surpeuplés et les conditions de vie dans ces établissements allaient à l’encontre des règles d’hygiène. En octobre, une mutinerie a éclaté dans une prison d’Abéché ; au moins deux détenus ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés. En juin, un détenu a été tué alors qu’il tentait de s’évader de la maison d’arrêt de Bol. Dans les deux cas, les détenus dénonçaient les conditions de détention et la lenteur des procédures judiciaires.

EXACTIONS PERPÉTRÉES PAR DES GROUPES ARMÉS

Les attaques armées de Boko Haram contre la population civile et l’armée se sont multipliées dans la province du Lac. À la fin du mois de mars, 23 militaires ont été tués dans l’attaque d’une base de l’armée. Un journaliste de la télévision nationale et quatre militaires sont morts le 25 mai ; leur véhicule a sauté sur une mine et explosé. En juin, au moins 11 militaires ont été tués lors d’une attaque dans la région de Ngouboua. Le 14 août, une femme a commis un attentat-suicide à la bombe qui a fait six morts dans la cour d’un chef traditionnel à Tatafiromou, dans la sous-préfecture de Kaïga Kindjiria. Quatre membres de la population civile et trois militaires ont été tués dans deux attaques distinctes, à Kaïga Kindjiria et à Medikouta, durant le mois de septembre. Le 29 octobre, un médecin, un infirmier et leur chauffeur ont été enlevés aux alentours de Tchoukouliya. En décembre, des partisans de Boko Haram ont tué 14 civils tchadiens et en ont blessé cinq lors d’une attaque nocturne contre un camp de pêcheurs, dans le nord-est du lac Tchad. Quatre militaires ont été tués le 2 décembre entre Ngouboua et Baga Sola. En novembre, on dénombrait plus de 222 000 personnes déplacées dans la province du Lac, soit 24 % de plus que lors du précédent recensement des Nations unies.

CONFLITS FONCIERS

Les provinces du Ouaddaï et du Sila ont été le théâtre de violences entre agriculteurs et éleveurs nomades, exacerbées par l’utilisation d’armes de guerre. Ces affrontements ont fait une centaine de morts entre mai et juin, selon des ONG tchadiennes, et au moins 50 en août, d’après les autorités. Ces dernières ont déclaré l’état d’urgence dans les deux provinces le 20 août et l’Assemblée nationale l’a reconduit en septembre pour une période de quatre mois.