Bénin 2025
Les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique ont cette année encore fait l’objet de restrictions. Une vague d’attaques meurtrières perpétrées par des groupes armés a entraîné le déplacement interne d’un nombre croissant de personnes, dont la plupart peinaient à accéder à leurs droits économiques et sociaux. L’ONU s’est inquiétée du recours généralisé à la détention provisoire en vertu de lois antiterroristes, ainsi que des mauvaises conditions de détention dans les établissements pénitentiaires et de la façon dont étaient traitées les personnes incarcérées. Des victimes d’expulsions forcées attendaient toujours une indemnisation appropriée.
Contexte
Le président sortant, Patrice Talon, a publiquement réaffirmé son engagement à ne pas briguer un troisième mandat en 2026.
Le nord du pays a été confronté à des menaces sécuritaires. Entre janvier et octobre, les forces armées béninoises ont été prises pour cible par des groupes armés, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al Qaïda, qui ont tué au moins 82 soldats.
Une cinquantaine de personnes au moins ont été placées en détention provisoire à la suite d’une tentative avortée de coup d’État survenue le 7 décembre.
Liberté d’expression
Les autorités ont continué d’utiliser certaines dispositions de la Loi portant code du numérique qui érigeaient en infraction le fait de diffuser une « fausse information » et le « harcèlement par le biais d’une communication électronique » pour entraver le droit à la liberté d’expression1. Le Bénin a reculé de la 89e à la 92e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières.
En janvier, le journal Le Patriote et son site internet ont été suspendus par la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) après la publication d’un éditorial dénonçant « l’inefficacité de la stratégie du gouvernement » lors d’une attaque contre une position militaire dans la zone frontalière entre le Burkina Faso et le Niger. Cette suspension a été levée en mai.
Entre le 12 mars et le 20 mai, le site d’information Bénin Web TV a été suspendu et son directeur général s’est vu retirer sa carte de presse. La HAAC a accusé le média d’avoir publié des informations inexactes dans deux articles la concernant et concernant son président.
Le 5 juin, Julien Kandé Kansou, membre du parti Les Démocrates, a été arrêté et inculpé de « harcèlement par le biais d’une communication électronique » et de « publication de fausses nouvelles ». Il avait prédit une « révolution électorale » en 2026 et critiqué les autorités.
Le journaliste Comlan Hugues Sossoukpè, ressortissant béninois connu pour sa position critique à l’égard du gouvernement, a été arrêté le 10 juillet à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il a été extradé vers le Bénin, où il a été inculpé par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme d’« incitation à la rébellion », d’« incitation à la haine et à la violence », de « harcèlement par le biais d’une communication électronique » et d’« apologie du terrorisme ». L’un de ses collaborateurs, le journaliste Ali Moumouni, a été arrêté six jours plus tard et inculpé des mêmes charges.
Le 15 juillet, Cosme Hounsa, journaliste et rédacteur en chef du journal La Boussole, a été arrêté par des agent·e·s du Centre national d’investigations numériques pour « harcèlement par le biais d’une communication électronique ». Il a été libéré deux jours plus tard, mais restait sous le coup de poursuites à la fin de l’année. Avant l’arrestation de Cosme Hounsa, La Boussole avait publié plusieurs articles au sujet d’une affaire judiciaire opposant le ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines de l’époque à son prédécesseur.
Olivier Allochémé, journaliste et rédacteur en chef du journal L’Événement précis, a été arrêté le 9 octobre après avoir fait des commentaires à propos du chef de l’État sur sa page Facebook.
Liberté de réunion pacifique
En mars, le parti d’opposition Les Démocrates a déposé plusieurs plaintes contre des fonctionnaires de police et des élu·e·s locaux à la suite de diverses interdictions de manifester et de la dispersion violente de manifestations dans différentes villes.
Droits des personnes déplacées
Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays a plus que doublé, principalement en raison d’une nouvelle vague d’attaques perpétrées par des groupes armés dans le nord du pays. En juillet, l’Organisation internationale pour les migrations a estimé que ce chiffre avait augmenté de 118 % par rapport à 2024, pour atteindre 27 294 personnes. La plupart des personnes déplacées à l’intérieur du pays avaient perdu leurs sources de revenus et vivaient dans des conditions déplorables, ne pouvant jouir que de manière limitée de leurs droits économiques et sociaux, notamment les droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé et au logement.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
En janvier, à la suite d’un examen du rapport périodique du Bénin, le Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille [ONU] a publié des observations finales qui soulignaient que, malgré certains progrès réalisés en matière de protection des droits des personnes migrantes, des problèmes subsistaient. Le Comité a jugé que certaines dispositions de la loi de 1986 régissant le statut juridique des étrangers et étrangères étaient en contradiction avec la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Il a notamment dénoncé les dispositions concernant la privation de liberté et l’expulsion des personnes en « situation irrégulière ».
Au cours de l’examen mené par le Comité, le gouvernement a reconnu avoir des difficultés à fournir des services essentiels aux personnes réfugiées et demandeuses d’asile dans le pays. Le HCR a estimé en novembre que ces personnes étaient au nombre de 30 540, dont 70 % de femmes.
Droits des personnes détenues
En janvier, rendant compte de sa visite dans le pays en 2024, le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme et la lutte antiterroriste a noté que, depuis 2019, des centaines de personnes avaient été arrêtées pour des infractions liées au terrorisme. Nombre de ces personnes avaient été détenues sans avoir été formellement inculpées. Le rapporteur spécial s’est également déclaré préoccupé par les conditions de détention, dénonçant la surpopulation, les mauvaises conditions sanitaires et l’accès insuffisant aux soins de santé.
Expulsions forcées
En février, l’Agence nationale du domaine et du foncier a lancé un appel public invitant les personnes en attente d’une indemnisation appropriée à la suite d’expulsions forcées à se faire connaître pour qu’il soit donné suite à leur dossier. Des milliers de familles ayant été expulsées de zones côtières à des fins de développement touristique étaient potentiellement éligibles. Dans le seul quartier de Fiyégnon 1, à Cotonou, plus de 3 000 personnes avaient été expulsées sans indemnisation depuis 2021.

