Corée du Sud. La condamnation à une peine de prison d’un homme qui a fait l’éloge du Nord porte atteinte à la liberté d’expression

En réaction à la condamnation du Sud-coréen Lee Yoon-seop à 14 mois de prison pour avoir fait l’éloge de la Corée du Nord dans un poème, Boram Jang, chercheuse sur l’Asie de l’Est à Amnesty International, a déclaré :

« Les autorités sud-coréennes doivent abandonner toutes les charges retenues contre Lee Yoon-seop, condamné à une peine de prison pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. Écrire un poème n’est pas un crime.

« La Loi sud-coréenne relative à la sécurité nationale, en vertu de laquelle Lee Yoon-seop est poursuivi et inculpé, a servi plusieurs fois à censurer, intimider et emprisonner des personnes supposées avoir glorifié la Corée du Nord.

« Bien que la situation géopolitique du pays soit unique, cela ne justifie pas les restrictions illégales imposées à la liberté d’expression, qui bafouent les normes internationales. Ces limitations doivent rester nécessaires et proportionnées dans le but de faire face aux menaces réelles pour la sécurité nationale.

« La Loi relative à la sécurité nationale ne doit pas être utilisée de manière arbitraire pour harceler, arrêter ou réduire au silence des personnes qui ne font qu’exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d’opinion et d’expression.

« Les autorités sud-coréennes doivent abolir ou modifier de manière significative cette loi, notamment l’article 7, afin de l’aligner sur le droit international relatif aux droits humains. »

Complément d’information

Le 27 novembre 2023, le tribunal du district central de Séoul a condamné Lee Yoon-seop, 68 ans, à 14 mois de prison après l’avoir inculpé d’infraction à la Loi sur la sécurité nationale.

En 2016, le poème de Lee Yoon-seop faisant l’éloge du régime nord-coréen a remporté un concours organisé par le site Internet de l’État nord-coréen Uriminjokkiri.

Le tribunal a déclaré : « L’accusé a utilisé et distribué un nombre important d’expressions subversives qui représentent la position de la Corée du Nord, la glorifient et en font l’éloge, et menacent l’existence et la sécurité du pays ou l’ordre démocratique libéral fondamental pendant un long laps de temps au cours d’une période de récidive, de sorte qu’il est inévitable qu’il soit sévèrement sanctionné. »

En novembre 2023, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a déclaré qu’il demeurait préoccupé par le fait que des poursuites sont encore intentées au titre de la Loi relative à la sécurité nationale, et notamment de son article 7 formulé en termes vagues. Il s’inquiète de l’effet dissuasif qu’ont les lois pénales sur la diffamation et la Loi relative à la sécurité nationale sur la liberté d’expression en Corée du Sud.

L’article 7 de ce texte de loi interdit de promouvoir ou diffuser les activités de toute organisation antiétatique et de posséder ou de distribuer des documents glorifiant l’ennemi. Le 26 septembre 2023, cet article a été jugé constitutionnel pour la 8e fois.