Russie. Le chamane sibérien opposé à Vladimir Poutine doit immédiatement être libéré de l’hôpital psychiatrique où il a été interné

Réagissant à la décision de justice rendue le 2 juin aux termes de laquelle Alexandre Gabichev, un chamane sibérien qui s’est engagé l’an dernier à « chasser » le président Vladimir Poutine du Kremlin, restera enfermé dans un hôpital psychiatrique, Denis Krivosheïev, directeur adjoint pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnesty International, a déclaré :

« Après plusieurs semaines de surveillance policière intensive, Alexandre Gabichev a été arrêté à son domicile, où il s’isolait, et emmené de force dans un hôpital psychiatrique par une brigade antiémeute. Il a demandé à être libéré, mais il a été déclaré qu’il représentait « un danger pour lui-même et pour autrui », et un tribunal a à présent autorisé son internement dans un hôpital en se fondant un avis « médical » dont les conclusions sont basées sur ses opinions politiques.

« Alexandre Gabichev s’est attiré les foudres des autorités uniquement parce qu’il a exprimé publiquement son antipathie à l’égard de Vladimir Poutine, et en raison du périple qu’il a entamé à pied depuis chez lui, en Sibérie, pour se rendre à Moscou, périple qui a été interrompu par la police quand il a dit vouloir « chasser » le président du pouvoir en utilisant ses pouvoirs de chamane.

« En amenant la police, dans un premier temps, puis l’institution psychiatrique à agir en leur faveur, les autorités russes ont révélé jusqu’où elles sont prêtes à aller pour réprimer les voix critiques. Cela est totalement inacceptable, et Alexandre Gabichev doit être libéré immédiatement et sans condition. »

En amenant la police, dans un premier temps, puis l’institution psychiatrique à agir en leur faveur, les autorités russes ont révélé jusqu’où elles sont prêtes à aller pour réprimer les voix critiques.
Denis Krivosheïev, directeur adjoint pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnesty International

Complément d’information

En 2019, Alexandre Gabichev a parcouru à pied des milliers de kilomètres avant d’être stoppé par la police et brièvement interné dans un hôpital psychiatrique. Il a par la suite été remis en liberté et a manifestement été placé sous surveillance policière. Le 12 mai 2020, la police antiémeute a pénétré chez lui, où il s’isolait, et l’a emmené dans un hôpital psychiatrique, soi-disant parce qu’il refusait d’être testé au COVID-19.

Le 29 mai, comme il avait demandé à l’hôpital d’être relâché, une commission médicale a rapidement été réunie et a conclu qu’Alexandre Gabichev représentait « un danger pour lui-même et pour autrui ». Le directeur de l’hôpital a cherché à obtenir l’aval du tribunal municipal de Iakoutsk pour la prolongation de l’internement d’Alexandre Gabichev en affirmant que ce dernier « souffre d’une surestimation de soi » parce qu’il a exprimé des idées visant à « nuire au gouvernement ». Le 2 juin, le tribunal a approuvé l’internement forcé d’Alexandre Gabichev, qui peut désormais être enfermé pour une durée indéterminée dans un hôpital psychiatrique.

Les normes internationales relatives aux droits humains ont clairement établi que les régimes de privation de liberté basés sur le danger présumé que représentent des personnes pour elles-mêmes ou pour autrui sont intrinsèquement arbitraires et qu’ils doivent être éliminés.