Karin Watson: «L’éducation est la base de tout changement social»

Par Andrea Garcia Giribet

Inspirée par des militants et militantes du monde entier qui apprennent à connaître leurs droits et répandent une culture mondiale des droits humains, la série « Le pouvoir de transformation de l’éducation aux droits humains » (EDH) est une fenêtre sur l’histoire des défenseur-e-s des droits humains impliqué-e-s dans les initiatives d’éducation aux droits humains d’Amnesty International. Ces articles mettent en avant le pouvoir de transformation de l’EDH et les actions menées par ces personnes.

Karin Watson milite pour l’éducation aux droits humains au Chili.

Karin Watson s’exprimant lors de l’Assemblée mondiale 2018 d’Amnesty International. Karin Watson s’exprimant lors de l’Assemblée mondiale 2018 d’Amnesty International.
Karin Watson s’exprimant lors de l’Assemblée mondiale 2018 d’Amnesty International. © DR

 Comment êtes-vous devenue militante ?

Une fois, j’ai entendu quelqu’un dire : « Le militantisme est le loyer que je paie pour vivre dans ce monde ». C’est le genre de chose que l’on n’oublie jamais. J’ai le sentiment de venir d’un milieu privilégié dans un pays en difficulté, et je pense qu’il convient d’utiliser ce privilège pour aider les personnes qui se trouvent dans des situations moins bonnes, pour changer les choses, pour faire entendre notre voix.

L’éducation aux droits humains a été un tournant dans ma vie. Je suis allée à un atelier d’Amnesty International sur les droits sexuels et reproductifs quand j’avais 17 ans. C’est une expérience que je n’oublierai pas : jamais je n’avais vu ce type d’éducation et de dynamique auparavant. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’espace sûr qu’ils avaient créé pour permettre à de nombreuses personnes de tous horizons de pouvoir échanger à un niveau très intime. Je n’avais jamais eu l’occasion de parler de tels sujets avec tant de liberté. Je me suis sentie plus forte, comprise et moins seule.

Parlez-nous d’une initiative à laquelle vous avez participé par le biais de l’EDH et des changements que vous avez constatés grâce à celle-ci.

L’un des moments les plus inoubliables pour moi a été la campagne Le Chili ne protège pas les femmes, qui a commencé en 2015 et vise à faire évoluer la législation relative à l’avortement dans mon pays. C’est un combat continu pour modifier nos lois très strictes sur l’avortement, qui l’interdisaient en toutes circonstances à l’époque.

Nous avons travaillé très dur à l’aide de diverses initiatives, afin de dépénaliser l’avortement dans au moins trois cas de figure. Cela a été long et a nécessité un gros effort de différentes associations et organisations, mais nous avons enfin obtenu que la loi change l’an dernier. C’était une petite avancée, mais une immense victoire. Grâce à cette évolution, les femmes et les jeunes filles n’ont pas à mourir à cause d’avortements clandestins et elles ne seront pas punies pour avoir pris des décisions concernant leur propre corps.

Personnellement, j’ai été très émue de voir le travail de nombreuses années aboutir à un changement qui touche si profondément la vie des gens. C’est le genre de moment qui vous donne envie de continuer. Voir l’impact de notre campagne sur les femmes et les jeunes filles dans tout le pays, c’était extraordinaire !

L’éducation est la base de tout changement social. Toute personne qui se sent motivée représente un pas en avant.
Karin Watson

Quel est le rôle de l’éducation aux droits humains dans tout cela ?

L’éducation aux droits humains me permet de défendre ce en quoi je crois et de mobiliser d’autres personnes pour en faire autant. Pendant notre campagne, nous ne faisions pas que combattre la législation, nous voulions aussi sensibiliser la population à la tolérance et réduire la stigmatisation de l’avortement.

J’ai la possibilité de me rendre dans des écoles et de dire aux enfants qui sont en difficulté comme je l’étais autrefois que leur avis compte et a de la valeur, qu’ils ont le droit de s’exprimer et de se battre pour ce qu’ils pensent juste, même lorsque des gens plus âgés les en dissuadent. Après les ateliers, je vois qu’ils se sentent plus forts, entendus et motivés pour susciter des changements dans leur entourage.

En travaillant sur les droits sexuels et reproductifs, j’ai le sentiment que nous contribuons à combler les lacunes de notre système éducatif et que nous créons des espaces sûrs où les jeunes peuvent apprendre et discuter. Nous essayons de normaliser certains sujets et de donner aux gens les moyens de revendiquer leurs droits.

L’éducation est la base de tout changement social. Toute personne qui se sent motivée représente un pas en avant.

Quel changement souhaitez-vous voir dans votre entourage et dans le monde ?

Je désire voir les personnes, notamment les femmes et les jeunes, jouir de leurs droits. Je souhaite que les gens se sentent plus forts et connaissent leurs droits. Je veux une société plus ouverte et sensibilisée aux problèmes. J’aimerais vivre dans une société qui se souvient de son passé et un pays qui accueille les migrants et les réfugiés et se soucie des droits des femmes. Et, petit à petit, j’essaie d’aider à construire cette société !