Protégez nos droits dans la lutte contre Boko Haram

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Composite © Vincent Tremeau

Au Cameroun, des milliers de personnes sont prises entre deux feux, avec d’un côté la terreur de Boko Haram et de l’autre, les violences commises par le gouvernement en réaction au groupe armé.

En un an seulement, plus de 170 000 personnes dans tout le pays ont fui leur domicile en raison des violentes attaques de Boko Haram qui ont coûté la vie à des centaines de personnes dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

Mais la réaction des autorités camerounaises à la menace terroriste a été effrayante et excessive. Des milliers d’agents des forces de sécurité ont été déployés, bouclant des villages entiers et arrêtant des hommes et des garçons sans explication ni justification, avant de les torturer et les soumettre à des disparitions.

Bintou, Magdeme, Cameroun
Nos forces de sécurité nous ont fait encore plus souffrir que Boko Haram.
Maroua, Cameroun © Vincent Tremeau
Maroua, Cameroun © Vincent Tremeau

Le jour où les militaires sont arrivés dans notre village

« Le 27 décembre 2014, des coups de feu ont été entendus dans le village. Tout le monde s’est dispersé, pensant que c’était Boko Haram. Nous étions soulagés de voir que c’était l’armée camerounaise qui arrivait et, rassurés, nous sommes retournés au village. À notre grande surprise, les militaires ont commencé à défoncer nos portes, à entrer dans nos maisons et à nous ordonner de sortir. Ils nous ont emmenés au centre du village où tout le monde était rassemblé. Ils nous ont dit de nous mettre à plat ventre sur le sol et ils ont commencé à fouiller tout le monde.

Les militaires ont désigné des hommes et des garçons au hasard et les ont fait monter dans des camions.
Un villageois

Les militaires ont alors désigné des hommes et des garçons au hasard. Ils les ont frappés, les ont traînés par terre et ont pris leurs vêtements, ne leur laissant que leur pantalon. Ils les ont ensuite fait monter dans des camions. Je n’ai pas vu le visage de mon fils lorsque les militaires lui ont ordonné de monter dans le camion. Les militaires pointaient leurs armes vers nous et j’avais trop peur pour regarder. Je n’ai pas vu mon fils depuis ce jour-là et je n’ai pas de nouvelles de lui. »

Les autorités ont depuis confirmé que parmi les personnes des villages de Magdeme et Doublé qui ont été emmenées, 25 sont mortes le soir même en détention. Mais personne ne sait où ces personnes ont été enterrées. Et après presque deux ans, les autres personnes (plus de 130) n’ont toujours pas été vues et on est toujours sans nouvelles d’elles, en dépit des efforts de leurs proches. Ces personnes ont tout simplement disparu.

© Vincent Tremeau
Bintou, Magdeme, Cameroun
Les militaires ont tué ma sœur et sa fille de sept ans. Tous les hommes, y compris mon mari et mes fils, ont été emmenés dans des camions.
Fomusoh Ivo Feh © Vincent Tremeau

Étudiants ou journalistes, tout le monde peut être suspect

Fomusoh Ivo Feh était un étudiant de 25 ans seulement quand il a été arrêté pour avoir envoyé un message sarcastique à ses amis. Il évoquait la difficulté de trouver un bon travail au Cameroun et disait, pour plaisanter, qu’il était plus facile de rejoindre Boko Haram : « Boko Haram recrute des jeunes de 14 ans et plus. Conditions de recrutement : 4 matières au GCE, plus la religion. » Peu de temps après, Fomusoh Ivo Feh a été arrêté et inculpé pour « tentative d’organiser une rébellion contre l’État ». S’il est déclaré coupable, Fomusoh Ivo Feh risque jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.

Fomusoh Ivo Feh est loin d’être le seul à avoir fait l’expérience de la violente répression des autorités. La nouvelle loi antiterroriste adoptée par le gouvernement camerounais a eu des conséquences dévastatrices pour des centaines de personnes, en raison de sa définition du terrorisme formulée en des termes vagues et généraux. Des gens ont été arrêtés pour ne pas avoir de carte d’identité ou pour s’être récemment rendus au Nigeria.

La nouvelle loi a été utilisée pour inculper le journaliste Ahmed Abba de « complicité et non-dénonciation d’actes terroristes » après qu’il a écrit sur Boko Haram. Ahmed Abba a été détenu dans un lieu tenu secret et torturé pendant trois mois. S’il est déclaré coupable, il pourrait être condamné à mort.

© Vincent Tremeau
Un avocat de Maroua, au Cameroun
Le procureur n’a jamais besoin de convoquer des témoins. Il lui suffit de dire qu’un informateur a indiqué que l’accusé était membre de Boko Haram.
Prison de Maroua © Amnesty International

« Être en prison, c’est comme être dans le quartier des condamnés à mort »

Plus de 1 000 personnes accusées de soutenir Boko Haram sont actuellement en prison. La nouvelle loi permet de les maintenir en détention indéfiniment sans que ces personnes ne puissent contacter leur famille ou leurs avocats. Plus de 100 personnes ont été condamnées à mort par des tribunaux militaires et les conditions dans les cellules sont déplorables et s’apparentent à de la torture.

Deux détenus ont été si violemment frappés qu’ils sont morts devant nous. Cette nuit-là, nous avons dormi dans une cellule avec deux cadavres.
Un détenu de 70 ans

À la prison de Maroua, par exemple, jusqu’à huit personnes meurent tous les mois en raison des mauvaises conditions de détention, notamment du fait de la surpopulation (il y a plus de 1 500 personnes dans un bâtiment conçu pour 350) et de la malnutrition. Les détenus ne peuvent pas étendre leurs jambes quand ils dorment et le font à tour de rôle.

Cameroun : il faut protéger nos droits

Leurs droits comptent, même dans la lutte contre le terrorisme !

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