Levons les obstacles au Burkina Faso, elles ont le droit de décider

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Si vous êtes une fille au Burkina Faso, vous avez de grandes chances de ne pas profiter longtemps de votre enfance. Le mariage précoce et forcé y est monnaie courante. Les grossesses précoces également.

Si vous êtes une femme, vous risquez de vous voir refuser la contraception, pour la simple raison que vous n’avez pas l’autorisation de votre époux. Et même si vous parvenez à obtenir un contraceptif,vous serez peut-être contrainte de l’utiliser en secret, par crainte d’être accusée d’adultère par votre partenaire ou votre belle-famille.

Si vous êtes tombée enceinte à la suite d’un viol, les frais d’intervention médicale d’urgence sont à votre charge – des frais qui sont trop élevés pour la plupart des victimes.

Cette situation ne peut plus durer. Les jeunes filles du Burkina Faso veulent pouvoir profiter de leur enfance. Leurs mères, tantes et sœurs en ont assez d’être mises à l’écart lorsqu’il s’agit de prendre des décisions qui affectent leur propre vie. Soutenez-les dès aujourd’hui.

Une jeune femme de 18 ans mariée de force
Le gouvernement doit sensibiliser les parents à abandonner les pratiques traditionnelles qui ne sont pas bonnes pour les filles.

Maria : «Mon père m’a mariée à un homme de 70 ans.»

« Je suis la plus jeune de ma famille. Ma mère a six enfants. Mon père a quatre épouses. Je n’ai même pas pu terminer [ma première année d’école primaire]. Je ne sais pas pourquoi mes parents m’ont sortie de l’école. Je devais passer mes journées à aider aux tâches ménagères.

« Il y a environ deux semaines, mon père m’a mariée à un homme de 70 ans qui a déjà cinq épouses. Mon père m’a menacée : “Si tu ne vas pas rejoindre ton mari, je te tue.” Je suis restée trois jours avec mes coépouses puis je me suis enfuie. J’ai marché pendant trois jours pour rejoindre le centre de jeunes filles. »

« Maria » avait 13 ans, en mai 2015, quand elle s’est confiée à Amnesty International dans un refuge pour victimes de mariage forcé. 

QUELQUES CHIFFRES

52 %

proportion des filles mariées avant d’avoir 18 ans au Burkina Faso

17 %

taux d’utilisation de la contraception féminine au Burkina Faso, l’un des plus faibles au monde.

Céline : « Je vais adopter une méthode contraceptive en cachette. »

« J’aurais aimé adopter une méthode contraceptive pour espacer les naissances. Mais mon mari refuse. Je refuse donc d’avoir des rapports sexuels avec mon mari pendant ma période de fécondité. Mon mari se fâche et me bat, mais je résiste.

« Quand on espace les naissances, les enfants grandissent en bonne santé.

« Mes amies parlent du prix de la contraception. Si j’ai de l’argent, je vais adopter une méthode contraceptive en cachette. »

Céline a 26 ans et elle a quatre enfants.

Amnesty International

Anna Kari
Anna Kari

Un traitement inégalitaire qui prive les femmes de leur liberté de décider

Au Burkina Faso, que vous soyez une femme ou une fille, vous êtes privée de la possibilité de prendre des décisions importantes qui n’appartiennent pourtant qu’à vous. Vous n’êtes pas libre, par exemple, de décider si vous voulez vous marier, avec qui et à quel moment, ou si vous voulez avoir des enfants et à quel moment. Ces obstacles à la liberté de décider sont aggravés par l’attitude de la société, qui accorde plus d’importance aux hommes et aux garçons qu’aux femmes et aux filles.

Du fait de cette discrimination, les femmes et les filles voient leurs droits les plus fondamentaux, dont le droit à la vie, à l’éducation, à des soins de qualité, en particulier à des soins de santé sexuelle et reproductive, bafoués.

Parfois, il n’y a pas de moyens pour acheter la contraception et c’est ainsi que je me suis retrouvée avec huit enfants.
Korotimi, 43 ans

Mais surtout, cette discrimination prive les femmes et les filles de leurs droits sexuels et reproductifs, droits qui les autorisent à prendre librement des décisions concernant leur corps et leur vie, à l’abri de toute violence. Ces droits incluent le droit à une information satisfaisante et à des services adaptés dans le domaine de la santé sexuelle, du planning familial et de la sexualité.

Les conséquences de ces atteintes aux droits fondamentaux sont manifestes dès lors qu’on s’intéresse aux chiffres. Plus de la moitié des femmes du pays sont mariées avant l’âge de 18 ans et 10 % avant l’âge de 15 ans. Seules 17 % des filles font des études secondaires. De nombreuses filles doivent abandonner l’école parce qu’elles sont mariées de force ou contraintes d’assumer les tâches domestiques. À l’âge de 19 ans, la majorité des filles sont mariées et presque la moitié ont déjà un enfant au moins. À peine 17 % des femmes utilisent un moyen de contraception au Burkina Faso, l’un des taux les plus faibles au monde.

En 2015, le Burkina Faso a adopté une stratégie nationale visant à faire reculer de 20 % le mariage précoce d’ici 2025. Mais cet objectif est trop faible et trop lointain. Au titre du droit international, le Burkina Faso doit agir immédiatement et de façon durable pour éliminer le « mariage d’enfants » et les nombreuses atteintes aux droits des filles qu’il entraîne.

 

Un homme dans un groupe de discussion à Bobo-Dioulasso, juin 2014
Quand les femmes n’utilisent pas de contraception, elles obéissent. Avec la planification familiale, elles n’écoutent plus. Quand on accorde de la liberté aux femmes, elles en abusent.
Bibata Ouédraogo (à gauche) © Amnesty International (photo : Nick Loomis)

Mon corps, mes droits au Burkina Faso

Pour les filles obligées par leur famille à se marier, pour les femmes qui ont besoin de l’aval de leur époux ou de leur belle-famille pour utiliser un contraceptif, pour les filles tombées enceintes à la suite d’un viol et qui n’ont d’autre choix que de mener leur grossesse à terme, Amnesty International lance sa campagne Mon corps, mes droits au Burkina Faso.

Nous nous joignons aux nombreuses femmes et filles qui continuent de se battre en faveur de leurs droits au Burkina Faso pour demander au gouvernement burkinabè de lever les obstacles à leur liberté de décider.

C’est nous et nous seules qui menons une grossesse à terme. Et c’est à nous de décider si nous voulons être enceintes ou pas.
Bibata Ouédraogo, militante des droits des femmes

Levons les obstacles au Burkina Faso. Les femmes ont le droit de décider

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