Cuba 2020
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Cuba 2020

Sur fond d’informations faisant état de pénuries alimentaires, les autorités ont continué de réprimer toute forme de dissidence, notamment en emprisonnant des artistes indépendants, des journalistes et des membres de l’opposition politique.

Droit à l’alimentation

Tout au long de l’année, des pénuries d’aliments et d’autres produits de première nécessité ont été signalées. De hauts responsables gouvernementaux ont alors demandé aux Cubain·e·s de davantage cultiver leur propre nourriture. En septembre, l’artiste graffeur « Yulier P » a peint une image perturbante sur les murs de La Havane, représentant quelqu’un qui mange ses propres os.

Malgré les recommandations des Nations unies, qui ont demandé la levée des sanctions pour garantir l’accès à la nourriture et aux fournitures médicales essentielles et, ainsi, combattre efficacement la pandémie de COVID-19, les États-Unis ont maintenu leur embargo économique contre le pays.

Répression de la dissidence

Cette année encore, les autorités ont réprimé la dissidence sous toutes ses formes, en emprisonnant des responsables politiques, des journalistes indépendants et des artistes.

José Daniel Ferrer García, dirigeant de l’Union patriotique de Cuba (UNPACU), un groupe d’opposition politique non officiel, a été libéré en avril. Ancien prisonnier d’opinion, il avait été incarcéré en octobre 2019 et jugé le 26 février lors d’un procès entaché d’irrégularités1. Les autorités cubaines avaient empêché la presse, l’UE et Amnesty International d’y assister en qualité d’observateurs.

Liberté d’expression

En réponse à des informations faisant état d’amendes infligées à des journalistes indépendants parce qu’ils avaient rendu compte de la situation de la pandémie de COVID-19 et de ses conséquences dans le pays, des appels ont été lancés au président Miguel Díaz-Canel pour l’engager à prendre immédiatement des mesures destinées à garantir la liberté de la presse2. Au cours de l’année, des membres de la société civile et des journalistes se sont également dits préoccupés par le décret-loi no 370, un texte relatif à l’expression en ligne, qui semblait renforcer le contrôle et la censure exercés par les autorités sur Internet, en particulier pendant la pandémie.

En mars, Camila Acosta, journaliste pour le site d’information Cubanet, a été détenue pendant plusieurs heures et condamnée à une amende pour avoir diffusé des informations sur Facebook. En septembre, elle a de nouveau été arrêtée et menacée de nouvelles poursuites pour avoir dénoncé le décret-loi no 370. Roberto Quiñones Haces, journaliste indépendant de 63 ans qui travaillait pour Cubanet, a été remis en liberté le 4 septembre. Jugé en 2019, il avait été condamné à un an de prison pour « rébellion » et « désobéissance » en raison de son travail de journaliste. Amnesty International, ARTICLE 19, Institute for War and Peace Reporting (IWPR) et le Comité pour la protection des journalistes n’avaient cessé de demander sa libération, d’autant plus qu’il présentait un risque accru de contracter le COVID-19, car il souffrait de pathologies préexistantes et avait plus de 60 ans. Roberto Quiñones Haces avait publié des articles sur ses conditions de détention, évoquant en particulier les cellules surpeuplées, la piètre qualité de la nourriture et de l’eau, et le manque de soins médicaux adaptés3.

Tout au long de l’année, les autorités ont harcelé et intimidé des membres du mouvement San Isidro, regroupant des artistes, des poètes, des militant·e·s LGBTI, des universitaires et des journalistes indépendants. Ce mouvement était en première ligne de l’opposition au décret-loi no 349, qui servait à censurer les artistes. L’action menée à son encontre par les autorités était emblématique de la répression persistante dont faisait l’objet le droit à la liberté d’expression dans le pays4.

Luis Manuel Otero Alcántara, l’une des figures de proue du mouvement, a été emprisonné pendant deux semaines en mars après avoir, semble-t-il, été inculpé d’« insulte aux symboles de la patrie » (article 203 du Code pénal), une infraction non conforme au droit international relatif aux droits humains et aux normes connexes, et de « dégradation » de biens (article 339)5.

En novembre, le mouvement San Isidro a attiré l’attention de la communauté internationale quand certains de ses membres ont entamé une grève de la faim pour exiger la libération du rappeur Denis Solís González, condamné à huit mois d’emprisonnement pour « outrage », une autre infraction non conforme aux normes internationales relatives aux droits humains.

Après une descente de police au siège du mouvement situé dans la municipalité de La Habana Vieja – qui, selon le journal officiel de Cuba, faisait suite à des violations présumées des protocoles sanitaires liés au COVID-19 –, Luis Manuel Otero Alcántara a été de nouveau placé plusieurs jours en détention, et l’universitaire Anamely Ramos González a été retenue par les autorités pendant 12 heures environ6.

Le 27 novembre, en réaction à cette descente de police, plusieurs centaines d’artistes et d’intellectuel·le·s ont organisé devant le ministère de la Culture une manifestation – ce qui était rare dans le pays –, et ont obtenu – ce qui était tout aussi inhabituel – une entrevue avec le vice-ministre de la Culture.

Pendant deux semaines environ après la rencontre, des membres du mouvement San Isidro et une dizaine d’autres militant·e·s et journalistes indépendants ont été surveillés en permanence, risquant d’être arrêtés par des policiers et des agents de la Sûreté de l’État s’ils quittaient leur domicile, ce qui s’apparentait de fait à une assignation à résidence, en violation du droit international7.


  1. « Cuba. Un dirigeant de l’opposition condamné à l’assignation à résidence à l’issue d’un procès entaché d’irrégularités » (communiqué de presse, 3 avril)
  2. « Cuba. Les autorités doivent garantir la liberté de la presse en pleine pandémie de COVID-19 » (communiqué de presse, 2 mai)
  3. Cuba. Un prisonnier d’opinion en danger dans le contexte du COVID-19 (AMR 25/2210/2020)
  4. « Cuba. Le harcèlement des membres du mouvement San Isidro est représentatif des assauts persistants contre la liberté d'expression » (communiqué de presse, 20 novembre)
  5. Cuba. Un artiste s'opposant à la censure est menacé (AMR 25/2028/2020)
  6. « Cuba. Amnesty International demande la libération d’un prisonnier et d’une prisonnière d’opinion du mouvement San Isidro » (communiqué de presse, 27 novembre)
  7. « Cuba: Les membres du mouvement San Isidro et leurs alliés sont soumis à une surveillance d’une ampleur effrayante » (communiqué de presse, 15 décembre)

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