Burundi

Amnesty International ne prend pas position sur les questions de souveraineté ou les conflits territoriaux. Les frontières apparaissant sur cette carte sont basées sur les données géospatiales des Nations unies.
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Burundi 2025

Plus de 70 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté. Les forces de sécurité ont soumis des personnes considérées comme critiques envers le gouvernement à des arrestations et des détentions arbitraires, ainsi qu’à des disparitions forcées. Cette année encore, des informations ont fait état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, tandis que les auteurs présumés d’atrocités passées ou récentes jouissaient de l’impunité. Les conditions de détention demeuraient effroyables. La dissidence pacifique était toujours réprimée et le journalisme indépendant menacé. Les professionnel·le·s des médias continuaient de faire l’objet de harcèlement et de manœuvres d’intimidation, et se heurtaient à des obstacles juridiques persistants. Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ont été fortement restreints, en particulier autour de la période électorale. Bien que la représentation des femmes au Parlement ait progressé, les filles et les femmes n’étaient pas suffisamment protégées contre les violences fondées sur le genre, qui étaient monnaie courante.

Contexte

Cette année a marqué le 10e anniversaire de la crise politique de 2015, pendant laquelle des manifestations pacifiques contre la décision du président Pierre Nkurunziza (aujourd’hui décédé) de briguer un troisième mandat avaient été violemment réprimées par les forces de sécurité. Les élections législatives et locales de juin 2025 ont été entachées par des restrictions à l’égard des partis d’opposition. Le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie au Burundi – Forces pour la défense de la démocratie au Burundi (CNDD-FDD), a remporté tous les sièges à l’Assemblée nationale et au Sénat. Pendant la période électorale, les principales institutions étatiques, notamment la justice et la Commission électorale, sont demeurées soumises à une forte influence du CNDD-FDD.

Les opérations militaires du Burundi dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont suscité des préoccupations quant aux droits humains. L’insécurité en RDC a entraîné l’afflux d’un grand nombre de personnes réfugiées au Burundi, accroissant la pression exercée sur des ressources humanitaires déjà limitées et sur les populations d’accueil.

Les relations avec le Rwanda restaient tendues. Le Burundi a accusé le Rwanda d’avoir planifié des attaques sur son territoire.

Droits économiques et sociaux

Plus de 70 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté et n’avait qu’un accès limité aux services essentiels et à l’emploi, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Une pénurie prolongée de carburants a mis encore plus à mal les systèmes économiques et sociaux, perturbant les services de transport et de santé, ainsi que les chaînes d’approvisionnement alimentaires. Ces pénuries ont provoqué de fortes hausses des prix des biens et services de base, faisant ainsi augmenter le coût de la vie.

En mars, les autorités ont intégré la vaccination contre le paludisme dans leur programme d’immunisation habituel. Il s’agissait d’une importante initiative de santé publique, étant donné que le paludisme était l’une des principales causes de morbidité et de mortalité – en 2021 le nombre de cas était estimé à 3,7 millions, ayant entraîné 5 957 décès. Cependant, les limites des infrastructures sanitaires et des capacités logistiques continuaient d’empêcher la mise en place d’une campagne de vaccination exhaustive.

Détentions arbitraires et disparitions forcées

Les organisations de défense des droits humains ont accusé le Service national de renseignement (SNR) et les forces de police d’avoir arrêté et détenu arbitrairement des personnes considérées comme critiques à l’égard du régime. Selon le Forum pour la conscience et le développement, une ONG, plus de 20 d’entre elles ont été soumises à une disparition forcée.

En août, des hommes que l’on soupçonnait d’appartenir au SNR ont arrêté le youtubeur et détracteur du régime Dieudonné Niyukuri, ainsi que Fabrice Ribwurumutima (un ressortissant rwandais), Eloi Nkurunziza et Venant Ndikumana. Les autorités n’ont pas révélé ce qu’il était advenu de ces hommes et où ils se trouvaient, ni communiqué les raisons de leur arrestation, en dépit de demandes d’information répétées de la part de la société civile et de leurs familles.

Torture et autres mauvais traitements

Des organisations locales de défense des droits humains ont reçu des informations faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements. L’absence d’enquête sur ces allégations a perpétué un climat de peur et d’impunité.

Selon l’ONG SOS-Torture/Burundi, le commissaire régional de police de la région Nord a, au mois de mars, roué de coups Septime Ndikuriyo, un chauffeur de moto-taxi, jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Des témoins ont indiqué à l’ONG que le policier avait intercepté Septime Ndikuriyo à Rusuguti, une commune de la province de Ngozi, en l’accusant d’avoir doublé son véhicule. Septime Ndikuriyo a été emmené à l’hôpital régional de Ngozi, où il a été admis en soins intensifs. Le policier n’a fait l’objet d’aucune action disciplinaire ou juridique, ni même d’une enquête, pour cette agression présumée.

Entre mai et juin, le Comité contre la torture [ONU] a rendu publiques des décisions cruciales sur les cas de cinq plaignants qui s’étaient déclarés victimes de graves violations de la Convention des Nations unies contre la torture perpétrées entre 2014 et 2016. Dans chaque cas, le Comité a estimé que le Burundi était responsable des actes de torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants infligés par des agent·e·s de la police ou des services de renseignement.

Ces conclusions montraient que la torture, le déni des actes de torture commis, l’impunité et l’absence d’engagement en faveur de la justice et de l’obligation de rendre des comptes relevaient d’une pratique bien ancrée. Depuis de nombreuses années, le Comité mettait au jour les défauts structurels du système judiciaire burundais, notamment l’absence de mécanisme indépendant de réception des plaintes, le recours à la détention arbitraire, la privation d’accès à une aide juridictionnelle et médicale, et le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire.

Le Burundi n’a pas apporté de véritable réponse aux conclusions du Comité.

Droits des personnes détenues

Les prisons étaient surpeuplées et les conditions de détention demeuraient très mauvaises, la nourriture, l’assainissement et les soins médicaux étant insuffisants. Selon l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture Burundi, la population carcérale était quatre fois supérieure à la capacité d’accueil. Des organisations de la société civile ont recueilli des informations sur des cas de personnes maintenues en détention après la fin de leur peine.

Liberté d’expression

La liberté de la presse était toujours fortement restreinte ; les journalistes et les médias faisaient l’objet de harcèlement et de manœuvres d’intimidation, et se heurtaient à des obstacles juridiques persistants.

En mars, le Conseil national de la communication a suspendu Yaga Burundi, un média en ligne axé sur les jeunes. La suspension a été levée plus de deux semaines après, sous la pression de l’opinion publique.

En avril, les journalistes Willy Kwizera, de la radio Bonesha FM, et Masudi Mugiraneza, de Radio Scolaire Nderagakura, ont été arrêtés, détenus et soumis à interrogatoire pour avoir couvert une manifestation, avant d’être libérés sans inculpation au bout de quelques heures.

La journaliste Sandra Muhoza était toujours en prison à la fin de l’année. Arrêtée en mars 2024 pour un message qu’elle avait envoyé par WhatsApp, elle a été déclarée coupable d’atteinte à l’intégrité du territoire national et d’aversion raciale et condamnée à 21 mois de prison par un tribunal de la province de Bujumbura en décembre 2024. L’appel qu’elle avait interjeté de sa déclaration de culpabilité a été examiné en mai 2025 par la cour d’appel de Bujumbura, qui a statué qu’elle était incompétente pour connaître l’affaire parce que l’infraction présumée avait eu lieu dans une autre province, à savoir celle de Ngozi. Cette décision a, de fait, annulé la déclaration de culpabilité et la peine initiales. Sandra Muhoza a été transférée dans une prison de Ngozi en septembre ; en octobre, son affaire a été examinée par la cour d’appel de Ngozi, qui devait statuer dans les 48 heures sur une éventuelle libération à titre provisoire. Aucune décision n’avait été rendue publique à la fin de l’année.

Droit à l’information

Des obstacles importants entravaient l’accès des médias et journalistes indépendants aux informations officielles. Certains n’ont pas pu assister aux séances parlementaires à partir du mois d’août, dont deux journalistes du groupe de presse Iwacu, qui se sont vu refuser l’entrée en septembre au motif qu’ils « ne figuraient pas sur la liste ». Selon Iwacu, certains journalistes ont été exclus de groupes WhatsApp qui servaient de canaux de communication officiels entre l’Assemblée nationale et la presse. Dans le même temps, les principales séances parlementaires ont cessé d’être retransmises en direct. La Constitution disposait pourtant que les séances de l’Assemblée nationale et du Sénat étaient publiques, sauf circonstances exceptionnelles.

Liberté d’association et de réunion

Les autorités ont imposé des restrictions des droits à la liberté d’association et de réunion pacifique. Elles ont interdit ou exclu des partis d’opposition, les empêchant de participer aux activités politiques et aux processus électoraux à l’approche des scrutins.

En janvier, la Cour constitutionnelle a confirmé la décision d’une juridiction inférieure d’invalider la composition de la coalition de partis d’opposition Burundi Bwa Bose (« Burundi pour tous »). Cette décision a, de fait, empêché des membres du Congrès national pour la liberté – un parti d’opposition – qui étaient demeurés fidèles à leur ancien dirigeant, Agathon Rwasa, de se présenter aux élections. Agathon Rwasa avait été remplacé en mars 2024 par un responsable considéré comme proche du parti au pouvoir.

Des membres et sympathisant·e·s de partis d’opposition, ainsi que des militant·e·s, ont été harcelés, intimidés et agressés physiquement, souvent par des membres des Imbonerakure, la branche jeunesse du parti au pouvoir, et d’autres groupes progouvernementaux.

Dans tout le pays, des réunions de la coalition Burundi Bwa Bose ont été interdites à partir de mars. En mai, des sympathisant·e·s de la coalition ont indiqué que des membres présumés des Imbonerakure s’étaient emparés de leur moto dans la capitale, Gitega, à la suite d’une marche de protestation.

En novembre, le président, Évariste Ndayishimiye, a insulté publiquement Faustin Ndikumana, président de Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités, une ONG de défense des droits humains et l’une des dernières organisations indépendantes encore en activité au Burundi. Il a affirmé que cet homme était « possédé par les démons » et l’a tourné en dérision parce qu’il n’était pas marié.

Les interdictions et les suspensions imposées à la plupart des organisations indépendantes de défense des droits humains en 2016, au lendemain de la crise de 2015, étaient toujours en vigueur, de même que les procédures pénales engagées à l’encontre de certains défenseur·e·s des droits humains. Parmi les organisations concernées figuraient l’Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues, la Ligue Iteka et l’Union burundaise des journalistes. La plupart des défenseur·e·s indépendants des droits humains étaient toujours en exil, et leurs organisations fonctionnaient depuis l’étranger. Ces mesures empêchaient de surveiller de près les violations des droits humains et d’aider efficacement les victimes.

Droits des femmes et des filles

La représentation des femmes dans le cadre de la législature 2025-2030 a sensiblement augmenté à la suite des élections, 39 % et 46 % des sièges étant occupés par des femmes à l’Assemblée nationale et au Sénat, respectivement. Cela représentait une augmentation de 4 % et 5 %, respectivement, par rapport à la législature 2020-2025.

Néanmoins, les violences fondées sur le genre infligées à des femmes et des filles demeuraient courantes, notamment les violences domestiques et les violences sexuelles. Le Mouvement des femmes et filles pour la paix et la sécurité au Burundi avait enregistré, au 18 décembre, 84 cas de violences sexuelles, 41 cas de violences physiques et 105 féminicides. Un certain nombre des cas de violences sexuelles et de féminicides avaient été perpétrés contre des mineures. Le faible degré d’application des lois en vigueur et l’impunité dont continuaient de jouir les auteurs permettaient aux violences de perdurer.

L’injection contraceptive a été autorisée, mais l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive et aux droits en matière de sexualité et de reproduction demeurait limité. Cela était particulièrement le cas dans les zones rurales, en raison de la précarité des infrastructures sanitaires et des tabous sociaux qui prévalaient.