Angola 2019
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Angola 2019

Malgré les quelques progrès initialement constatés, les libertés d'expression et de réunion pacifique demeuraient mises à mal. Les conflits fonciers provoqués par les acquisitions à des fins privées de vastes surfaces de terres ont continué de porter atteinte au droit à l’alimentation et à l'eau dans les régions rurales du pays. De façon tout aussi criante que les années précédentes, le droit à l'eau n'était toujours pas mis en œuvre en ville comme dans les campagnes. Les exécutions extrajudiciaires dans les mines de diamants des provinces de Lunda-Nord et Lunda-Sud se sont poursuivies sans que leurs auteurs soient inquiétés. Les droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes (LGBTI) étaient toujours menacés en dépit d'améliorations apportées à la législation.

CONTEXTE

L'espoir et l'optimisme concernant une possible amélioration de la protection des droits humains en Angola ont été palpables au début de la présidence de João Lourenço. Sous son mandat, des avancées ont été recensées dans le pays : plusieurs manifestations pacifiques se sont déroulées sans être réprimées ; deux journalistes accusés de diffamation à l'égard d'une personnalité publique ont été acquittés ; la Cour suprême a annulé une décision injuste rendue par un tribunal provincial ; et des mesures ont été prises pour tenter de combattre la corruption et de rapatrier les fonds publics volés. Des problèmes restaient cependant à résoudre. Les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique étaient toujours menacés. Des forces de sécurité publiques et privées ont procédé à l’exécution extrajudiciaire de personnes soupçonnées d'extraire illégalement des diamants dans les provinces de Lunda-Nord et de Lunda-Sud. Si les droits des LGBTI étaient mieux protégés dans la législation, les personnes de même sexe ayant des rapports sexuels consentis entre elles demeuraient, dans la pratique, en butte à la discrimination.

La hausse du cours du pétrole sur le marché international n'a pas eu de répercussions sur la crise économique qui, comme l'année précédente, a suscité le mécontentement de la population, en particulier des jeunes, à l'égard du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), le parti au pouvoir. Cette crise a continué de sous-tendre le modèle de développement mis en place par le gouvernement, qui privilégiait les vastes acquisitions foncières par des investisseurs privés et mettait en danger les moyens de subsistance et le droit à l'alimentation des habitant·e·s des zones rurales.

LIBERTÉ D'EXPRESSION ET DE RÉUNION PACIFIQUE

Les forces de sécurité, dont la police, ont continué de procéder à des arrestations et placements en détention arbitraires. Dans bien des cas, ces agissements, ainsi que des actes de torture et d'autres formes de mauvais traitements, ont visé des manifestant·e·s pacifiques, mais les forces de sécurité s'en sont également prises à des personnes qui ne participaient pas aux manifestations.

Entre le 28 janvier et le 1er mars, les forces de sécurité ont arrêté arbitrairement 64 personnes, dont des militant·e·s du Mouvement pour l’indépendance de Cabinda (MIC), ainsi que certains de leurs collègues et de leurs proches, avant de les placer en détention[1]. Ces personnes ont été visées en raison de leur participation à une manifestation pacifique tenue le 1er février pour commémorer le 134e anniversaire de la signature du Traité de Simulambuco. Le 27 février, le tribunal provincial de Cabinda a estimé que 51 personnes devaient être maintenues en détention, tandis que 13 autres ont bénéficié d'une libération provisoire car leur arrestation, effectuée sans mandat à leur domicile, était illégale.

Le 1er mars, des militant·e·s et des proches des 51 personnes toujours incarcérées se sont rassemblés pour protester contre le maintien en détention de ces personnes. La police est arrivée sur les lieux et a agressé les protestataires à coups de poing et de pied. Elle a interpellé 11 d'entre eux en l'absence de mandat, mais les a relâchés quelques heures plus tard sans qu'ils aient été inculpés. Parmi les personnes arrêtées, sept ont été hospitalisées en raison des brutalités policières qu’elles avaient subies.

Le 12 septembre, alors que se tenait une visite du président João Lourenço à Luena, une ville de la province de Moxico, la police a violemment réprimé une manifestation pacifique et arrêté 23 participant·e·s. Ceux-ci avaient pourtant informé les autorités municipales du rassemblement qu'ils comptaient organiser ce jour-là, conformément à la législation. Les manifestant·e·s souhaitaient faire connaître leurs doléances au président angolais au sujet d'allégations de corruption, de l'incurie des autorités et du chômage des jeunes dans la province.

Le 2 juillet, sept jeunes ont été arrêtés et incarcérés après avoir dénoncé la pénurie d'eau dans la ville de Lobito (province de Benguela). Ils ont ultérieurement été déclarés coupables de désobéissance envers des agents chargés du maintien de l'ordre public, le tribunal conditionnant leur remise en liberté au règlement par chacun d'entre eux d'une amende de 76 000 kwanzas (environ 206 dollars des États-Unis).

CONFLITS FONCIERS ET DROIT À L'ALIMENTATION

Dans les zones rurales, les vastes opérations d'accaparement de terres servant des intérêts privés et à vocation commerciale se sont poursuivies sans la moindre considération pour les droits humains des populations touchées ; celles-ci n’ont été ni consultées ni indemnisées et aucune évaluation de l'impact environnemental et social de ces opérations n’a été menée, en violation de la législation nationale. En conséquence, et bafouant ainsi ses obligations nationales, régionales et internationales, l'Angola ne protégeait toujours pas les populations contre les acquisitions foncières qui leur ôtaient la possibilité de cultiver de quoi se nourrir. Cette tendance de plus en plus marquée a aggravé l'insécurité alimentaire dans les zones rurales.

Dans la municipalité de Gambos (province de Huíla), les éleveurs nomades traditionnels survivaient difficilement après que les pouvoirs publics eurent détourné, au profit de l'élevage commercial de bétail et hors de toute procédure régulière, 67 % des terres à usage communal où ils faisaient paître leurs animaux. Ces transactions foncières ont érodé la résilience économique, sociale et culturelle de ces éleveurs, et ont notamment dégradé leur sécurité alimentaire. La majeure partie de leurs pâturages ancestraux étant désormais inaccessibles, ils ont vu leurs troupeaux manquer de nourriture, ce qui s'est ressenti sur la production de produits laitiers dont ils dépendaient pour leur subsistance. Menacés de famine et de malnutrition, ils ont commencé à consommer des plantes sauvages, qui les ont rendus malades et qui ont eu des effets particulièrement néfastes sur la santé des enfants et des personnes âgées.

DROIT À L’EAU

La Constitution de la République d'Angola et la Loi sur l'eau disposaient que l'eau, en tant que ressource naturelle, est un bien public, qui relève d’un droit « inaliénable et imprescriptible ». Or, en violation de ces dispositions et des obligations internationales relatives aux droits humains qui incombent au pays, l'accès à l'eau potable – en termes de disponibilité, de qualité et d'accessibilité – restait précaire pour de nombreux habitant·e·s des villes comme des campagnes.

Dans les régions rurales, le développement de projets agro-industriels, miniers et gazo-pétroliers a directement entravé l'accès à l'eau potable[2]. De nombreuses personnes en étaient ainsi privées du fait de la déviation de cours d'eau et de l'inaccessibilité de réserves d'eau douce telles que des fleuves, des lacs et des sources à la suite de la pose de clôtures[3]. Dans la province de Lunda-Nord, le secteur minier a dévié le cours de la rivière Kwango, privant d'accès à ses eaux différentes communautés vivant dans les municipalités de Kwango, Xá-Muteba et Capenda-Camulemba[4]. À Curoca (province de Cunene), Savate (municipalité de Kwangar, province de Cuando-Cubango) et Luangundo (province de Cuando-Cubango), des exploitants agricoles ont été autorisés à installer des clôtures qui bloquaient l'accès à des fleuves, des lacs et des fontaines[5]. Les sources naturelles encore accessibles étaient quant à elles polluées. Des déversements d’hydrocarbures ont par exemple contaminé des sources des provinces de Cabinda et du Zaïre, privant ainsi les populations de leurs droits à l'eau et à des moyens de subsistance[6].

Dans les zones urbaines, la disponibilité, la qualité et l'accessibilité de l'eau demeuraient précaires pour de vastes pans de la population. Celle-ci n'était généralement pas approvisionnée en eau potable et, quand elle l’était, la qualité de l'eau était médiocre. L'entreprise publique angolaise de distribution d'eau (EPAL) a indiqué en avril qu'elle n'était en mesure de distribuer que 500 000 mètres cubes d'eau par jour en moyenne à Luanda, alors que sa population de plus de six millions d'habitant·e·s avait en réalité besoin de plus d'un million de mètres cubes par jour. Les besoins en eau de la province de Luanda s'élevaient à 1,2 million de mètres cubes par jour, pour une capacité effective de distribution par l'EPAL de 516 582 mètres cubes par jour. Qui plus est, l'approvisionnement en eau était discriminatoire, la priorité étant donnée aux quartiers aisés, tandis que les personnes vivant à la périphérie des villes se ravitaillaient auprès de vendeurs ambulants, à des prix extraordinairement plus élevés.

EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES DANS LES DEUX PROVINCES DE LUNDA

Les forces de sécurité publiques et privées ont continué d'exécuter de façon extrajudiciaire des personnes soupçonnées d'extraction illégale de diamants. Kwango, Lukapa et Lusage ont été les localités les plus touchées, avec plus de 40 personnes tuées par l'armée durant les mois de juillet et d'août 2019. À Kalonda, 36 personnes ont été tuées en août. Bien que les autorités traditionnelles aient demandé au gouvernement angolais d'intervenir pour faire cesser ces homicides, aucune mesure n'avait été prise à la fin de l'année.

DROITS DES LESBIENNES, DES GAYS ET DES PERSONNES BISEXUELLES, TRANSGENRES OU INTERSEXES

En janvier, le Parlement angolais a adopté un nouveau Code pénal dépénalisant les relations entre personnes de même sexe. Malgré cette initiative, les personnes LGBTI demeuraient exposées à des discriminations et des actes d'intimidation et de harcèlement de la part d’acteurs aussi bien étatiques que non étatiques. Les autorités n'ont rien fait pour protéger ces personnes des violences homophobes, ni pour amener les auteurs de ces actes à rendre des comptes. L'appareil judiciaire se caractérisait par la précarité de ses infrastructures et ne disposait pas de personnel correctement formé et compétent, ce qui se traduisait par un long délai de traitement des affaires.

Les autorités n'avaient toujours procédé à aucune arrestation en lien avec l'attaque du 10 juillet 2018 contre un centre d'accueil pour personnes LGBTI en danger installé à Luanda et géré par l'organisation Archives identitaires angolaises (AIA). Plus connu sous le nom de No Cúbico, ce centre avait été pris d'assaut par trois hommes armés de couteaux, d'armes à feu et d'une houe. Cinq femmes dormaient alors dans la chambre à coucher. En entendant les hommes crier : « Où êtes-vous ? On va vous tuer ! », elles ont barricadé la porte de la pièce pour les empêcher d'entrer. Au bout d'une heure et demie, ils ont décidé de partir, craignant l'arrivée de la police. Au lieu d'enquêter sur ce qui s'était passé pour identifier les agresseurs, les policiers ont interrogé les femmes et désigné le centre en des termes péjoratifs, le qualifiant de « maison de prostitution » car il hébergeait des femmes célibataires.

 

 

[1] Angola. Soixante-deux militant·e·s et manifestant·e·s soumis à une détention arbitraire (AFR 12/9804/2019)

[2] Angola: Land, Basic Rights and Freedoms (AFR 12/0185/2019)

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.