Bélarus. La misogynie et les discriminations sont les armes de la campagne malveillante visant des militant·e·s avant l’élection

Les autorités bélarussiennes doivent cesser de réprimer toutes les formes de contestation en amont de l’élection présidentielle, qui aura lieu le 9 août, et mettre immédiatement fin à leur campagne malveillante visant des militantes et des femmes proches de représentants politiques de l’opposition, qui repose sur des tactiques misogynes, a déclaré Amnesty International le 17 juillet 2020.

Dans un document intitulé Crackdown from the Top: Gender-based Reprisals against Women in Belarus, l’organisation dénonce la stratégie des autorités consistant à exercer contre ces femmes des représailles spécifiques à leur genre, notamment en les menaçant de leur faire subir des violences sexuelles ou de leur retirer leurs enfants.

« Dans leur quête inexorable visant à réduire au silence les opposant·e·s politiques et la moindre forme de contestation, les autorités bélarussiennes emploient des méthodes pétries de misogynie. Elles prennent délibérément pour cible des femmes impliquées dans la vie politique ou des femmes appartenant à la famille de militants politiques, en leur faisant ouvertement subir des discriminations et en les menaçant de violences sexuelles », a déclaré Marie Struthers, directrice pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnesty International.

« À un mois de l’élection à peine, les militantes donnent du fil à retordre au président sortant, Alexandre Loukachenko, et sont par ailleurs confrontées aux propos ouvertement misogynes que tient le chef d’État sur les chaînes télévisées aux heures de grande écoute. Les femmes sont également et de manière disproportionnée la cible de persécutions, de manœuvres d’intimidation et de harcèlement, et de représailles motivées par des considérations politiques au Bélarus aujourd’hui. »

À un mois de l’élection à peine, les militantes donnent du fil à retordre au président sortant, Alexandre Loukachenko, et sont par ailleurs confrontées aux propos ouvertement misogynes que tient le chef d’État sur les chaînes télévisées aux heures de grande écoute.
Marie Struthers, directrice pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale à Amnesty International

Menaces de placement de leurs enfants

Invoquant le décret présidentiel énonçant des « mesures visant à protéger les enfants dans les familles défavorisées », les autorités menacent de retirer leurs enfants à des militantes politiques et aux familles de membres de l’opposition qui sont incarcérés.

Lorsque l’époux de Vitalia Navumik, le militant politique Uladzimir Navumik, a été arrêté pour de prétendus faits de « houliganisme » le 29 mai, l’appartement de cette femme a été perquisitionné par des policiers, qui ont ensuite fait un signalement injustifié auprès des services locaux de l’éducation, à propos des « mauvaises conditions de vie de l’enfant ».

Vitalia Navumik a déclaré à Amnesty International :

« Selon la police, notre appartement était en désordre, avec des mégots et des bouteilles d’alcool vides partout. Sauf que ce n’était pas vrai et qu’une vidéo filmée [par les policiers] durant la perquisition peut le prouver. Mais elle n’a jamais été fournie comme élément de preuve.

« Durant la perquisition, quand il m’ont dit que ma fille pourrait m’être retirée, j’ai été tellement horrifiée que je n’ai même pas su quoi dire ni comment réagir. Je suis restée là devant eux, trop choquée pour dire un mot. »

Durant la perquisition, quand il m’ont dit que ma fille pourrait m’être retirée, j’ai été tellement horrifiée que je n’ai même pas su quoi dire ni comment réagir. Je suis restée là devant eux, trop choquée pour dire un mot.
italia Navumik, femme du militant politique Uladzimir Navumik

Menaces de violences sexuelles

À au moins une occasion, la compagne d’un militant politique pris pour cible par les autorités aurait été menacée de viol en réunion par des policiers alors qu’elle se trouvait au poste de police. Violetta, compagne de Dmitry Lukomsky, a filmé les policiers qui se sont présentés à leur domicile à la recherche du militant, et qui l’ont ensuite emmenée au poste de police pour l’interroger. Elle a déclaré à Amnesty International :

« Ils m’ont demandé pourquoi j’avais essayé de les filmer quand ils sont venus chez moi et quand ils m’ont espionnée, et j’ai répondu que je voulais me protéger. Alors l’un d’entre eux a dit : "Eh bien, là, vous n’êtes pas en train de nous filmer. Nous pourrions vous violer l’un après l’autre et vous ne seriez pas capable de le prouver". »

D’autres formes de discrimination liées au genre employées par les autorités contre les militantes au Bélarus incluent des amendes d’un montant disproportionné, et la privation d’articles d’hygiène personnelle de base telles que des serviettes périodiques, pour les femmes incarcérées après avoir participé à des rassemblements pacifiques.

« Il ne fait aucun doute que ces pratiques bien établies, qui sont profondément dérangeantes, sont alimentées par la misogynie d’État, qui est vraiment manifeste en cette période préélectorale au Bélarus. Les représailles politiques ayant pour objectif de semer la peur et le désespoir, et celles qui prennent spécifiquement pour cible les femmes, doivent cesser immédiatement », a déclaré Marie Struthers.

Complément d’information

L’élection présidentielle doit avoir lieu le 9 août. Le président en exercice, Alexandre Loukachenko, brigue son sixième mandat.

Ses adversaires politiques sont victimes de graves représailles, et deux aspirants candidats, Viktar Babaryka et Syarhei Tsikhanouski, ont fait l’objet d’arrestations arbitraires et sont actuellement placés en détention provisoire sur la base de charges infondées. Svyatlana Tsikhanouskaya, l’épouse de Syarhei, s’est présentée à l’élection présidentielle à sa place. Cette femme et d’autres militantes politiques sont visées par des manœuvres de harcèlement et d’intimidation. Des centaines de sympathisant·e·s de Svyatlana Tsikhanouskaya et des partisan·e·s d’autres candidat·e·s de l’opposition, ainsi que d’autres militant·e·s, ont été arrêtés et ont subi des mauvais traitements. Un grand nombre de ces personnes ont été condamnées à une amende, ou à une prétendue peine de « détention administrative » pouvant durer des jours voire des semaines.