Sierra Leone. Les causes de la mutinerie dans une prison après la découverte d’un cas de COVID-19 doivent faire l’objet d’une enquête

À la suite de la mutinerie qui a éclaté le 29 avril dans le plus grand centre correctionnel de Sierra Leone et se serait soldée par la mort d’au moins un agent pénitentiaire, Marta Colomer, directrice adjointe des campagnes pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International, a déclaré :

« Le premier cas de COVID-19 a été signalé à la prison centrale de Freetown le 28 avril, causant une vive inquiétude parmi les détenus qui vivent dans des conditions de forte surpopulation. Les autorités ont imposé des mesures restrictives et ont notamment interdit les visites des familles.

L’émeute qui a éclaté le 29 avril montre que les détenus sont de plus en plus désespérés face à l’inaction du gouvernement s’agissant de protéger leur droit à la santé. Il faut mener rapidement une enquête approfondie, impartiale et efficace sur les raisons qui ont provoqué la mutinerie et la réaction brutale des gardiens, qui ont tiré à balles réelles.
Marta Colomer, directrice adjointe des campagnes pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International

« Les prisonniers redoutent de ne plus avoir suffisamment de nourriture du fait de l’interdiction des visites et ont peur que le COVID-19 ne se propage, sans qu’ils ne puissent prendre des mesures préventives pour se protéger.

« L’émeute qui a éclaté le 29 avril montre que les détenus sont de plus en plus désespérés face à l’inaction du gouvernement s’agissant de protéger leur droit à la santé. Il faut mener rapidement une enquête approfondie, impartiale et efficace sur les raisons qui ont provoqué la mutinerie et la réaction brutale des gardiens, qui ont tiré à balles réelles. L’usage de la force a même donné lieu à la mort d’au moins un gardien qui aurait été touché par une balle perdue.

« Nous demandons aux autorités sierra-léonaises de tenir leur promesse et de libérer des centaines de personnes détenues : si la surpopulation n’est pas réduite et les conditions de détention améliorées, il y a un risque de nouvelles émeutes et d’infections. Elles doivent libérer toutes les personnes placées en détention provisoire et envisager la libération d’autres prisonniers à risque, tels que les détenus âgés ou qui souffrent de pathologies préexistantes. »

Complément d’information

Le premier cas de COVID-19 a été signalé au centre correctionnel de Freetown le 28 avril.

On ignore ce qui a déclenché la mutinerie qui a éclaté le lendemain, mais elle a dégénéré en violences lorsque des détenus ont mis le feu à des murs. Des gardiens ont réagi en tirant à balles réelles. Selon des informations reçues par Amnesty International, un gardien a été touché par une balle perdue, et n’a pas survécu.

Pour célébrer la Fête de l’indépendance de la Sierra Leone, le président Julius Maada Bio a annoncé la libération de 235 prisonniers dans tout le pays le 27 avril. Toutefois, leur libération n’a pas encore été confirmée.

La prison de Freetown a été construite initialement pour une capacité de moins de 300 détenus, mais accueille aujourd’hui plus de 1 000 prisonniers.

Même en période d’urgence, les responsables de l’application des lois ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est nécessaire et proportionné afin d’atteindre un objectif légitime, tout en réduisant au minimum les dommages et préjudices. Les normes internationales relatives à l’usage de la force disposent qu’il ne faut recourir intentionnellement à l'usage meurtrier d'armes à feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines contre une menace imminente.