Comment la discrimination au sein des écoles tchèques ruine la vie des enfants roms

Par Catrinel Motoc London,

Les enfants roms en République tchèque ne bénéficient pas de l’éducation à laquelle ils ont droit. Ils sont harcelés, uniquement parce qu’ils sont différents, séparés des autres élèves et même placés dans des écoles pour enfants présentant des « handicaps mentaux légers ». Nous avons discuté avec une mère et deux enfants roms de leur expérience de la ségrégation et de la discrimination, qui ruinent des vies. 

Photo : Amnesty International

« Ils la surnommaient bouche noire »

Ma petite sœur Jana et moi comptions parmi les rares enfants roms de notre école. Je pensais que c’était une bonne école, mais les autres élèves nous persécutaient, surtout Jana. 

Ils la bousculaient et l’appelaient « bouche noire ». Ils lui disaient qu’elle ne savait rien, qu’elle était dégoûtante et d’autres choses comme ça. 

Ils faisaient tout ça exprès. Un jour, ils lui ont caché ses chaussures ; il neigeait et j’ai dû la ramener à la maison en la portant sur mon dos. 

Jana avait peur d’aller à l’école. Maman nous préparait le petit-déjeuner et nous accompagnait, mais Jana se mettait à pleurer et devenait hystérique. Je me mettais aussi à pleurer. C’était comme ça tous les jours. 

Nous en avons parlé à la directrice, mais elle ne nous a pas écoutés. Alors j’ai décidé de prendre les choses en main. Je me battais avec eux ; lorsque les professeurs s’en sont aperçus, je suis le seul à m’être fait gronder. 

Nos notes ont commencé à baisser et les professeurs racontaient à tout le monde que nous étions sales et que nous sentions mauvais. Ils ont même dit que Jana ne s’intégrait pas. 

C’est à ce moment-là que nous nous sommes absentés, de plus en plus. Finalement, nous avons manqué l’école trop souvent. Les services sociaux sont venus pour nous enlever à notre famille. Aujourd’hui, nous habitons dans un foyer d’accueil pour enfants. 

Karel, 15 ans

Photo : Amnesty International

 « Ils font de nous des idiots » 

Je viens de Slovaquie. J’avais l’habitude de jouer au football à l’école et j’ai gagné de nombreux trophées. Je rêvais de devenir footballeur. 

Quand nous avons emménagé ici, je ne savais pas parler tchèque et je trouvais les cours difficiles. Lorsque j’ai raté mon année, ils m’ont envoyé passer des tests avec un psychologue. 

Ils m’ont montré des photos que je devais associer les unes aux autres. J’avais vraiment l’impression qu’ils me prenaient pour un idiot. C’était tellement simple. 

Ils m’ont orienté vers une « école pratique », mais comme tous mes amis y étaient, j’étais content de m’y inscrire. Au moins la moitié des élèves de cette école sont des Roms. 

Pourtant, je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’une école pour enfants présentant des handicaps mentaux. Ma grand-mère ne voulait pas m’y envoyer, mais ils lui ont dit que je ne réussirais pas dans le système classique. 

À l’école pratique, ils font de nous des idiots. Les cours sont vraiment très faciles. L’enseignement est plus lent et je ne pense pas qu’ensuite je pourrai entrer dans un bon lycée en sortant de cette école. 

Andrej, 15 ans 

Photo : Amnesty International

« L’école a refusé d’inscrire des enfants roms » 

Je voulais juste être sûre que mes fils, Pavel et František, pourraient aller à l’école. Je voulais les inscrire dans une école classique toute proche, mais ils n’ont pas été acceptés. 

Nous avions choisi cet établissement parce que c’était le plus proche ; cela nous  évitait d’avoir à dépenser de l’argent pour acheter des cartes de transport.

Mes fils pouvaient rentrer pour le déjeuner et retourner à l’école pour les cours de l’après-midi. Ensuite, nous avons été informés que cet établissement  ne voulait pas accueillir d’enfants roms.

L’école a affirmé détenir des documents indiquant que l’un de mes fils, František, souffrait de déficience mentale. C’est totalement faux. Il avait simplement été placé dans une école pratique auparavant, lorsque je n’avais pas la garde des enfants.

Ensuite, ils ont dit qu’ils n’avaient pas de place pour Pavel. Le directeur de l’école a tout arrangé. 

Il a contacté une école à l’autre bout de la ville, qui a accepté d’accueillir Pavel. František fréquente une école pratique dans le même quartier. 

Aujourd’hui, ils doivent tous les deux faire un trajet de 40 minutes en bus, au lieu de marcher 10 minutes. Cela nous revient très cher. 

Le directeur de l’école en a parlé à notre travailleur social. Le directeur adjoint aurait affirmé : « Tout ce que ce garçon a besoin de savoir dans la vie, c’est de savoir compter l’argent pour faire des courses dans les magasins. » 

Elena, mère d’enfants roms 


PASSEZ À L’ACTION

Envoyez un courriel au Premier ministre tchèque aujourd’hui et demandez-lui de mettre un terme à la discrimination que subissent les enfants roms au sein du système éducatif.