Albanie 2017/2018
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Albanie 2017/2018

L’impunité persistait pour les homicides et les disparitions forcées advenus par le passé. Des mesures protégeant les femmes contre la violence domestique n’ont pas été correctement mises en œuvre. Des femmes et des enfants ont été victimes de la traite à des fins de prostitution forcée et de travail forcé. La procédure d’adhésion de l’Albanie à l’UE a été freinée par la lenteur des progrès en matière de lutte contre la corruption et le crime organisé.

Contexte

Une crise politique a précédé les élections de juin. Le Parti démocratique, dans l’opposition, a organisé des manifestations en février et a boycotté le processus électoral jusqu’à ce qu’un accord soutenu par l’UE et les États-Unis soit conclu en mai, garantissant au parti une représentation au sein du gouvernement et des institutions de l’État. Le Parti socialiste au pouvoir a été réélu avec une majorité accrue lors des élections. Des observateurs internationaux ont signalé des cas d’intimidation d’électeurs et des allégations d’achats de voix.

Grâce à un nouveau mécanisme mis en place en janvier, en août, 183 personnes, dont l’auteur Ismail Kadare, avaient demandé à consulter les dossiers secrets constitués à leur sujet par la police sous le régime communiste. La Commission internationale pour les personnes disparues a accepté en septembre d’aider à identifier les corps retrouvés dans des fosses communes datant de la période communiste.

Système judiciaire

Des mesures visant à assurer l’indépendance du pouvoir judiciaire ont été partiellement mises en œuvre. En juin, deux associations de juges ont introduit un recours devant la Cour constitutionnelle contre une loi destinée à garantir que les juges et les procureurs n’aient pas de liens avec le crime organisé.

Impunité

Dans une affaire concernant quatre hommes tués pendant des manifestations en janvier 2011 et portée devant la Cour européenne des droits de l’homme, le gouvernement a accepté de rouvrir l’enquête en avril. Une somme d’un peu plus de 100 000 euros a été versée à titre d’indemnisation et partagée entre les proches de deux des victimes.

Disparitions forcées

Aucune mesure n’a été prise pour retrouver le corps de Remzi Hoxha, un membre de la communauté albanaise de Macédoine qui avait été victime d’une disparition forcée aux mains d’agents du Service national du renseignement en 1995. L’exhumation des dépouilles d’environ 6 000 personnes victimes d’une disparition forcée entre 1945 et 1991 n’a, semble-t-il, pas progressé.

Liberté d’expression – journalistes

Des journalistes d’investigation ont été agressés par des membres du crime organisé ou des propriétaires d’entreprises privées. En mars, le journaliste Elvi Fundo a été roué de coups à Tirana, la capitale, par des agresseurs qui seraient liés au crime organisé. Erven Hyseni, propriétaire d’une chaîne de télévision, a été abattu en juin à Vlora, en même temps qu’un représentant du gouvernement.

En juillet, des journalistes ont affirmé que les poursuites pour diffamation engagées contre deux organes de presse par le juge d’appel Gjin Gjoni et son épouse, la femme d’affaires Elona Caushi, étaient destinées à intimider les journalistes d’investigation et à encourager l’autocensure.

Droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexuées

En février, deux ONG ont déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour demander que le Code de la famille, qui prive les couples de même sexe des droits liés au concubinage, soit modifié. Une enquête menée en août a révélé des discriminations généralisées dans le domaine de l’emploi, tant dans le secteur public que dans le secteur privé.

Droits des personnes migrantes

En mai, un tribunal britannique a conclu que des centaines de personnes, lesbiennes, gays ou victimes de la traite ou de violence domestique, pourraient avoir été renvoyées à tort en Albanie depuis 2011, car les tribunaux britanniques se fondaient sur des instructions erronées. Quelque 4 421 demandeurs d’asile albanais ont volontairement quitté des pays de l’UE pour rentrer en Albanie et 2 500 demandeurs d’asile déboutés ont été expulsés d’Allemagne.

Des mineurs isolés et des familles avec des enfants ont parfois été détenus au Centre national de détention pour étrangers en situation irrégulière de Karreç, un centre fermé pour les migrants en situation irrégulière en instance d’expulsion du territoire.

Droits économiques, sociaux et culturels

En septembre, 20 ONG de défense des droits des enfants ont protesté contre la suppression du ministère du Travail et des Affaires sociales, car cela risquait de menacer les services sociaux.

Le ministère du Développement urbain a reconstruit 300 logements appartenant ou destinés à des Roms et des « Égyptiens » et a amélioré les installations sanitaires. Cependant, la plupart des Roms ne disposaient pas d’un accès suffisant à l’eau potable et beaucoup restaient exposés à des expulsions forcées.

Violences faites aux femmes et aux filles

Le nombre de cas de violence familiale signalés a augmenté, et 420 ordonnances de protection immédiate avaient été émises au 1er juin. En août, la juge Fildeze Hafizi a été abattue dans sa voiture par son ex-mari, qui l’avait déjà agressée en 2015. Elle bénéficiait depuis d’une ordonnance de protection. Condamné pour l’agression et emprisonné en avril 2016, l’homme avait été libéré début 2017 au titre d’une amnistie générale.

Téléchargez le Rapport 2017/18 d'Amnesty International