Albanie 2019
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Albanie 2019

Les violences contre les femmes et les filles étaient répandues et les mesures de protection n’étaient pas correctement appliquées. Un ensemble de mesures législatives controversées menaçaient la liberté des médias en ligne.

CONTEXTE

Le paysage politique restait divisé, et plusieurs partis d’opposition ont boycotté les élections locales de juin. Des manifestations organisées régulièrement par l’opposition ont été marquées par des violences. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a exprimé des critiques au sujet des élections, constatant que, bien que les scrutins se soient généralement déroulés de manière pacifique et ordonnée, le climat d’incertitude juridique et les tensions entre diverses institutions clés du pays ébranlaient la confiance de la population dans le processus électoral.

La procédure d’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne était toujours entravée par la lenteur des progrès en matière de lutte contre la corruption et le crime organisé.

SYSTÈME JUDICIAIRE

Un processus de contrôle des juges et des magistrat·e·s du parquet avait un impact négatif sur le fonctionnement de la justice. S’il demeurait crucial de veiller à l’indépendance de la justice à l’égard de la sphère politique et du crime organisé, ce processus compromettait le fonctionnement du système judiciaire en raison de nombreux limogeages et de l’accumulation de dossiers en souffrance.

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES

Les violences conjugales demeuraient courantes, et les mesures précédemment adoptées en vue d’y remédier n’étaient pas suffisantes. D’après l’organisme de recensement national, une femme sur deux indiquait avoir été victime de violence au cours de sa vie. Plus de 3 200 ordonnances de protection ont été prononcées en faveur de femmes ayant subi des violences de la part de leur partenaire ou d’autres proches. Douze femmes et jeunes filles sont mortes à la suite de violences domestiques.

Lors de son examen du bilan de l’Albanie en matière de droits humains, effectué dans le cadre de l’Examen périodique universel du pays, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a fait part de ses préoccupations quant au faible taux de signalement des cas de violences liées au genre visant des femmes, au nombre insuffisant de foyers d’accueil et à l’incapacité récurrente des autorités à faire observer les ordonnances de protection.

DROITS DES FEMMES

Bien qu’omniprésentes, les discriminations liées au genre sur le lieu de travail, notamment le harcèlement sexuel, étaient toujours très peu signalées. La plupart des femmes interrogées dans le cadre d’un sondage du Gender Alliance for Development Centre (Centre de l’alliance relative au genre pour le développement) ont signalé être victimes de harcèlement sexuel, et certaines ont déclaré s’être vu refuser un congé maternité.

L’écart de richesse entre les femmes et les hommes ne s’était pas réduit. En raison d’une mauvaise application de la loi relative à l’enregistrement des biens immobiliers et d’une tradition patriarcale rendant l’héritage plus favorable aux hommes, seules 19 % des femmes étaient propriétaires.

LIBERTÉ D’EXPRESSION – JOURNALISTES

Les médias demeuraient diversifiés mais divisés, en fonction des opinions politiques et des intérêts de leur propriétaire. Cette situation entraînait une couverture sélective de l’actualité. D’après une organisation non gouvernementale (ONG) locale, un·e journaliste sur trois a signalé avoir subi au moins une agression physique ou verbale en raison de son travail. Le journaliste Enver Doçi a été agressé par des policiers alors qu’il filmait l’arrestation de manifestant·e·s à l’approche des élections locales de juin. La police a présenté des excuses pour ces agissements, mais aucune mesure disciplinaire ou autre procédure appropriée n’a été mise en œuvre contre les agents en cause.

Des dispositions législatives anti-diffamation controversées renforçant les pouvoirs de l’organisme de contrôle des médias audiovisuels menaçaient la liberté des médias en ligne. La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l'Europe avait exhorté le Parlement à revoir les projets de loi du « paquet anti-diffamation » et à les mettre en conformité avec les normes internationales relatives aux droits humains.

DISCRIMINATION

La majorité des membres des minorités rom et « égyptienne » rencontraient toujours des obstacles pour jouir de certains droits, notamment les droits au logement, à l’éducation, à l’emploi et à la santé. Un marché de vêtements d’occasion a été ouvert pour aider les familles roms et « égyptiennes » en périphérie de Tirana.

DROITS DES LESBIENNES, DES GAYS ET DES PERSONNES BISEXUELLES, TRANSGENRES OU INTERSEXES

Pour échapper à l’ostracisme et à diverses formes de discrimination, la plupart des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes (LGBTI) continuaient de cacher leur identité sexuelle. Une personne transgenre qui avait participé au rassemblement LGBTI annuel a été agressée par des inconnus. En mai, l’ONG PINK Embassy a demandé au Parlement de présenter des excuses à celles et ceux qui avaient été condamnés en raison de leur orientation sexuelle sous le régime communiste.