Paraguay. Pas de justice pour des paysans à la suite d'homicides lors d'une expulsion forcée

L’enquête sur la mort de 17 personnes au cours d’une expulsion forcée au Paraguay il y a deux ans a été complètement biaisée en faveur de la police, a déclaré Amnesty International dimanche 15 juin 2014. Le 15 juin 2012, 11 paysans et six policiers ont trouvé la mort lorsque plus de 300 agents de police, dont beaucoup étaient armés, sont venus expulser quelque 90 paysans occupant un terrain dans le district de Curuguaty. Tandis que 12 personnes seront jugées la semaine prochaine pour les homicides de policiers et d’autres infractions liées, aucun fonctionnaire n’a encore fait l’objet de poursuites pour la mort des paysans. « Il est consternant que, deux ans après cet événement tragique, il n’y ait eu aucune enquête approfondie et impartiale. Les autorités paraguayennes doivent redresser ce déséquilibre et enquêter de manière exhaustivesur tous les responsables présumés des décès, des deux côtés des violences », a déclaré Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International. Selon des témoignages recueillis par Amnesty International au cours des mois qui ont suivi ces affrontements, certains des paysans auraient été abattus dans des circonstances suspectes, alors que les principales violences s’étaient calmées. Certaines allégations font également état d’un usage disproportionné de la force par la police, ainsi que d’actes de torture, d’autres mauvais traitements et de détentions arbitraires. Cependant, les investigations menées par le procureur général n’ont porté que sur la responsabilité des paysans impliqués et ont justifié la violence à laquelle se sont livrés les policiers par l’autodéfense. Les témoignages pris en compte dans l’enquête émanaient principalement de policiers et d’autres fonctionnaires. Peu de poids a été accordé à ceux des paysans. Deux ans après les violences à Curuguaty, Amnesty International continue de demander qu’une enquête indépendante et impartiale soit ouverte sur ces décès et que les autorités garantissent un procès équitable aux personnes poursuivies. « La justice ne peut être rendue sans une enquête exhaustive sur le rôle de la police ainsi que des paysans impliqués. En l’absence d’une telle enquête, il existe un risque réel d’impunité pour les responsables de ces morts tragiques », a déclaré Guadalupe Marengo. Complément d’information Durant son examen consacré au Paraguay en mars 2013, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a recommandé à cet État de mener une enquête impartiale et indépendante sur les décès et tous les autres faits signalés par les victimes, notamment les actes de torture, les détentions arbitraires et de possibles atteintes aux garanties d’une procédure régulière. En juin 2013, Amnesty International a adressé une lettre au procureur général, dans laquelle l’organisation met en avant ses principales préoccupations relatives à l’enquête et appelle le procureur à procéder à un examen approfondi de celle-ci.