• Communiqué De Presse

Indonésie. Les employés de maison exploités ont besoin d’une protection juridique de toute urgence

En Indonésie, des millions d’employés de maison risquent d’être exploités sur le plan économique et d’être victimes d’abus tant que leur situation restera dans le flou juridique, ce qui les laisse sans protection, a déclaré Amnesty International alors que le pays s’apprête à commémorer la Journée nationale des travailleurs domestiques, samedi 15 février. L’organisation a demandé à l’Assemblée nationale d’adopter en urgence une loi sur les travailleurs domestiques avant la fin de la session parlementaire, en septembre 2014. « Les employés de maison restent essentiellement des citoyens de seconde zone en Indonésie. Des millions d’entre eux, en grande majorité des femmes et des jeunes filles, sont susceptibles d’être exploités et beaucoup sont d’ailleurs victimes de violations, mais ils n’ont aucun moyen d’améliorer leur situation », a déclaré Papang Hidayat, spécialiste de l’Indonésie à Amnesty International. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), on comptait quelques 2,6 millions d’employés de maison en Indonésie en 2004 – dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles. Il est probable que ce chiffre soit plus élevé aujourd’hui. Le droit indonésien n’accorde pas la même protection aux employés de maison qu’aux autres travailleurs. Leurs salaires sont souvent très bas et leurs conditions de travail difficiles ; ils n’ont par ailleurs pas la possibilité de contester les mauvais traitements infligés par leurs employeurs. Une loi sur les employés de maison, qui aiderait grandement à renforcer leur protection juridique, est à l’ordre du jour législatif depuis 2010. Mais elle a fait l’objet de nombreux reports. « Les employés de maison ont les mêmes droits que les autres travailleurs en Indonésie, et il n’y a donc aucune raison qu’ils soient maintenus dans ce flou juridique », a déclaré Papang Hidayat. « Il est honteux que le gouvernement continue à se faire prier pour adopter une loi sur cette catégorie de travailleurs. Les députés doivent l’adopter immédiatement, avant que la session parlementaire ne se termine. » Une série de cas dramatiques recensés au cours de l’année écoulée ont montré à quel point les employés de maison travaillant en Indonésie sont vulnérables. Le nom de Siti Nur Amalah a fait les gros titres en décembre 2013, après que son employeur à Djakarta l’ait affamée, frappée et agressée sexuellement pendant plus de quatre mois en 2012. Ces violences l’ont rendue aveugle et l’ont traumatisée, et son employeur l’a renvoyée dans son agence en lui donnant l’instruction de ne pas signaler ce qui lui était arrivé. Amnesty International exhorte le Parlement indonésien à adopter le plus tôt possible la loi sur les employés de maison, et à veiller à ce qu’elle soit conforme aux normes internationales. Elle devrait en particulier prévoir des limites au nombre d’heures travaillées, des garanties pour que les salaires et conditions de vie soient convenables, des périodes de congés clairement définies et des dispositions juridiques concernant les besoins spécifiques des femmes. Il faut que la marche à suivre pour amener les employeurs à rendre des comptes lorsqu’ils bafouent les droits de leurs employés soit bien claire. Complément d’information L’Indonésie n’a pas encore ratifié la Convention n° 189 de l’OIT concernant le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques. En juillet 2011, lorsque cette convention a été adoptée, le président Susilo Bambang Yudhoyono s’est prononcé publiquement en sa faveur. Le ministre du Travail et de la Transmigration s’est lui aussi engagé à procéder à sa ratification cette année. Amnesty International prie instamment les autorités de la ratifier immédiatement. Amnesty International est solidaire du Réseau pour la défense des employés de maison (Jala-PRT), une coalition d’organisations et de syndicats indonésiens œuvrant pour les droits de ces travailleurs depuis des années. Jala-PRT organise diverses activités cette semaine pour commémorer la Journée nationale des travailleurs domestiques et réclamer l’adoption de la loi.