La torture au Mexique : les faits

La torture est-elle une pratique courante au Mexique ?

La torture et les autres mauvais traitements échappent à tout contrôle. Le nombre de plaintes enregistrées en 2013 (1 505) dépassait de 600 % celui de 2003, d’après la Commission nationale des droits humains (CNDH). Et le chiffre réel est probablement encore plus élevé. Entre 2010 et la fin de 2013, la CNDH a reçu plus de 7 000 plaintes pour torture et autres mauvais traitements. En 2014, toujours selon la CNDH, le nombre de plaintes aurait diminué, mais il reste bien plus élevé qu’il y a 10 ans.

Qui sont les tortionnaires ?

La torture joue un rôle primordial dans les opérations de maintien de l’ordre et de sécurité publique menées par la police et l’armée au Mexique. Cette pratique est répandue et souvent cautionnée, tolérée ou ignorée par les agents des forces de l’ordre, leurs supérieurs, les procureurs, les juges et certaines commissions des droits humains.

Pourquoi des personnes sont-elles torturées ?

La torture est souvent utilisée pour obtenir des « aveux » et des « témoignages » qui serviront de preuves pour poursuivre des personnes, qu’elles soient impliquées dans une infraction ou non. Cela aboutit à des procès inéquitables et à des condamnations douteuses, et de nombreuses personnes innocentes sont envoyées en prison tandis que des criminels circulent en liberté. La société se méfie du système judiciaire et les vies des victimes et de leurs proches sont détruites. 

Quelles sont les méthodes de torture employées ?

Les descriptions des méthodes de torture émanant de différentes régions du pays se ressemblent. La quasi-asphyxie, les coups, les simulacres d’exécution, les violences sexuelles, les menaces de mort et les décharges électriques en font partie. 

Qu’arrive-t-il aux personnes qui commettent des actes de torture ?

De nombreux tortionnaires restent impunis. D’après le Conseil fédéral de la magistrature, les juridictions fédérales ont engagé 123 poursuites pour torture entre 2005 et 2013, dont seulement sept ont abouti à des condamnations aux termes de la législation fédérale. 

Que pensent les Mexicains de la torture ?

D’après une récente étude commandée par Amnesty International, 64 % des Mexicains craignent d’être torturés s’ils sont détenus. 

Quels sont les facteurs qui ont contribué à l’augmentation du nombre de cas de torture ?

Ces dernières années, le déploiement à grande échelle de l’armée et de soldats de la marine pour lutter contre le crime organisé a été l’un des principaux facteurs ayant favorisé l’augmentation du recours à la torture. Les informations faisant état de torture et d’autres mauvais traitements se sont multipliées au Mexique et la violence a augmenté de façon draconienne à la suite de la déclaration de guerre contre le trafic de drogue par le gouvernement, en 2006.

Les victimes présumées de la torture font-elles l’objet d’examens médicaux ?

En 2003, le procureur général de la République a adopté une procédure spéciale d’évaluation médicale permettant de rassembler des informations sur les allégations de torture et d’autres mauvais traitements. Cette évaluation se fonde sur une procédure établie par les Nations unies. Mais sur 20 victimes présumées de torture ou d’autres mauvais traitements qui déposent une plainte auprès de la CNDH, une seule fait l’objet d’un examen médicolégal ordonné par le Bureau du procureur général de la République. Et cet examen médicolégal conclut à des preuves de torture dans seulement un cas sur huit, car les experts officiels ne détectent souvent aucun signe physique ou psychologique de torture ou arrivent à des conclusions erronées.

Toutefois, même dans les cas où des signes de torture sont décelés, l’enquête s’arrête souvent peu après. Le procureur général de la République n’avait engagé que 12 poursuites pour torture entre 2006 et la fin de 2013.