Il faut que la Hongrie mène une enquête exhaustive sur les attaques menées contre des Roms

La peur s’est répandue dans d’autres villages et d’autres comtés. Partout, les Roms avaient peur, ils avaient l’impression que la police était incapable de les protéger.Des Roms de Kisléta s’adressant à Amnesty International Le gouvernement hongrois doit mener une enquête exhaustive sur les violentes attaques à caractère raciste menées contre des Roms et il doit rendre justice aux victimes, affirme Amnesty International dans un nouveau rapport publié le 10 novembre. Intitulé Violent attacks against Roma in Hungary, ce rapport met en évidence les répercussions des crimes à caractère raciste sur les personnes et les communautés qui en sont victimes, ainsi que sur la société en général. Il montre également que les carences de la justice hongroise empêchent de prévenir et de lutter efficacement contre ces agressions. Entre janvier 2008 et août 2009, en Hongrie, les Roms ont été victimes d’une série de tirs et d’attaques au cocktail Molotov au cours de laquelle six personnes ont été tuées : un couple d’une quarantaine d’années, un homme âgé, un père et son fils de quatre ans et une mère célibataire dont la fille de 13 ans a été blessée. « Les autorités hongroises ont le devoir d’empêcher les discriminations et de veiller à ce que justice soit rendue pour les victimes de crimes haineux. Ce devoir comprend l’obligation d’enquêter afin de déterminer si ces agressions, entre autres, ont été motivées par des préjugés ou des sentiments racistes ou de haine à l’égard d’une ethnie », a déclaré Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International. « En combattant le racisme et la violence raciale, les autorités feront passer le message important que la diversité ne doit pas être perçue comme une menace. Elles doivent faire comprendre clairement que le racisme ne sera pas toléré. » La législation hongroise réprime l’incitation à la haine et les crimes racistes. Cependant, le nombre d’inculpations et de condamnations pour agression à caractère raciste semble faible par rapport au nombre de cas recensés par les ONG. La police hongroise a déclaré qu’il y avait eu 12 attaques à caractère raciste contre des Roms en 2008 et six en 2009. Selon les ONG, il y en aurait eu 17 en 2008 et 25 en 2009. La différence entre ces chiffres est due à la fois au fait que les victimes de crimes haineux signalent rarement ces agressions parce qu’elles sont effrayées, et au fait que la police et le parquet ne prennent pas en considération le caractère raciste des infractions. Beaucoup de victimes roms avec lesquelles Amnesty International s’est entretenue étaient traumatisées et elles ignoraient qu’il existait des services d’aide et comment en bénéficier. « Le fait que les crimes à caractère raciste ne soient pas recensés et ne fassent pas l’objet d’enquêtes ni de poursuites, que leurs auteurs présumés ne soient pas punis et qu’aucune forme de réparation ne soit offerte aux victimes revient à abandonner la communauté rom de Hongrie à son sort », a déclaré Nicola Duckworth. « Aux termes du droit international, le gouvernement a pour obligation de combattre la discrimination ; à cette fin, il est essentiel de rassembler des informations sur l’existence et l’étendue des crimes haineux. » Amnesty International appelle également les autorités hongroises à :

veiller à ce que les membres de la communauté rom, de même que ceux de tous les groupes de population vulnérables, soient protégés contre la violence ; faire en sorte que les agents de police et les procureurs reçoivent une formation sur la nature des crimes haineux et le rôle de la police dans la lutte contre ces crimes ;œuvrer avec les gouvernements autonomes des Roms, les ONG et les organisations de défense des droits humains afin que les crimes haineux soient signalés et pour veiller à ce que les victimes puissent exercer des recours, en particulier un recours en justice, bénéficient d’une réadaptation et obtiennent compensation.

Exemples de cas Très tôt le 23 février 2009, Róbert Cs., 27 ans, et son fils de quatre ans ont tous les deux été abattus alors qu’ils essayaient de fuir une maison en flammes dans laquelle avaient été jetés des cocktails Molotov, dans le village de Tatárszentgyörgy (comté de Pest). Bien que des coups de feu aient été entendus, lors de son enquête préliminaire, la police a traité l’affaire comme un accident. Ce n’est qu’après l’intervention de Viktória Mohácsi, alors membre du Parlement européen, que des enquêteurs ont trouvé les bouteilles utilisées pour les cocktails Molotov ainsi que de la grenaille de plomb et des cartouches de fusil. Le rapport de la police a été modifié après que l’autopsie eut confirmé que Róbert Cs. et son fils avaient été abattus. La commission indépendante chargée d’enregistrer les plaintes contre la police a estimé que le fait que la police n’ait pas traité l’affaire comme un crime haineux avait considérablement ralenti l’enquête et, par conséquent, bafoué les droits des victimes. Le 15 juin 2008, un jeune Roumain de 14 ans, K.H., et son cousin, F.N., ont été poignardés par un homme de quarante ans à la suite d’une dispute dans un bar du village de Fényeslitke. D’après le jugement émis par un tribunal, l’homme a commencé à se disputer avec les victimes parce qu’il reprochait à F.N. de lui avoir tourné le dos alors qu’il se tenait au bar. K.H. et F.N. ont décidé de quitter les lieux. Arrivé à la porte, K.H. aurait dit à l’homme : « Si tu veux quelque chose, viens dehors. » L’homme a sorti un couteau de poche dont la lame mesurait 11 centimètres de long sur 2,5 centimètres de large et il a frappé K.H. trois fois dans la poitrine à l’aide de son arme. Il a ensuite poignardé F.N., lui aussi dans la poitrine, avant de s’enfuir. K.H. est mort sur place des suites de ses blessures. Le coup reçu par F.N. a également mis sa vie en danger. Il semble que les familles de F.N. et K.H. n’ait pas bénéficié des conseils et de l’aide appropriés pendant l’enquête. Selon le représentant légal de la famille de K.H., l’enquête n’a pas exploré la piste du racisme. Le représentant légal de la victime a déclaré à Amnesty International qu’il avait identifié deux témoins qui affirmaient avoir entendu l’agresseur dire qu’il allait commettre le crime parce qu’« aucun Rom ne devrait [lui] tourner le dos ». Complément d’information En Hongrie, les Roms sont gravement touchés par la pauvreté, sept fois plus élevée au sein de cette communauté que parmi les autres groupes de population. Les Roms sont marginalisés et victimes de discriminations dans l’accès à l’éducation, à l’emploi et au logement. Les enfants roms sont souvent placés dans des structures éducatives spécialisées destinées aux enfants souffrant de handicaps mentaux. Il existe également des classes et des écoles réservées aux enfants roms, dans lesquelles ils sont séparés des autres élèves. Certains règlements et pratiques discriminatoires des autorités locales envers les familles roms empêchent ces dernières d’accéder à des logements sociaux. Le taux de chômage au sein de la population rom est estimé à 70 %, soit plus de 10 fois la moyenne nationale.