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Écrire pour les droits 2022. Défendre les militant·e·s dans le contexte d’une année de manifestations mondiales

En 2001, un groupe d’amis de Varsovie, en Pologne, a décidé de célébrer la Journée des droits de l’homme en organisant un marathon des lettres de 24 heures. Pendant cette journée, ils ont réussi à écrire plus de 2 000 lettres en faveur de personnes dont les droits étaient bafoués par différentes autorités étatiques, ce qui n’était pas une mince affaire. 

Vingt-et-un ans plus tard, l’idée de ce groupe d’amis est devenue quelque chose qu’ils n’auraient jamais imaginé. Chaque année, toujours plus de personnes ont commencé à écrire des lettres. Aujourd’hui, l’événement connu sous le nom d’Écrire pour les droits est la plus grande manifestation de défense des droits humains dans le monde. En 2021, plus de 4,5 millions d’actions ont été menées dans plus de 200 pays et territoires, notamment sous la forme de lettres, de tweets et de pétitions.  

La croissance incroyable et la popularité constante de l’événement reposent sur une idée simple mais puissante qui a été essentielle à Amnesty International depuis sa création en 1961 : lorsque suffisamment de personnes s’unissent pour s’opposer à l’injustice, en utilisant le seul pouvoir des mots, les autorités écoutent et des changements interviennent. 

C’est un principe qui a fait ses preuves à maintes reprises.  

Depuis sa création, Écrire pour les droits a transformé la vie de plus d’une centaine de personnes, les libérant ainsi de la torture, du harcèlement ou d’une incarcération injuste. Parmi les exemples récents figurent Bernardo Caal Xol, un défenseur de l’environnement du Guatemala qui a été libéré cette année après avoir été emprisonné pour des accusations forgées de toutes pièces liées à son militantisme, Magai Matiop Ngong, libéré en mars après avoir été condamné à mort alors qu’il n’avait que 15 ans au Soudan du Sud, et le défenseur des droits humains du Burundi Germain Rukuki, libéré en 2021 après avoir purgé quatre ans d’une condamnation à 32 ans de prison. 

L’événement témoigne de la puissance du militantisme et de l’action collective. Dans le contexte d’une année ponctuée de manifestations massives et de violentes répressions, c’est donc en toute logique que la campagne Écrire pour les droits 2022 se mobilise en faveur de personnes ayant payé un lourd tribut pour s’être simplement exprimées.  

De l’Iran à la Chine, en passant par Cuba et le Sri Lanka, de nombreuses personnes ont clamé haut et fort leur droit de manifester pacifiquement au cours 12 derniers mois. Nous avons été témoins d’actes de défiance inconiques, comme les manifestations des femmes afghanes contestant le régime taliban et les femmes iraniennes publiant des vidéos d’elles se coupant les cheveux pour s’opposer aux lois abusives sur le port obligatoire du voile. 

Les autorités, presque sans exception, ont réagi à cette vague de protestation de grande ampleur de manière obstructionniste, répressive et souvent violente.

La menace grandissante pour le droit de manifester dans le monde est l’un des principaux champs de bataille des droits humains de notre époque. Ces dernières décennies, divers problèmes, comme la crise environnementale, le creusement des inégalités et les menaces grandissantes qui pèsent sur les moyens d’existence, le racisme systémique et les violences liées au genre, ont rendu l’action collective encore plus nécessaire. Ils ont déclenché des mobilisations parmi les plus fortes depuis des décennies. Des groupes comme Black Lives Matter, MeToo et les mouvements en rapport avec le changement climatique ont incité des millions de personnes dans le monde à descendre dans la rue et à mener des actions en ligne. 

Partout dans le monde, des gouvernements de tous bords ont réagi en prenant un éventail de plus en plus vaste de mesures répressives. Aux quatre coins du monde, des manifestant·e·s se heurtent à plusieurs obstacles ardus : refoulements, associés à un nombre grandissant de lois et d’autres mesures restreignant le droit de manifester ; recours excessif à la force, développement d’une surveillance massive et ciblée ; coupures de l’accès à Internet et censure en ligne ; violences et stigmatisation. 

Reflétant la nature universelle de cette menace, Écrire pour les droits 2022 met en avant 13 personnes de diverses régions du monde qui ont souffert de la répression. Parmi ces personnes figurent une avocate de Hong Kong emprisonnée pour avoir encouragé à allumer des bougies pour commémorer la répression de la place Tiananmen, un homme iranien emprisonné et torturé pour avoir manifesté pacifiquement contre les inégalités et la répression politique, qui est détenu à l’isolement depuis plus de deux ans, et trois militantes du Zimbabwe qui ont été enlevées, frappées, agressées sexuellement, attaquées et emprisonnées en raison de leur militantisme. 

Écrire une lettre, envoyer un tweet, signer une pétition… Vous pensez que vous ne pouvez pas changer le monde avec quelque chose d’aussi simple ? Mais si, vous pouvez ! 

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