Trinh Ba Tu ©Private

Viêt-Nam. Un militant emprisonné a été « frappé et enchaîné »

Le gouvernement du Viêt-Nam doit enquêter sans délai sur les allégations selon lesquelles les autorités pénitentiaires ont frappé et enchaîné un militant qui purge une peine de prison de huit années, a déclaré Amnesty International le 23 septembre 2022.

« Le fait d’être frappé, placé à l’isolement et entravé pendant des jours d’affilée s’apparente à des actes de torture ou autres mauvais traitements. Les autorités vietnamiennes doivent enquêter d’urgence sur ces allégations et tous les auteurs présumés doivent rendre des comptes », a déclaré Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe du travail de campagne d’Amnesty International.

Le fait d’être frappé, placé à l’isolement et entravé pendant des jours d’affilée s’apparente à des actes de torture ou autres mauvais traitements

Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe du travail de campagne d'Amnesty International

Le militant Trinh Ba Tu a été condamné à huit ans de prison en 2021 pour diffusion de propagande contre l’État, une infraction du Code pénal régulièrement utilisée pour éradiquer la dissidence. Sa mère et son frère, également militants, ont été condamnés à des peines similaires au titre du même chef d’accusation et sont eux aussi incarcérés. La famille avait utilisé les réseaux sociaux pour sensibiliser la population aux droits à la terre, entre autres.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, Trinh Ba Tu a déclaré qu’il avait été sanctionné pour avoir déposé plainte au sujet des conditions dans la prison, appelée prison n° 6, dans la province de Nghe An.

Le 6 septembre 2022, il aurait été placé dans une pièce pendant quatre à six heures, battu par des gardiens et maintenu à l’isolement pendant 10 jours, les pieds entravés. Il a entamé une grève de la faim pour protester contre ces mauvais traitements.

« Nul ne devrait jamais être soumis à la torture ou à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les informations concernant l’état de santé de Trinh Ba Tu sont extrêmement préoccupantes. Amnesty International appelle les autorités vietnamiennes à abandonner immédiatement les charges retenues contre lui et à le libérer, tout comme les membres de sa famille.

« Elles s’en prennent depuis longtemps à Trinh Ba Tu et à sa famille, parce que ceux-ci mènent des activités militantes pacifiques et dénoncent les injustices. Elles doivent abandonner les poursuites visant toute personne emprisonnée pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. »

Complément d’information

En mai 2021, Trinh Ba Tu et sa mère, Can Thi Theu, ont tous deux été condamnés à huit ans d’emprisonnement, assortis de trois ans de mise à l’épreuve, après avoir été reconnus coupables par le tribunal populaire de la province de Hoa Binh de « fabrication, stockage ou diffusion d’informations, de documents ou d’articles dans le but de s’opposer à l’État de la République socialiste du Viêt-Nam », en vertu de l’article 117.

En décembre 2021, son frère, Trinh Ba Phuong, a été condamné à 10 ans de prison, assortis de cinq ans de mise à l’épreuve, pour la même accusation.

La mère de Trinh Ba Tu, Can Thi Theu, est une défenseure des droits humains, et notamment du droit à la terre, très connue au Viêt-Nam. Ayant commencé à militer lorsque les terres de sa famille ont été saisies par les autorités en 2010, elle est devenue une figure de proue du mouvement de défense du droit à la terre. Son père a lui aussi passé du temps derrière les barreaux en raison de ses activités militantes.