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Sierra Leone. Les autorités doivent garantir qu’une enquête sérieuse et impartiale soit menée sur des manifestations meurtrières

En réaction aux actions de protestation ayant éclaté le 10 août en Sierra Leone contre le coût élevé de la vie, durant lesquelles des dizaines de personnes ont été tuées, les autorités ont promis de diligenter une enquête sur les circonstances ayant mené à ces décès.

L’engagement pris par les autorités d’enquêter sur les homicides et les autres préjudices causés lors de ces manifestations ayant basculé dans la violence est une étape importante dans la bonne direction. Il est essentiel de garantir la pleine indépendance et impartialité de l’enquête visant à déterminer les circonstances et responsabilités en lien avec ces pertes humaines, notamment si la force a été utilisée conformément aux normes internationales, et d’amener les responsables présumés à rendre des comptes, y compris dans la chaîne de commandement

Michèle Eken, chercheuse au bureau Afrique de l’Ouest et Afrique centrale d’Amnesty International

« Lorsqu’elles assurent le maintien de l’ordre lors de manifestations, les autorités ont l’obligation de limiter les préjudices et les blessures, de préserver la vie humaine et de faire preuve de retenue lorsqu’elles emploient la force. Les responsables de l’application des lois peuvent uniquement recourir à la force lorsqu’aucun autre moyen ne leur permet d’atteindre leurs buts légitimes, et à condition que le recours à la force soit nécessaire et proportionnel à la situation. Ce rôle doit toujours être exercé d’une manière qui garantisse le plein respect du droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de tous et de toutes, y compris les personnes soupçonnées d’avoir commis un crime.

« Amnesty International rappelle que le droit international relatif aux droits humains protège également les assemblées spontanées, qui ne doivent pas être dispersées au seul motif que personne n’a soumis de notification préalable aux autorités. L’organisation exhorte donc le gouvernement sierra-léonais à modifier la Loi de 1965 relative à l’ordre public, de sorte qu’elle prévoie expressément une dérogation à l’obligation de notification préalable dans le cas des assemblées spontanées.

« Amnesty International déplore par ailleurs que les autorités aient coupé l’accès à Internet de manière sporadique les 10 et 11 août. L’accès à Internet, aux réseaux sociaux, aux applications de messagerie instantanée et autres technologies numériques est un outil important étendant la capacité à protester en ligne et hors ligne, en permettant aux gens d’accéder à l’information, de donner des détails sur les manifestations à venir, d’organiser des rassemblements et de favoriser l’implication virtuelle de bien des façons. La perturbation de l’accès à Internet est donc une violation du droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information – qui est protégé par le droit international relatif aux droits humains -, et peut avoir un impact désastreux sur le droit à la liberté de réunion pacifique.

« Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles plus de 100 personnes ont été arrêtées. Les autorités doivent garantir que les passant·e·s et les personnes qui manifestent de manière non violente ne soient pas soumis à des arrestations arbitraires simplement pour avoir pris part à des actions de protestation. Si les autorités disposent de suffisamment d’éléments de preuve établissant que certaines personnes ont employé la violence durant les manifestations, elles doivent garantir les droits de la défense et d’équité des procès tout au long de la procédure, notamment le droit à une représentation. »