Bangladesh. La radiation de l’ONG Odhikar nuit au travail en faveur des droits humains

Les autorités du Bangladesh doivent annuler immédiatement la radiation arbitraire de l’ONG Odhikar et permettre à cette organisation de défense des droits humains qui occupe une place de premier plan dans le pays de mener ses activités sans crainte de représailles, a déclaré Amnesty International mardi 7 juin.

Dans une lettre envoyée par le Bureau chargé des ONG du ministère de l’Intérieur du Bangladesh le 5 juin 2022, Odhikar a appris que le renouvellement de son enregistrement était révoqué. Les autorités ont indiqué que la publication par Odhikar d’« informations trompeuses » sur des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires dans le pays ternissait gravement la réputation de l’État dans le monde. L’organisation avait adressé une demande par écrit en mai 2019 pour obtenir des explications du Bureau des ONG, car le dossier de renouvellement de l’enregistrement d’Odhikar était en suspens depuis le 14 septembre 2014, il y a maintenant près de huit ans.

« Les révélations d’Odhikar faisant état de violations des droits humains ont joué un rôle crucial pour amener les responsables présumés à rendre des comptes au Bangladesh. Il est absurde que les autorités n’aient pas renouvelé l’enregistrement de cette association depuis huit ans, puis l’annulent en raison des réactions mondiales que suscite leur piètre bilan en matière de droits humains. Les représailles contre Odhikar sont un acte scandaleux et éhonté visant à faire taire et intimider les défenseur·e·s des droits humains au Bangladesh », a déclaré Saad Hammadi, responsable de campagne pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

Les représailles contre Odhikar sont un acte scandaleux et éhonté visant à faire taire et intimider les défenseur·e·s des droits humains au Bangladesh

Saad Hammadi, responsable de campagne pour l’Asie du Sud à Amnesty International

La suspension et la dissolution d’une organisation contre son gré font partie des restrictions les plus sévères qui puissent être apportées au droit à la liberté d’association, protégé par l’article 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (auquel le Bangladesh est partie). Au vu de la sévérité de cette mesure, elle ne peut être employée qu’en cas de menace manifeste et imminente pour la sécurité nationale ou l’ordre public, à condition qu’elle soit strictement nécessaire et proportionnée à l’objectif légitime qui est poursuivi et uniquement lorsque les mesures moins restrictives se sont avérées insuffisantes. La décision de suspendre ou de dissoudre une association ne peut être prise que par un tribunal impartial et indépendant, et non par des organes administratifs.

« La révocation de l’enregistrement d’Odhikar révèle également le mépris des autorités pour l’état de droit, car la question du renouvellement est toujours en instance devant la Haute Cour, qui a ordonné en 2019 au Bureau des ONG d’expliquer le non-renouvellement de l’enregistrement d’Odhikar. Nous avons en outre appris que des demandes de renseignements déconcertantes avaient été adressées par le Bureau des ONG en vue d’obtenir des informations sensibles sur les familles de personnes soumises à une disparition forcée ou une exécution extrajudiciaire dans une affaire en cours, sujet qui fait partie des principaux domaines d’action d’Odhikar », a déclaré Saad Hammadi.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement tente de faire obstacle au travail d’Odhikar. En 2014, le secrétaire d’Odhikar, Adilur Rahman Khan, et son directeur, Nasir Uddin Elan, ont été détenus respectivement pendant 62 et 25 jours sur la base d’accusations de « diffusion d’informations forgées de toutes pièces » après avoir dénoncé la dispersion violente de manifestations par les forces gouvernementales en mai 2013, qui a fait plusieurs morts. Les dernières actions en date contre Odhikar laissent craindre d’autres représailles visant les membres de l’organisation et, plus largement, la société civile dans le pays.

« La radiation d’Odhikar est une manifestation de la colère du gouvernement devant la crédibilité internationale dont bénéficie cette organisation de défense des droits humains. Signaler des violations des droits humains n’est pas anti-gouvernemental ou anti-État. La décision de radier Odhikar revient à tirer sur le messager. Les autorités doivent répondre aux allégations de violations des droits humains en menant des enquêtes fiables et indépendantes, plutôt que de punir les défenseur·e·s des droits humains et les organisations de la société civile », a déclaré Saad Hammadi.

Signaler des violations des droits humains n’est pas anti-gouvernemental ou anti-État

Saad Hammadi