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Myanmar. Le monde doit passer à l’action afin que le pays ne connaisse pas une nouvelle année «de mort et de misère» intolérables

Si la communauté internationale continue de traîner des pieds s’agissant des graves violations des droits humains, y compris les violences meurtrières dirigées contre des manifestant·e·s, perpétrées au Myanmar au cours de l’année écoulée, d’autres personnes vont encore souffrir et cette crise des droits humains risque de s’aggraver, a déclaré Amnesty International le 27 janvier 2022, à l’approche du premier anniversaire du coup d’État qui a eu lieu le 1er février 2021.

« C’en est assez. Les 55 millions d’habitant·e·s du Myanmar ne pourront pas supporter que la plupart des gouvernements du monde, cette année encore, se montrent balbutiants et bottent en touche. Il faut prendre sans attendre des mesures concrètes visant à amener les militaires à rendre des comptes et à empêcher qu’ils aient accès à des armements utilisés pour bafouer de manière généralisée les droits humains. Sinon, la misère et la mort qui caractérisent la vie au Myanmar depuis le coup d’État risquent fort de persister, a déclaré Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe pour le travail de campagne à Amnesty International.

« Alors que l’anniversaire du coup d’État approche, l’armée a mené des frappes aériennes sans discernement qui tuent des civils dans le sud-est du pays, bloqué l’aide de premier secours et intensifié sa campagne sanglante contre les militant·e·s et les journalistes, qui sont incarcérés et tués en détention. Trop de gouvernements continuent de fermer les yeux sur toutes ces atrocités, comme ils l’ont fait lorsque les Rohingyas ont été victimes de violations flagrantes des droits humains. De ce fait, l’armée s’enhardit et agit en toute impunité dans le but de supprimer toute résistance à son régime.

« La population du Myanmar est désespérée et a perdu ses illusions quant à l’aide éventuelle de la communauté internationale. Il faut mettre en place des mesures claires afin d’empêcher l’armée du Myanmar de poursuivre sa campagne dystopique de terreur et de persécution. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit cesser de traîner les pieds et imposer un embargo mondial sur les armes et des sanctions ciblées contre les dirigeants de la junte, puis saisir sans attendre la Cour pénale internationale (CPI) de la situation au Myanmar.

« En outre, toutes les entreprises locales et étrangères qui ont des partenariats commerciaux avec l’armée ou des entreprises appartenant à l’armée doivent se désengager de manière responsable, supprimant ainsi l’afflux de fonds que l’armée utilise pour financer ses opérations meurtrières.

« Plus proche géographiquement, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) doit présenter un front unifié au Myanmar et exiger que l’armée mette un terme immédiat aux violences contre les civils. L’ANASE doit aussi exercer des pressions sur l’armée pour qu’elle arrête de bloquer l’aide humanitaire et étende et mette en œuvre, selon un calendrier précis, son consensus en cinq points adopté l’an dernier, qui s’avère un échec.

« La nouvelle année doit être synonyme d’un changement de cap vis-à-vis du Myanmar, qui place au premier plan les droits fondamentaux de la population, l’obligation de rendre des comptes et la tolérance zéro pour les violations des droits humains et les exactions. »

Complément d’information

L’armée du Myanmar s’est emparée du pouvoir à la faveur d’un coup d’État aux premières heures du 1er février 2021. Depuis, elle a tué plus de 1 400 personnes et en a arrêté plus de 11 000, dont plus de 8 000 se trouvent actuellement en détention, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Cette violence choquante s’inscrit dans la longue série des crimes bien recensés relevant du droit international visant des minorités ethniques dans le pays, notamment les Kachins, les Chans et les Rohingyas.

La Mission d’établissement des faits de l’ONU sur le Myanmar a déjà demandé que le général Min Aung Hlaing et d’autres hauts responsables fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

L’ancienne dirigeante civile Aung San Suu Kyi a été condamnée à six ans de prison pour des accusations fallacieuses et encourt plus de 100 ans d’emprisonnement si elle est reconnue coupable de tous les chefs d’accusation portés contre elle. La plupart de ses plus proches alliés, dont le président Win Myint, sont eux aussi déclarés coupables d’accusations forgées de toutes pièces.

Au lendemain de la violente répression contre les manifestant·e·s pacifiques, certains opposant·e·s à la junte ont mis sur pied les Forces populaires de défense (PDF), qui affirment avoir tué des centaines de soldats au moyen de tirs, d’attentats et d’embuscades.

Outre le chaos qui s’est abattu sur les principales villes à travers le pays au lendemain du coup d’État, du fait de l’insécurité économique et alimentaire, ainsi que des difficultés liées à la pandémie, des millions de personnes sont touchées par la famine. Des centaines de milliers sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que des milliers ont cherché refuge en Thaïlande voisine.