Soldiers walking through a village Private

RDC-Ouganda. Il faut protéger la population civile lors des opérations militaires conjointes

Alors que les gouvernements de l’Ouganda et de la République démocratique du Congo (RDC) lancent une opération militaire conjointe contre le mouvement rebelle des Forces démocratiques alliées (FDA), en réponse à de récentes attaques en Ouganda attribuées à ce groupe armé, Amnesty International appelle toutes les parties à veiller à la protection des civil·e·s et au respect du droit international humanitaire.

La situation demeure explosive dans l’est de la RDC, alors que les forces congolaises et ougandaises continuent de lutter contre les groupes armés

Sarah Jackson, directrice régionale adjointe d'Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands lacs

L’armée ougandaise a annoncé le 30 novembre qu’elle a lancé, avec ses « alliés congolais », des frappes aériennes et des tirs d’artillerie contre des camps des Forces démocratiques alliées (FDA) en RDC. L’information a par la suite été confirmée par le gouvernement congolais. Des habitant·e·s de Nobili, petite ville située à la frontière entre la RDC et l’Ouganda dans le Nord-Kivu, ont vu des colonnes de soldats des Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF), équipés d’armes lourdes et de véhicules blindés, traverser la frontière depuis le 30 novembre au soir.

« La situation demeure explosive dans l’est de la RDC, alors que les forces congolaises et ougandaises continuent de lutter contre les groupes armés. Par le passé, les interventions militaires étrangères en RDC, notamment de l’Ouganda, ont donné lieu à des attaques ou des préjudices infligés à la population civile, a déclaré Sarah Jackson, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands lacs.

« Les commandants militaires en Ouganda et en RDC doivent prendre toutes les mesures nécessaires en vertu du droit international humanitaire pour protéger les civils et éviter de leur porter préjudice lors de cette opération. Ils doivent aussi éviter d’installer des postes militaires et des troupes près d’habitations civiles et, lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix, ils doivent en avertir la population en temps voulu et procéder si nécessaire à son évacuation. »

Les armées congolaise et ougandaise se sont déjà livrées à des violations des droits humains et des violations du droit international humanitaire par le passé dans la région et elles ont rarement eu à rendre des comptes. En 2005, la Cour internationale de Justice a statué que l’armée ougandaise avait bafoué le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits humains lors de son intervention en RDC entre 1998 et 2003, notamment en ne protégeant pas dûment la population civile, en tuant et torturant des civils et en détruisant des villages.

Par le passé, les interventions militaires étrangères en RDC, notamment de l’Ouganda, ont donné lieu à des attaques ou des préjudices infligés à la population civile

Sarah Jackson

La RDC est tenue d’enquêter sur les informations faisant état de violations des droits humains et de violations du droit international humanitaire sur son territoire, y compris par ses propres forces, tandis que l’Ouganda doit enquêter sur toutes les allégations de violations commises par ses troupes. La RDC et l’Ouganda doivent mettre en place un mécanisme accessible aux civils dans la région pour qu’ils puissent signaler en toute sécurité des violations, le cas échéant.

Par ailleurs, Amnesty International craint que les combattants des Forces démocratiques alliées (FDA) n’exercent des représailles contre la population civile, comme par le passé, si rien n’est fait pour empêcher de tels actes.

Les autorités doivent aussi permettre l’accès aux organisations humanitaires, journalistes et défenseur·e·s des droits humains afin qu’ils puissent poursuivre leur travail sans entraves, notamment dans les secteurs où des opérations conjointes sont menées

Sarah Jackson

« La protection des civils et le respect des droits humains devraient être au cœur de leurs actions. Les enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant de handicaps et les personnes déplacées à l’intérieur du pays, doivent tout particulièrement être protégés, a déclaré Sarah Jackson.

« Les autorités doivent aussi permettre l’accès aux organisations humanitaires, journalistes et défenseur·e·s des droits humains afin qu’ils puissent poursuivre leur travail sans entraves, notamment dans les secteurs où des opérations conjointes sont menées. »

Complément d’information

Les Forces démocratiques alliées (FDA), groupe rebelle formé en Ouganda dans les années 1990 qui a par la suite fui dans l’est de la RDC, mènent des attaques contre la population civile dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, à la frontière de l’Ouganda. Selon des organisations locales de la société civile, les FDA ont tué au moins 6 000 personnes dans cette région depuis 2013.

Depuis mai 2021, l’état de siège proclamé par le président de la RDC Félix Tshisekedi dans le Nord-Kivu et l’Ituri confère des pouvoirs spéciaux à l’armée et à la police dans le but de stopper les attaques contre les civils et de « neutraliser » les groupes armés, dont les FDA. Pourtant, ce type d’attaques s’est intensifié ces derniers mois : l’ONG Kivu Security Tracker recense plus de 1 200 morts parmi les civils et l’ONU comptabilise des dizaines de milliers de personnes déplacées.

Ces dernières années, les FDA ont prêté allégeance au groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI). L’EI a revendiqué plusieurs attaques en Ouganda, en octobre et novembre 2021, que les autorités ougandaises attribuent aux FDA. Il s’agit notamment du double attentat du 16 novembre, près du commissariat central et du Parlement à Kampala, la capitale de l’Ouganda, qui a fait quatre morts et 37 blessés, selon une déclaration de la police ougandaise.