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Asie du Sud. Les gouvernements doivent garantir un accès équitable aux vaccins contre le COVID-19

Les gouvernements d'Asie du Sud doivent veiller à ce que les groupes vulnérables ne soient pas exclus de l'accès aux vaccins contre le COVID-19, a déclaré Amnesty International, tout en appelant la communauté internationale à permettre la production de vaccins au niveau national pour remédier à la forte pénurie de stocks dans la région.

Alors que les programmes de vaccination ont commencé un peu partout en Asie du Sud, des hommes et des femmes appartenant à des catégories de population telles que les habitants des bidonvilles, les Dalits, les minorités ethniques, les travailleurs y compris les manœuvres, les journaliers, les agents de l'assainissement, les ouvriers du vêtement et des plantations de thé, les habitants des zones rurales, les prisonniers et les personnes déplacées à l’intérieur des pays n’ont pas pu en bénéficier, en raison d'un manque de sensibilisation et d'un accès limité à la technologie dans la plupart des endroits. D'autres groupes, notamment les personnes réfugiées et migrantes, ont été jusqu’ici complètement exclus des campagnes de vaccination publiques dans de nombreux pays.

Lorsque les campagnes de vaccination ont été déployées, les groupes marginalisés d'Asie du Sud en ont été de fait exclus par des obstacles pratiques.
Yamini Mishra, directrice pour l’Asie-Pacifique à Amnesty International

Compte tenu de la pénurie de vaccins, la plupart des pays d'Asie du Sud n'ont pas administré à plus de 6 % de leur population ne serait-ce que la première dose, les initiatives prises jusqu’à présent touchant les groupes à revenu moyen et élevé. Amnesty International appelle les gouvernements du monde entier à renoncer à certaines dispositions du traité mondial qui régit les droits de propriété et les brevets, y compris en ce qui concerne les médicaments.

« Lorsque les campagnes de vaccination ont été déployées, les groupes marginalisés d'Asie du Sud en ont été de fait exclus par des obstacles pratiques. Les gouvernements d’Asie du Sud doivent garantir à toutes et tous un accès juste et équitable aux vaccins, indépendamment de la caste, de la situation socioéconomique ou autre, de l’origine ethnique ou de la nationalité », a déclaré Yamini Mishra, directrice pour l’Asie-Pacifique à Amnesty International.

« L’insuffisance des stocks de vaccins dans la plupart des pays de la région est un problème réel et pressant, auquel il faut remédier de toute urgence. Cependant, cela ne doit pas servir de prétexte à ces pays pour limiter indûment l'accès aux vaccins, par exemple en ne contactant pas les catégories de population vulnérables pour leur dire comment elles peuvent se faire vacciner. L’accès à la vaccination ne doit pas dépendre de la personne que vous êtes ni du lieu où vous vivez. »

Les obstacles à l'accès à la vaccination

Les communautés défavorisées d'Asie du Sud n'ont pas accès aux smartphones et autres appareils mobiles, qui sont nécessaires la plupart du temps pour s'inscrire en ligne afin de se faire vacciner et via lesquels la plupart des informations de santé publique sont diffusées.

Au Pakistan, la procédure d’inscription est conçue de telle manière qu’elle exclut certains groupes, puisqu’elle exige des numéros d'identité nationaux dont les personnes réfugiées ou migrantes sont dépourvues. Au début du mois d’avril, les pouvoirs publics ont autorisé les personnes étrangères âgées de plus de 60 ans et le personnel de santé d'origine étrangère à se faire vacciner, mais la procédure d'inscription concernant ces catégories de personnes manque de clarté. L'inscription pour la vaccination se faisant par SMS ou en ligne, les personnes incarcérées, ne disposant pas d’un téléphone mobile ni d’un accès à Internet, se retrouvent également exclues de fait. Le gouvernement provincial du Sindh a annoncé que toutes les personnes emprisonnées âgées de plus de 50 ans seraient vaccinées, mais on ignore si les autres provinces suivront cet exemple.

En raison d'un manque d'accès aux politiques gouvernementales et de l’absence de mécanisme de diffusion des informations sur les campagnes de vaccination, la croyance erronée selon laquelle le COVID-19 n'est une menace que pour les populations urbaines persiste au sein des populations rurales dans des pays comme le Bangladesh. Amnesty International appelle les autorités nationales à mettre en place des mesures, en collaboration avec des organisations non gouvernementales, pour sensibiliser les populations rurales aux campagnes de vaccination et au danger que représente le COVID-19.

Au Sri Lanka, la communication limitée en ce qui concerne les dates et les lieux disponibles pour se faire vacciner et les conditions à remplir est un obstacle à la vaccination. Dans certains pays comme l'Afghanistan, le Pakistan et le Sri Lanka, aucune information n’est disponible sur la politique vaccinale contre le COVID-19 et la stratégie de vaccination de l'ensemble de la population. Par ailleurs, les politiques vaccinales élaborées par des pays comme le Bangladesh et prévoyant de couvrir l’ensemble de la population ne se traduisent pas dans les faits, par exemple en ce qui concerne le personnel d’entretien, les personnes salariées non qualifiées et celles appartenant aux groupes à faible revenu. Les gouvernements doivent veiller à ce que les informations sur les politiques vaccinales soient communiquées efficacement aux différentes catégories de population, dans des langues et sous des formes qu'elles comprennent, pour garantir un accès équitable à la vaccination.

Un approvisionnement en vaccins limité

Alors que les pays producteurs de vaccins accordent la priorité à leur propre population, les pays d'Asie du Sud essaient tant bien que mal de passer des commandes afin de répondre aux besoins nationaux.

La coopération internationale est indispensable pour contenir la propagation du virus et faire en sorte que le vaccin soit universellement disponible le plus rapidement possible.
Yamini Mishra

Du fait de cette situation, des centaines de millions de personnes dans la région ne peuvent accéder aux vaccins dans un avenir prévisible, notamment des groupes tels que le million de Rohingyas réfugiés au Bangladesh et les quatre millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays en Afghanistan. Au Pakistan, en raison des stocks limités, de nombreux professionnels de santé ont signalé avoir des difficultés à obtenir leur deuxième injection de vaccin, ce qui les expose dangereusement alors que le pays connaît sa troisième vague, la plus meurtrière.

Amnesty International appelle les gouvernements à s’acquitter de leurs obligations en matière de droits humains et à soutenir activement la proposition de dérogation à certaines dispositions de l’accord sur les ADPIC, traité mondial qui régit les droits de propriété intellectuelle et limite fréquemment les lieux, les rythmes et les modes de production des médicaments.

« La coopération internationale est indispensable pour contenir la propagation du virus et faire en sorte que le vaccin soit universellement disponible le plus rapidement possible. Les pays d'Asie du Sud qui sont en mesure de produire le vaccin à des prix abordables doivent veiller à une distribution équitable et appeler les organismes mondiaux, les entreprises pharmaceutiques et les autres États producteurs de vaccins à accorder la priorité au transfert de ressources et de technologies pour que des vaccins puissent être produits au niveau local », a déclaré Yamini Mishra.