Bahreïn. Les autorités doivent enquêter sur les allégations de torture d’un dignitaire religieux

En réaction aux informations faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements commis à l’encontre de Sheikh Zuhair Jasim Abbas, un dignitaire chiite détenu à l’isolement dans la prison de Jaww, à Bahreïn, et privé de communication avec ses proches depuis fin août 2020, la directrice adjointe du Programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International, Lynn Maalouf, a déclaré :

« Nous sommes extrêmement préoccupés par ces allégations de torture et par le risque encouru par Sheikh Zuhair Jasim Abbas, comme toute autre personne détenue, en conséquence directe de sa détention au secret et de son maintien à l’isolement, sans le moindre contact avec l’extérieur. Aucune personne détenue ne devrait voir sa dignité humaine bafouée. »

Après plusieurs mois de détention au secret par les autorités bahreïnites sans possibilité de contacter ses proches ou un avocat, Sheikh Zuhair Jasim Abbas a enfin pu parler au téléphone avec sa famille les 17 et 18 janvier. Il a décrit en détail les actes de torture et autres mauvais traitements qu’il aurait subi ces cinq derniers mois. Il a notamment été maintenu à l’isolement plusieurs mois d’affilée, roué de coups de poing, de pied et de tuyau d’arrosage par des gardiens, soumis à des privations de sommeil et limité à seulement deux verres d’eau par jour à certains moments.

Il a également indiqué à ses proches qu’il a été menacé de mort à plusieurs reprises par des surveillants pénitentiaires, qui l’avaient nargué en lui disant qu’il allait bientôt être exécuté et devait se préparer. Alors qu’il racontait ses sévices en prison, sa famille a entendu des gardiens commencer à crier sur lui et la communication a été coupée.

« Les autorités bahreïnites doivent immédiatement ordonner que cessent les actes de torture et autres mauvais traitements infligés à Sheikh Zuhair Jasim Abbas, veiller à ce qu’il soit examiné par un médecin indépendant et mettre fin à sa détention à l’isolement. Bahreïn doit en outre diligenter une enquête approfondie de l’Unité spéciale d’enquête, seul organe de contrôle gouvernemental habilité à poursuivre pénalement les auteurs de tels faits », a déclaré Lynn Maalouf.

Nous sommes extrêmement préoccupés par ces allégations de torture et par le risque encouru par Sheikh Zuhair Jasim Abbas, comme toute autre personne détenue, en conséquence directe de sa détention au secret et de son maintien à l’isolement, sans le moindre contact avec l’extérieur. Aucune personne détenue ne devrait voir sa dignité humaine bafouée.
Lynn Maalouf

Complément d’information

Avant le 17 janvier, la famille de Sheikh Zuhair Jasim Abbas n’avait pas eu de ses nouvelles depuis août, les visites en prison ayant alors été arrêtées en raison de l’épidémie de COVID-19 à Bahreïn et les autorités ne lui ayant pas fourni d’autres moyens de communiquer.

Elle a saisi l’Institution nationale pour les droits humains et le médiateur du ministère de l’Intérieur pour pouvoir le contacter, sans résultat. Le 11 janvier, l’Institution nationale pour les droits humains a écrit sur Twitter que Sheikh Zuhair Jasim Abbas  – identifié uniquement par les initiales Z.A. –  « bénéfici[ait] de tous ses droits mais refus[ait] d’exercer son droit de communiquer avec sa famille par téléphone ». Ses proches ont alors rendu publiques leurs craintes pour sa sécurité. Le 19 janvier, l’administration pénitentiaire a démenti catégoriquement les faits rapportés par la famille.

Sheikh Zuhair Jasim Abbas a été placé en détention au secret pendant la période où des surveillants de la prison de Jaww ont battu un autre détenu, Ali AbdulHusain al Wazeer, jusqu’à ce que son épaule se déboîte. L’Institution nationale pour les droits humains et le médiateur du ministère de l’Intérieur ont également été saisis de ce cas, mais aucun des deux n’a pris de réelles mesures. Plusieurs mois après que les sévices infligés à Ali AbdulHusain al Wazeer ont été signalés aux autorités, celui-ci n’avait toujours pas été examiné par un médecin légiste. Par conséquent, des preuves médicales cruciales ont été perdues et une éventuelle enquête ouverte par la suite sera donc compromise. Les mauvais traitements en prison sont un problème récurrent à Bahreïn, comme l’a montré Amnesty International à plusieurs reprises ces dernières années.