UNE ANNÉE DE TROP : DES JOURNALISTES DÉTENU·E·S ARBITRAIREMENT AU BURUNDI

#FREEIWACU4

Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi ont été arrêtés le 22 octobre 2019 à leur arrivée dans la province de Bubanza, où des affrontements violents avaient éclaté dans la nuit entre les forces de sécurité burundaises et un groupe armé. Conformément à leur protocole habituel, ils avaient, en amont, informé les autorités locales de leur intention de se rendre dans cette zone. À leur arrivée dans la province, les autorités les ont accusés de complicité d’atteinte à la sécurité de l’État. Le 30 janvier 2020, les quatre journalistes ont été condamnés chacun à deux ans et demi de prison et à une amende d’un million de francs burundais (environ 525 dollars américains) pour tentative impossible d’atteinte à la sûreté de l’État, ce qui est une moindre charge. Leur chauffeur Adolphe Masabarakiza, qui avait été remis en liberté provisoire en novembre 2019, a été acquitté. Ce sont tous des prisonniers d’opinion qui doivent être libérés immédiatement et sans condition.

Libérez des journalistes arbitrairement détenus au Burundi

Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana and Térence Mpozenzi, journalistes du groupe de presse Iwacu ont été arrêtés le 22 octobre 2019, alors qu’ils se rendaient dans la province de Bubanza pour enquêter sur des informations faisant état d’affrontements entre les forces de sécurité et un groupe armé. Plus d’une année plus tard, ils sont toujours arbitrairement détenus au Burundi. Agissez maintenant pour demander leur libération et qu’ils soient ramenés à leur famille.

Bien qu’ils aient informé les autorités provinciales de leur projet de se rendre dans la zone, Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana and Térence Mpozenzi, quatre journalistes du groupe de presse Iwacu, ont été arrêtés à leur arrivée dans la province de Bubanza pour enquêter sur des affrontements entre un groupe armé et les force de sécurité. Ils ont plus tard été accusés d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État. Lors du procès, le ministère public n’a cependant produit aucun élément prouvant que les journalistes avaient été en contact avec le groupe armé.

D’abord inculpés de complicité d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi ont finalement été déclarés coupables de tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État, une infraction pénale moins lourde. Leurs avocats ont déclaré que les accusés n’avaient pas été informés de ce changement avant le jugement et n’avaient pas eu la possibilité de se défendre contre cette nouvelle accusation lors du procès, ce qui bafoue les normes relatives à l’équité des procès. Les quatre journalistes ont été condamnés à deux ans et demi d’emprisonnement et à une amende d’un million de francs burundais (environ 525 dollars américains). Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi ont fait appel de leur condamnation, mais la cour d’appel de Ntahangwa a confirmé la décision de première instance le 4 juin.

Les tribunaux envoient ainsi un message destiné à intimider et menacer les autres journalistes afin de les dissuader de faire leur travail et de dénoncer ce qui se passe dans le pays, ont déclaré les organisations. La déclaration de culpabilité et le maintien en détention des quatre journalistes vont également à l’encontre des garanties constitutionnelles du Burundi en matière de liberté d’expression, ainsi que des obligations régionales et internationales du pays au titre de l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elles sont également en contradiction avec la Déclaration de Principes sur la Liberté d’Expression et l’Accès à l’Information en Afrique de 2019 de la Commission africaine, qui prévoit spécifiquement que les États doivent prendre des mesures pour prévenir « l’arrestation et la détention arbitraires » de journalistes.

Iwacu est l’un des derniers organes de presse indépendants à poursuivre ses activités au Burundi. Des centaines de journalistes et de défenseur·e·s des droits humains ont fui le pays depuis le début de la crise politique en 2015, et celles et ceux qui travaillent toujours dans le pays sont souvent victimes de menaces et de harcèlement.

La libération d’Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi serait un important premier pas vers la réouverture de l’espace civique et la reconnaissance de la contribution d’une couverture médiatique fiable à l’accès à l’information pour toute la population burundaise.

Joignez-vous à nos membres et sympathisants pour exiger leur libération immédiate et inconditionnelle.

Envoyez un email au Président Évariste Ndayishimiye pour exiger que des actions soient prises en faveur de leur libération et qu’aucun autre journaliste ne soit arrêté arbitrairement dans l’avenir.

AGNÈS NDIRUBUSA

Avocate de formation, Agnès Ndirubusa, âgée de 37 ans, a été diplômée de l’Université du Burundi en 2011. Elle a commencé sa carrière de journaliste en 2009. Selon l’un de ses collègues, elle est une analyste politique chevronnée et la première femme à diriger le bureau politique du groupe de presse Iwacu. Mère célibataire d’un garçon de 12 ans, Agnès a rejoint Iwacu en 2016 au plus fort de la crise au Burundi.

Elle avait travaillé auparavant pour Rema FM, un média privé qui serait proche du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), le parti au pouvoir. Les bureaux de Rema FM ont été attaqués par des hommes armés non identifiés lors de la tentative de coup d’État contre le gouvernement du défunt président Pierre Nkurunziza en 2015.

L’expertise d’Agnès Ndirubusa dans le domaine politique est très appréciée à Iwacu. Elle est la référence lorsqu’il s’agit d’analyse politique. Selon l’un de ses collègues, son pouvoir de persuasion est une de ses forces. Lors des réunions de rédaction, elle sait enrichir les discussions en proposant de nouvelles perspectives que ses collègues n’ont pas toujours envisagées. Dans son équipe, personne ne peut égaler son réseau et sa liste de contacts de l’élite politique du Burundi. Agnès Ndirubusa n’hésite jamais à donner un coup de main à d’autres équipes, comme au service de radio Web d’Iwacu. En effet, elle est aussi très compétente à la radio en raison de sa grande expérience à Rema FM.

Cela fait un an que son fils n’a pas pu recevoir tous les soins et la chaleur d’une mère. Lorsqu’il se rend à la prison de la province de Bubanza pour la voir, elle souffre terriblement au moment où la visite se termine. L’unique raison qui explique cette cruauté infligée à Agnès Ndirubusa et à son fils est qu’elle est journaliste. C’est parce qu’elle a osé chercher la vérité. C’est parce que son travail met en lumière la souffrance des plus marginalisés et les violations des droits humains dont sont victimes de nombreux Burundais et Burundaises.

CHRISTINE KAMIKAZI

Christine Kamikazi était l’une des voix les plus connues à Bonesha FM avant que les locaux de cette radio ne soient attaqués au moment de la tentative de coup d’État de mai 2015 contre le défunt président Pierre Nkurunziza. Elle a commencé sa carrière de journaliste en 2011.

Au moment du lancement de sa Web Radio en 2015, le groupe de presse Iwacu a fait appel à Christine Kamikazi pour ses compétences en journalisme. Elle a rejoint le groupe en juillet 2016. Elle est titulaire d’un diplôme en communication pour le développement de l’Université Lumière de Bujumbura.

Cette journaliste est passionnée par la politique, la sécurité et les questions sociales, comme l’éducation.

Sa famille vit une épreuve terrible. Leur chagrin est exacerbé par cette absence qui se prolonge. L’un de ses collègues raconte : « Je vois la souffrance de ses parents dans leurs yeux. Chaque fois que je les croise, ils m’interrogent du regard. »

EGIDE HARERIMANA

Egide Harerimana a rejoint Iwacu trois mois avant qu’il ne soit arrêté avec ses collègues dans la province de Bubanza.

Egide Harerimana est un journaliste anglophone travaillant à Iwacu en tant que stagiaire. Il a rejoint ce groupe de presse après avoir terminé sa formation en langue anglaise à l’Université du Burundi. Selon l’un de ses collègues, il écrit très bien et livre toujours ses articles à temps.

Le 22 octobre 2019, Egide Harerimana s’était porté volontaire pour rejoindre l’équipe qui se rendait à Musigati dans la province de Bubanza pour enquêter sur les affrontements qui avaient eu lieu durant la nuit entre les forces de sécurité burundaises et un groupe armé non identifié.

Sa place n’est pas en prison. Il a encore une brillante carrière devant lui.

TÉRENCE MPOZENZI

Térence Mpozenzi est un photojournaliste et webmaster expérimenté travaillant pour Iwacu. Il a rejoint le groupe de presse en février 2018.

Ce qui l’a conduit à être arrêté, c’est sa passion de raconter une histoire grâce à des images. En fait, le jour où il a été arrêté avec ses collègues, il avait insisté pour faire partie de l’équipe qui se rendait à Musigati pour couvrir les combats signalés dans cette zone. En effet, il voulait qu’un reportage d’une si grande importance pour le pays soit illustré de photos prises par un professionnel. Il se plaignait souvent que ses collègues oubliaient de prendre des photos lorsqu’ils étaient en reportage sur le terrain. Cette fois-ci, il voulait s’assurer que des images prises par un photographe professionnel soient utilisées afin de susciter l’intérêt des lecteurs.

CLIMAT DE RÉPRESSION CONTRE LES JOURNALISTES

Lorsque le défunt président Pierre Nkurunziza avait annoncé qu’il allait briguer un troisième mandat, des manifestations de masse avaient éclaté, conduisant des milliers de personnes à descendre dans la rue pour s’opposer à cette décision qu’elles considéraient comme une violation du nombre limite de mandats présidentiels fixé dans la Constitution de 2005 et dans les accords de paix d’Arusha. Les forces de sécurité ont répondu à ces manifestations en recourant à une force excessive et parfois mortelle. Depuis lors, des centaines de personnes ont été tuées et des milliers d’autres blessées ou arrêtées. Beaucoup ont été victimes de disparition forcée, dont Jean Bigirimana, un journaliste d’Iwacu qui a été vu pour la dernière fois le 22 juillet 2016. Ce climat de peur de subir des représailles a conduit de nombreux journalistes à fuir le pays. Iwacu est l’un des derniers médias indépendants encore en activité dans le pays.

À titre de preuve dans le cadre de l’affaire contre les quatre journalistes d’Iwacu, le procureur a présenté une blague envoyée via WhatsApp par l’une des journalistes à un collègue dans laquelle elle disait qu’ils allaient « appuyer la rébellion ». Cependant, le procureur n’a pu fournir aucun élément de preuve établissant que l’un ou l’une des journalistes avait été, en fait, en contact avec un membre du groupe armé qui a mené l’attaque à Musigati, dans la province de Bubanza.

Amnesty International considère qu’Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi sont des prisonniers d’opinion détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression.

Amnesty International demande leur libération immédiate et inconditionnelle.