Madagascar. Il faut que le président Andry Rajoelina tienne sa promesse de décongestionner les prisons


Un an après que le président Andry Rajoelina s’est engagé à décongestionner les prisons, les personnes détenues à Madagascar continuent de souffrir dans des prisons surpeuplées, où elles sont jusqu’à trois fois plus nombreuses que la capacité ne le permet, a déclaré Amnesty International le 23 octobre 2020. En raison du recours excessif à la détention provisoire, des milliers de personnes languissent dans les prisons malgaches sans avoir été déclarées coupables d’une quelconque infraction.

Le président Andry Rajoelina n’a pas tenu sa promesse de décongestionner les prisons de Madagascar, qui sont terriblement surpeuplées.
Deprose Muchena, directeur du programme Afrique de l’Est et Afrique australe à Amnesty International

« Le président Andry Rajoelina n’a pas tenu sa promesse de décongestionner les prisons de Madagascar, qui sont terriblement surpeuplées. Alors même que le nouveau coronavirus se propage dans le pays, les prisons demeurent remplies de personnes en détention provisoire, accusées d’infractions mineures commises sans violence, y compris de nombreux enfants, a déclaré Deprose Muchena, directeur du programme Afrique de l’Est et Afrique australe à Amnesty International.

« En raison des défaillances systématiques du système judiciaire malgache, des milliers de personnes se retrouvent incarcérées avant même d’avoir fait l’objet d’un procès, d’où la forte surpopulation. Il faut que le président Andry Rajoelina libère immédiatement les personnes en détention provisoire, à commencer par celles qui ne constituent aucunement une menace pour la société, à savoir celles qui sont détenues pour des infractions mineures commises sans violence, et les enfants, et qu’il veille à ce que les autres personnes détenues aient accès à des soins médicaux convenables. »

Le surpeuplement des prisons malgaches comporte de graves risques pour la sécurité et la santé, en particulier dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Les personnes en détention provisoire représentent 54 % de la population carcérale du pays. Des centaines d’enfants sont ainsi détenus dans des conditions déplorables, sans avoir été déclarés coupables d’une quelconque infraction : 75 % des garçons et 68 % des filles incarcérés sont en détention provisoire.

En raison des défaillances systématiques du système judiciaire malgache, des milliers de personnes se retrouvent incarcérées avant même d’avoir fait l’objet d’un procès, d’où la forte surpopulation.
Deprose Muchena, Amnesty International

Andry Rajoelina a accordé une grâce présidentielle à plus d’un millier de personnes détenues en juin, ouvrant ainsi la voie à leur libération, mais cette mesure exceptionnelle excluait malheureusement toutes les personnes en détention provisoire. Les prisons du pays ont une capacité cumulée d’environ 10 000 détenu·e·s.

Or, en août 2020, ces 82 établissements accueillaient à eux tous plus de 27 000 détenus, soit près de trois fois leur capacité. Ce mois-là, 22 personnes détenues ont été tuées par les forces de sécurité malgaches alors qu’elles tentaient de s’évader de la prison de Farafangana, dans le sud-est du pays. Des dizaines d’autres, grièvement blessées, ont été hospitalisées. En tout, 88 personnes détenues se sont évadées.

Les droits humains des personnes détenues sont régulièrement bafoués du fait des conditions déplorables qui règnent dans les prisons, y compris la nourriture insuffisante et les installations sanitaires précaires. Faute de place, ces personnes doivent dormir à tour de rôle, à même le sol. Les éléments déclencheurs de l’évasion de Farafangana ont été les terribles conditions de vie, les mauvais traitements et la privation de contacts entre les personnes détenues et leur famille. La majorité des personnes qui se sont évadées étaient en détention provisoire.

Pour commencer, le président Andry Rajoelina pourrait envisager de libérer ces personnes, qui ne constituent manifestement pas une menace pour la société.
Deprose Muchena, Amnesty International

« Nombre des personnes incarcérées dans les prisons malgaches sont détenues depuis longtemps sans jugement et beaucoup, notamment les enfants et les personnes accusées d’infractions mineures, ne devraient même pas se trouver derrière les barreaux. Pour commencer, le président Andry Rajoelina pourrait envisager de libérer ces personnes, qui ne constituent manifestement pas une menace pour la société, a déclaré Deprose Muchena.

« La pandémie de COVID-19 risque d’aggraver la situation, déjà dramatique. C’est pourquoi il faut prendre des mesures immédiates pour protéger les personnes détenues. »

Complément d’information

L’équipe de recherche d’Amnesty International, qui s’est rendue dans diverses prisons malgaches en 2017 et 2018, a constaté que les infrastructures étaient précaires et les conditions de détention, inhumaines. Dans son rapport intitulé Punis parce qu’ils sont pauvres. Le recours injustifié, excessif et prolongé à la détention préventive à Madagascar, l’organisation fournit des informations sur cette pratique.

Elle révèle ainsi que des personnes qui n’ont pas été déclarées coupables d’une quelconque infraction meurent dans les prisons malgaches en raison des conditions épouvantables qui y règnent. La détention provisoire touche avant tout les personnes les plus pauvres. En effet, la majorité des personnes en détention provisoire qu’Amnesty International a interrogées aux fins de l’élaboration du rapport étaient pauvres, issues du milieu rural, n’avaient pas été scolarisées de manière classique et connaissaient mal leurs droits.