Somalie. L’Africom doit encore indemniser les familles après la reconnaissance des victimes

Réagissant au rapport trimestriel sur l’évaluation des victimes civiles publié aujourd’hui par le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom), Brian Castner, conseiller pour les situations de crise sur les armes et les opérations militaires à Amnesty International, a déclaré :

C’est la première fois, avec le rapport publié aujourd’hui, que l’Africom étaye des informations sur les victimes civiles en Somalie sur lesquelles Amnesty International a enquêté.
Brian Castner, conseiller pour les situations de crise sur les armes et les opérations militaires à Amnesty International

« C’est la première fois, avec le rapport publié aujourd’hui, que l’Africom étaye des informations sur les victimes civiles en Somalie sur lesquelles Amnesty International a enquêté. Il s’agit là du troisième cas de confirmation des faits en 13 années de frappes aériennes dans le pays. À présent que l’armée a reconnu ses agissements, l’obligation de rendre des comptes doit être respectée et les victimes et leurs familles doivent recevoir réparation.

« L’Africom, qui a fait de timides progrès concernant la reconnaissance des victimes civiles, doit à présent empêcher que des civils soient blessés ou tués, en premier lieu, et veiller aussi au respect de son obligation de transparence et de reddition de comptes. Il ne revient pas aux organisations de défense des droits humains, entre autres organisations, de mener des enquêtes et de demander le respect de l’obligation de rendre des comptes pour chaque frappe aérienne menée par l’armée des États-Unis. »

Complément d'information et contexte

Il y a un peu plus d’un an,  après la publication d'un rapport sans précédent d'Amnesty International, l'Africom s'était engagé à examiner l'ensemble de ses opérations en Somalie afin de déterminer s'il avait omis de signaler des victimes civiles. Les conclusions de cet examen n’ont pas été rendues publiques, mais ce processus a conduit l’Africom à publier désormais des rapports trimestriels, et elle reconnaît aujourd’hui dans son dernier rapport en date avoir tué une femme civile et blessé trois membres de sa famille dans la ville de Jilib, le 2 février 2020. Le rapport publié aujourd’hui fait le point sur des allégations concernant 11 cas de victimes civiles, « clôt » sept de ces cas, et quatre cas restent ouverts et font l’objet d’un examen.

L’Africom a mené au moins 189 frappes aériennes en Somalie depuis 2017, dont 42 jusqu’à présent en 2020. Ne serait-ce que durant neuf de ces frappes aériennes, Amnesty International a observé que 21 civils ont été tués et 11 autres blessés.

Depuis avril de l’an dernier, l’Africom a admis avoir tué cinq civils somaliens et en avoir blessé six autres lors de trois frappes aériennes distinctes, mais aucune des victimes et des familles des victimes n’a été indemnisée par l’Africom.

 

Pour en savoir plus sur le travail d’Amnesty International concernant les victimes civiles des frappes américaines en Somalie, voir :

Le nombre de civils tués par les frappes aériennes menées par les États-Unis augmente sans que personne ne soit amené à rendre des comptes (1er avril 2020)

Somalie. Le mépris de l’armée américaine à l’égard des civils tués lors d’une frappe aérienne (30 septembre 2019)

The Hidden U.S. War in Somalia (rapport, 20 mars 2019)