Cameroun. Le procès de soldats accusés d’avoir tué des femmes et des enfants doit permettre d’obtenir justice pour les victimes

Les autorités camerounaises doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir afin que justice soit rendue pour les deux femmes et les deux enfants tués de façon effroyable par des soldats, a déclaré Amnesty International le 26 août. Sept soldats, qui apparaissent semble-t-il dans une vidéo dans laquelle on les voit en train de commettre ces homicides, seront jugés demain.

Quand la vidéo a été largement relayée sur Internet début juillet 2018, les autorités camerounaises ont dans un premier temps démenti que ces horribles actes aient été commis par l'armée, déclarant qu’il s’agissait d’une « fausse nouvelle ».

Mais Amnesty International a révélé des éléments de preuve digne de foi mettant en cause la responsabilité de l’armée camerounaise, et les autorités ont par la suite annoncé que les sept soldats apparaissant dans la vidéo avaient été arrêtés et qu’ils seraient poursuivis en justice. Ces sept soldats doivent être jugés le 27 août devant un tribunal militaire à Yaoundé, la capitale du pays, pour « coaction d’assassinat, violation de consignes, complicité desdits faits ».

Cette vidéo effroyable attire l’attention sur le fait que dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les civils sont en proie à des atrocités dans le cadre du combat contre Boko Haram. Les forces de sécurité, qui sont censées protéger les personnes, ont pourtant procédé à des détentions arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires.
Samira Daoud, directrice régionale adjointe pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale à Amnesty International.

« Cette vidéo effroyable attire l’attention sur le fait que dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les civils sont en proie à des atrocités dans le cadre du combat contre Boko Haram. Les forces de sécurité, qui sont censées protéger les personnes, ont pourtant procédé à des détentions arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires, a déclaré Samira Daoud, directrice régionale adjointe pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale à Amnesty International.

« Les autorités camerounaises doivent établir des limites et veiller à ce que les membres de l’armée responsables d’atrocités n’échappent pas à la justice. Le procès qui se tiendra demain représente une première avancée en direction de la justice et de réparations pour les victimes et pour leurs proches. Les autorités doivent également veiller à ce que toutes les personnes raisonnablement soupçonnées d’avoir commis des crimes contre des civils soient déférées à la justice dans le cadre de procès équitables devant des tribunaux civils. »

Des experts d’Amnesty International ont analysé la vidéo montrant des soldats tuer deux femmes et leurs enfants dès qu’elle a été largement diffusée sur Internet, en juillet 2018. En se basant sur de multiples indices – y compris un examen des uniformes et des armes utilisés, des éléments linguistiques et d’autres indices contextuels contenus dans les paroles, qui ont révélé l’identité et le rang des soldats – l’organisation a pu en quelques jours commencer à établir des faits réfutant le discours officiel. Les preuves réunies tendaient fortement à indiquer que les exécutions extrajudiciaires de civils montrées dans la vidéo avaient été commises par des soldats camerounais.

Les recherches effectuées par Amnesty International par la suite ont confirmé cela, et des enquêteurs travaillant à partir d’outils en « open source » – c’est-à-dire publics – et collaborant sur cette affaire ont pu établir le lieu précis, à côté de la localité de Zelevet, et déterminer que la date était comprise entre fin mars et début avril 2015. Cette affaire a été immortalisée dans un documentaire datant de septembre 2018 de la cellule d’investigation Africa Eye de la BBC, intitulé « Anatomy of a Killing » (Anatomie d’un meurtre).

Les forces de sécurité camerounaises jouent un rôle important en défendant les populations menacées par Boko Haram, mais leurs agissements sont trop souvent marqués par des brutalités et de nombreuses violations des droits humains.  Amnesty International demande aux autorités de traduire en justice tous les responsables présumés dans le cadre de procès équitables, devant des juridictions civiles de droit commun et sans recours à la peine de mort.