Mauritanie: Il faut faire preuve de retenue dans le maintien de l’ordre lors des manifestations et débloquer l’accès à Internet

Il faut que les autorités mauritaniennes fassent respecter le droit à la liberté de réunion pacifique et fassent preuve de retenue dans le maintien de l’ordre lors des manifestations prévues pour le 27 juin, alors que la répression semble s’intensifier, comme en témoignent notamment le blocage de l’accès à Internet et les arrestations de personnalités de l’opposition, a déclaré Amnesty International.

Les manifestations qui doivent avoir lieu le 27 juin dans l’après-midi sont un moyen important pour la population mauritanienne d’exprimer ses opinions sur la situation des droits humains dans le pays depuis l’élection présidentielle
François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International

« Les manifestations qui doivent avoir lieu le 27 juin dans l’après-midi sont un moyen important pour la population mauritanienne d’exprimer ses opinions sur la situation des droits humains dans le pays depuis l’élection présidentielle, a déclaré François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Il faut que les autorités fassent preuve de retenue face aux manifestant·e·s, notamment qu’elles assurent leur sécurité et lèvent les restrictions d’accès à Internet de sorte que la population puisse s’exprimer librement et partager des informations. »

L’élection présidentielle mauritanienne s’est déroulée le 22 juin et l’accès à Internet a été coupé le 23, après que Mohamed Ould Ghazouani, candidat du parti au pouvoir, s’est déclaré vainqueur. Cette mesure constitue une violation du droit à la liberté d’expression. Elle empêche les journalistes, les défenseur·e·s des droits humains et les membres de l’opposition d’accéder à des informations et d’en échanger librement et doit être annulée immédiatement.

La répression postélectorale semble se poursuivre et un certain nombre de personnalités de l’opposition ont été arrêtées, notamment Samba Thiam, dirigeant des Forces progressistes pour le changement et Cheikhna Mohamed Lemine Cheikh, directeur de campagne de la Coalition Sawab/Initiative de resurgence du mouvement abolitionniste, dans le quartier de Ksar, à Nouakchott. Toutes ces personnes doivent être libérées ou inculpées d’une infraction reconnue par la loi.

Il faut que les autorités mauritaniennes cessent immédiatement de semer la haine et la division en détournant des mots de leur sens et s’engagent à respecter, protéger, promouvoir et concrétiser les droits humains de tou·te·s, y compris des personnes migrantes, demandeuses d’asile et réfugiées
Francois Patuel

« Les autorités justifient leur répression brutale par un discours qui accuse des ressortissants de pays voisins d’être les instigateurs des manifestations en rapport avec l’élection. Ces propos sont toxiques et extrêmement problématiques dans un pays encore aux prises avec une discrimination raciale profondément ancrée, a déclaré François Patuel.

« Il faut que les autorités mauritaniennes cessent immédiatement de semer la haine et la division en détournant des mots de leur sens et s’engagent à respecter, protéger, promouvoir et concrétiser les droits humains de tou·te·s, y compris des personnes migrantes, demandeuses d’asile et réfugiées. »

Complément d’information

Les groupes d’opposition avaient prévu de manifester le 27 juin dans l’après-midi en Mauritanie pour contester les résultats de l’élection présidentielle du 22 juin. Cependant, les autorités ont interdit ces rassemblements et plusieurs personnalités de l’opposition ont appelé à les reporter. Faute de moyen de communication efficace du fait du blocage de l’accès à Internet, il est probable que les manifestations aient quand même lieu.

Le ministre de l’Intérieur, le ministre des Affaires étrangères et des policiers de haut rang ont fait des déclarations publiques dans lesquelles ils accusaient des ressortissants d’autres pays d’être responsables des manifestations en rapport avec l’élection.

À la veille de l’élection, Amnesty International et 32 organisations locales de défense des droits humains avaient appelé les candidats à s’engager à protéger et à promouvoir les droits humains, y compris en luttant contre les pratiques discriminatoires et en protégeant les droits des personnes migrantes, réfugiées et demandeuses d’asile.