Viêt-Nam. La répression de la liberté d'expression se poursuit : cinq personnes incarcérées

En réaction aux peines d'emprisonnement comprises entre huit et 15 ans prononcées contre cinq manifestants pacifiques par le tribunal populaire d’Ho Chi Minh-Ville le 5 octobre 2018, Minar Pimple, directeur général des opérations mondiales au sein d’Amnesty International, a déclaré :

« Luu Van Vinh est un ouvrier du bâtiment, membre d'un petit groupe qui s’intéresse à l'environnement, à la démocratie et aux droits humains. Aujourd'hui, Luu Van Vinh et ses coaccusés ont été déclarés coupables d'« activités visant à renverser le gouvernement populaire ». Ils ont déjà passé près de deux ans en prison dans l'attente de leur procès. Ce jugement cruel et absurde vise clairement à museler le droit des citoyens d’exprimer leurs opinions. Ils doivent être remis en liberté immédiatement et sans condition.

« Treize personnes ont été envoyés derrière les barreaux au cours des cinq dernières semaines pour des " crimes ", comme le fait de tenir un blog, d’utiliser Facebook et d'autres activités pacifiques. Il s'agit d'une escalade très inquiétante. Ces condamnations et peines de prison devraient être annulées immédiatement, tout comme celles de plus de 100 prisonniers d'opinion incarcérés au Viêt-Nam.

Ce jugement cruel et absurde vise clairement à museler le droit des citoyens d’exprimer leurs opinions.
Minar Pimple, directeur général des opérations mondiales au sein d’Amnesty International

« La nouvelle loi relative à la cybersécurité entrant en vigueur en janvier, les dirigeants du Viêt-Nam risquent d'intensifier leur répression implacable contre leurs concitoyens.  Comme le montre le jugement rendu aujourd’hui, ils se sentent déjà enhardis et musèlent la dissidence pacifique tous azimuts. Il est temps de changer de cap et de laisser le peuple du Viêt-Nam s'exprimer librement et jouir de ses droits fondamentaux. »

Complément d’information

Le 5 octobre 2018, le tribunal populaire d’Ho Chi Minh-Ville a prononcé des peines de prison contre Luu Van Vinh (15 ans), Nguyen Van Duc Do (11 ans), Tu Cong Nghia (10 ans), Nguyen Quoc Hoan (13 ans) et Phan Trung (8 ans), après les avoir déclarés coupables d'« activités visant à renverser le gouvernement populaire » au titre de l'article 79 du Code pénal du Viêt-Nam.

Luu Van Vinh avait manifesté pacifiquement contre les activités de la marine chinoise dans la mer de Chine méridionale, une zone controversée, et contre la réaction du gouvernement face à la catastrophe écologique provoquée par Formosa – des rejets toxiques massifs de l’aciérie taïwanaise sur la côte centrale du Viêt-Nam. Ses co-accusés sont accusés d'appartenir à un petit groupe local que Luu Văn Vinh a fondé pour promouvoir la démocratie et les droits humains, la « Coalition des peuples vietnamiens autodéterminés ».

Ils ont été maintenus en détention provisoire depuis novembre 2016, détention qui a été dénoncée comme illégale et arbitraire par le Groupe de travail sur la détention arbitraire de l'ONU en mai 2018.

Ce verdict est le dernier d'une récente vague de jugements répressifs. Amnesty International a eu connaissance de huit autres personnes incarcérées le mois dernier uniquement pour avoir exercé sans violence leur droit à la liberté d'expression.